
The Sailors.
Pour leur retour à la Coopérative de Mai, les
BellRays ont pris soin de se faire accompagner par une bande d’Australiens bien déjantés,
The Sailors… Visiblement sous le charme,
Tony Fate et
Bob Vennum des
BellRays assisteront d’ailleurs à l’intégralité de leur prestation.
Jusqu’à aujourd’hui, les disques des surprenants
Sailors sont uniquement disponibles en import chez
Dropkik Records, un label qui héberge aussi des légendes comme
Andre Williams,
New Bomb Turks et
Bob Log 3. Si les
Sailors continuent à offrir des prestations de cet acabit au public, il serait bien étrange que personne ne prenne le risque de les distribuer plus largement !
Violent masturbation blues (premier album, 2001),
Failure, depression, suicide (2003).
Forts des leurs deux albums et d’un EP, les quatre musiciens ont fait étalage de leurs côtés iconoclastes et monomaniaques. Viktor (guitare, voix), Vernon (guitare voix) Hector (batterie, voix) et Geronimo, (orgue) n’ont que deux choses en tête : le garage rock et le sexe, plus particulièrement le sexe entre hommes.
Nous aurons donc droit pendant 45 minutes à un rock garage sonnant bien roots et approximatif accompagné de textes très épicés. Un exemple ? Le titre
YCMA (pour
Your cocks, my ass) est présenté par un tonitruant
« Ta bite, mon cul ! » par le psychopathe guitariste chanteur habillé avec un gilet en peau de bête du meilleur effet.
Pendant tout le morceau son collègue guitariste/chanteur hurlera le refrain (
Your cocks, my ass !) comme s’il était vraiment tenaillé par un désir irrépressible.
In the navy et
YMCA des
Village People semblent avoir bouleversé nos marins australiens ! Tout ceci est assez drôle car il est finalement assez rare dans le monde très viril et hétéro du rock de plaisanter sur ce sujet délicat, voire d’avouer carrément qu’on aime prendre une bonne bite dans le cul comme les
Sailors. En 2003, la morale préfère toujours deux mecs qui s’entre-tuent à deux mecs qui s’enculent, pourquoi ?
Play Turning The Other Cheek (deuxième album, 2002)
Mais
The Sailors ne se résument pas à ça : ils s’y entendent parfaitement pour plonger leur public dans un rock basique, puissant et original. Une guitare exécute une rythmique ultra basique en son clair, l’autre joue une partie distordue, le batteur cogne comme un damné en vociférant pour aider ses deux camarades, enfin, un organiste donne une couleur sixties et kitsch imparable à l’ensemble... Personne ne se soucie d’accorder sa guitare ou de chanter juste, c’est plutôt rassurant !
Nos gais lurons se lancent alors dans un n’importe quoi assez jouissif : une version de
Pop Corn du groupe
Hot Butter rebaptisée ici
Cop Porn. Nous sommes là en total décalage avec le garage rock prôné depuis le début du concert. Et le public n’est pas au bout de ses surprises, les
Sailors se lançant ensuite dans un reggae dont le texte dit en substance :
Let’s but back the gay into reggae.
Rock ‘n’ roll, provocateurs, hilarants, puissants,
The Sailors sont là pour durer…
Après le
concert d’anthologie donné à la Coopé en février 2003, comment résister à l’envie de reprendre une bonne décharge de Maximum rock & soul live en ce 7 novembre 2003 qui s’annonçait torride ? Pour être franc, on serait venu sur les mains ou sur les genoux ou… En clair, on attendait ce retour avec une telle impatience qu’on aurait été présent quel qu’en soit le prix !
Après un court passage de jazz bruitiste, les
BellRays se lancent immédiatement dans un
Too many houses in here qui propulse l’assistance dans la stratosphère sonique. En quelques secondes,
Tony Fate fait corps avec sa guitare et joue comme s’il était possédé,
Bob Vennum balance des lignes de basses hyper puissantes et
Eric Allgood essaye d’enfoncer sa batterie dans le sol…
Lisa Kekaula, quant à elle, chante divinement à la
Tina Turner/Janis Joplin/Aretha Franklin et dégage une énergie hallucinante. Cette furie n’oublie jamais d’haranguer la foule avec d’incessants « Are you ready ? et descendra même deux fois dans le public…. Tout en se frottant à ses partenaires pour les galvaniser encore un peu plus, elle joue du tambourin comme si elle faisait des incantations… Elle voudrait provoquer l’apparition du démon du rock ‘n’ roll en chacun de nous, elle ne s’y prendrait pas autrement !
La musique des Californiens emprunte des chemins tortueux pour parvenir à un seul et unique but : rendre tout le monde dingue et surpendre. Des courts passages soul/jazz sont suivis de déluges sonores Stoogiens comme sur
Street corner. Le public croit qu’il va pouvoir respirer pendant les titres calmes mais ceux-ci ne durent pas plus de deux minutes ; ils sont carrément envoyés aux oubliettes par des torrents de lave en fusion.
Pendant une heure, le groupe enchaîne sans temps morts les titres de
Meet The BellRays et
The Red, White and Black, ses deux excellents albums distribués en France… Ahhhhh, se prendre en pleine tronche
Fire on the moon,
Blues for godzilla,
Sister disaster,
Under the mountain et
Revolution get down, puis se faire percuter de plein fouet par
Voodoo train,
You’re sorry now,
Zero PM,
Changing colors ou
Poison arrow, que c’est bon ! Finir à genoux sous les coups de boutoirs des
BellRays, c’est réellement le bonheur total.
Devant le ferveur du public, de plus en plus déchaîné, le groupe accorde deux rappels survoltés auxquels les cordes de la guitare de
Tony Fate ne survivront pas. C’est normal avec un tel traitement de choc. Ce groupe à un tel potentiel de morceaux et une telle puissance de feu qu’on peut le voir sur scène à de nombreuses reprises sans ressentir le moindre début de lassitude !
A lire également sur ConcertAndCo.com :
une interview des BellRays.
Sites Internet officiels :
http://thesailors.biz/,
www.dropkick.com.au/ et
www.thebellrays.com.
(Photo Jean-Pascal Blache)