Moi quand je lis
"Si vous aimez les White Stripes, vous aimerez les Black Keys", même si j'ai jamais entendu, j'y vais ! Pas grand chose à voir pourtant, mis à part le fait d'être seulement deux sur scène, pour faire autant de rock et de fureur que tous ces groupes médiocres où ils ont besoin d'être 4 ou 5. Et un nom qui semble avoir été inventé en clin d'oeil à leurs cousins rouges et blancs.
Mais contrairement au show très rodé et à la déco soignées des
W'S, les
Black Keys débarquent sur scène sans avoir apparemment réellement décidé d'une play-list, ni même avoir fini d'accorder la pourtant unique guitare du concert. Bref des gars limite désinvoltes, en tout cas pas fiers : sympas. Deux bons p'tits rednecks originaires de l'Ohio, qui ont peut-être bien oublié d'aller voter d'ailleurs.
Physiquement, ce n'est pas leur faire insulte de dire que les deux compères ne ressemblent pas à grand-chose : le batteur
Patrick Carney est un espèce de grand haricot, mi-
Dave Grohl, mi-
Averell Dalton, tandis que le chanteur est un petit blondinet qui pourrait ressembler à un
Kurt Cobain endimanché et les cheveux fraichement peignés (bon finalement ils ressemblent quand même à quelque chose quoi !).
En effet quand ils commmencent à jouer il y a comme un petit effet
Nirvana, dans la mesure où le batteur cogne sa batterie avec des gestes épileptiques et très amples (et très drôles, je suis pris de fou-rire plusieurs fois en le regardant) et que le chanteur-guitariste déploie une très belle présence scénique, sautillante et extatique. Il a du plaisir à être là, c'est clair, ce qui est moins évident pour le batteur qui semble parfois prêt à piquer du nez entre deux chansons (ce garçon ne dort sans doute pas assez).
Pour le reste, là où
Jack et
Meg White revisitent 50 ans de rock blanc, les
Black Keys (pourtant parfaitement blancs eux aussi) revisitent 50 ans de rock noir, de blues bien
roots. La voix du chanteur
Dan Auerbach a très clairement une tessiture "black" (le veinard, pour chanter le blues on a pas trouvé mieux). Pour tout dire en fermant les yeux nous sommes (au moins) deux à avoir entendu ...
Tracey Chapman ! Enfin
Tracey Chapman branchée sur du 220, quoi, la ressemblance s'arrête là, parce que les
Black Keys ça cogne quand même sacrément du slip !
Par ailleurs si n'importe quel gratteux du dimanche dans mon genre peut faire illusion 5 minutes avec des riffs à deux balles et une gamme pentatonique, on ne peut pourtant pas tromper son monde quand on joue du blues. Et
Dan est un sacré bon bluesman, vraiment pas manchot du
bottleneck.
Qui plus est il joue son blues très précis en sautant partout, lui aussi avec des gestes amples à la
Peter Townshend. Il se paie même un petit solo guitare à l'horizontale, tel
Ben Harper sur sa
Weissenborn mais en beaucoup moins statique et ... debout ! Techniquement très impressionnant...
Au bout d'une heure pétante de concert (trop court, bien sûr, mais c'est quand même 25 minutes de plus que la moyenne des groupes de punk-rock locaux), on se rend compte qu'on a parfaitement kiffé le groupe et qu'on a dansé pendant tout le set, le sourire aux lèvres. En effet le blues des
Black Keys est mené tambour battant et sur des rythmes qui, comme disait un type de Libé, feraient danser un parcmètre.
A défaut d'être surprenant, les
Black Keys sont donc un groupe que je qualifierais de parfaitement jouissif, et même éructatoire ! Evidemment ceux qui n'aimaient pas
vraiment le rock se sont fait chier, un ami punkophile est même parti avant la fin. Mais qu'est-ce qu'il foutait là, aussi ? Quand aux
Black Keys, hier à Barcelone, demain à Rimini et après-demain à Frankfurt, ils vont continuer à traverser l'Europe telle une comète sonique et dévastatrice. Bonne route les gars.
Photos Pirlouiiiit *
Site des
Black Keys :
theblackkeys.com/
* qui s'est lui aussi regale, notamment des quelques reprises bien choisies : Beatles, Stooges et une troisieme ... que j'ai oublie