Jolie soirée filles pour l'édition 2008 du festival itinérant Les Femmes S'en Mêlent, de passage à Clermont-Ferrand... Malgré l'assistance confidentielle (c'est dimanche soir... ) réunie dans la grande salle de la Coopérative de Mai, le public qui s'était déplacé n'a pas eu à le regretter...
Les France Cartigny :
Malgré quelques bons morceaux (et une joie de jouer visible à l'œil nu), Les France Cartigny ont un peu pris à froid le public. Il faut dire qu'il est 19h et que les gens arrivent dans la salle, ce n'est pas forcément le moment idéal pour les morceaux entre chanson FM et punk rock strident... Si certains morceaux fonctionnent grâce à des textes bien troussés et des guitares en fusion, d'autres provoquent bâillements et ennui (le single Merde en particulier), la faute à une voix un peu énervante à la longue et à des compositions pas toujours marquantes.
Los Campesinos :
Belle prestation pour le groupe écossais Los Campesinos, qui a réussi à faire décoller la soirée avec ses titres de pop euphorisante. Evoluant dans un monde délicieusement pop entre Arcade Fire, The Spinto Band, Clap Your Hands Say Yeah, We Are From Barcelona et Architecture In Helksinki, la troupe bigarrée propose un set remuant à base de guitares énervées, de chants hystérico aériens, de claviers vrillants et de violon envoutant. Quand tout le monde se déride enfin, et que des sourires apparaissent sur les visages des musiciens, la partie est gagnée : c'était le seul petit détail qui manquait au début du concert de Los Campesinos, un groupe qui a le mérite de rendre euphorique quand il joue ses chansons...
The Go! Team :
Le concert le plus réussi de la soirée fut celui du groupe anglais The Go! Team... Les chansons remuantes - entre rock bruitiste à la Sonic Youth, hip hop façon Beastie Boys, pop groovy, BO cuivrées de de films Blaxploitation (on pense à Isaac Hayes) et funk n' soul - de ce groupe emmené par une chanteuse bête de scène ultra sexy sont LA cure de jouvence ultime ! Que la salle soit pleine ou pas, l'enthousiasme de The Go! Team est le même, et il emporte tout sur son passage... Le mélange ultra épicé servi très chaud (et très fort !) par la troupe bigarrée donne envie de profiter de la vie de toutes les manières possibles : en dansant, en faisant la fête sans penser au lendemain (voire plus si affinités... ). Merci messieurs dames pour la fraicheur !
Lesbians On Ecstasy :
Casquettes en cuir, coupes garçonnes, électro rock défoncé, il n'y a pas eu tromperie sur la marchandise avec les Montréalaises de Lesbians On Ecstasy. Vociférations tétanisantes, batterie qui claque, basse vrombissante, claviers maltraités, attitude rock 'n roll, c'est pas exactement de la musique électronique pour les grands mères ! C'est le genre de truc idéal pour finir une chaude soirée sur un dance floor rock. A revoir un samedi soir dans un petit club bondé...
Allons tout de suite à l'essentiel, Gossip a donné un concert exceptionnel, un de ceux dont vous vous rappellerez des années plus tard, soyez en absolument sûr. J'avais attiré votre attention, il y a de cela pas mal de temps dans le fil des musiques que vous écoutez, sur la qualité du dernier opus du groupe, et aujourd'hui, il connait une consécration absolue. Donc petit rappel, Gossip est emmené par une chanteuse Beth Ditto a très forte personnalité, et c'est un doux euphémisme. Pensez, elle pose nue sur la couverture d'un N° des Inrocks, après l'avoir fait pour le NME en Angleterre. Pourtant le personnage est loin d'être un canon de beauté physique, c'est même tout le contraire. Imaginez la coiffure d'une danseuse du Crazy posée sur un corps de pachyderme, grosse poitrine, et fessier proéminent...
Mais la beauté ne s'arrête heureusement pas à ces considérations esthétiques, et dès son arrivée sur scène et ses premières notes au micro, elle fait chavirer toute la salle de bonheur. Elle nous retourne comme une crèpe, et on ne peut que l'aimer, et ce n'est pas tous ceux (filles et garçons) qui se sont jetés sur la scène pour la toucher, caresser, embrasser, danser avec elle qui me diront de contraire. Elle est absolument sublime sur scène parce qu'elle a une voix, un répertoire et un entrain absolument exceptionnels. Chaque moment est magique, et même si on sent bien que la fin de chaque chanson est épuisant physiquement, et qu'elle a besoin de faire une pause, elle parle, rit, nous émeut au dela de l'imaginable, et c'est bien là l'essentiel.
Je n'avais jamais vu de ma vie des spectateurs de 50 ans slamer dans la foule, des jeunes oui, mais des "vieux en costume cravate non", eh bien elle a réussi cet exploit. Je ne vous parle pas de l'hystérie qui suit chaque descente au premier rang dans la fosse, et les difficultés des personnels de sécurité pour la faire remonter sur scène, ni du fait que conscients de l'importance de l'évènement, il y avait des caméras HD professionnelles dans toute la salle, et des camions régie à l'extérieur en grand nombre, signe que ce concert sera sûrement diffusé un jour.
Sur scène, le groupe est composé d'un guitariste Brace Paine (look Jean Roucas avec une énorme méche sur le devant) et d'une très jeune batteuse aux bras tatoués Hanna Bilie - excellentissimes eux aussi, et pour cloturer le tout, le son était sublime aussi. La musique est un melting pot d'influences/intégration aussi diverses que Janis Joplin, le funk des années 80, le punk, le disco et les adeptes des pistes de danse ne se sentiront pas dépaysés non plus. Le public était tout aussi hétéroclite, que du bon quoi. Une heure de plaisir total, et même si on n'a pas eu droit a une reprise de "la Vie en rose" par toute la salle comme elle l'avait fait en soutien gorge et petite culotte, on a droit a un rappel en maillot moulant noir.
Pour moi, le disque, le groupe, et le concert de l'année sans l'ombre d'une hésitation. j'en avais les larmes au yeux.
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Avant ce déluge de plaisir,et pour l'anecdote, on avait eu droit à Cajun Dance Party (groupe rock emmené par un très chanteur énorme par la taille et qui a l'air assez tourmenté au vu de son jeu de scène),
Yelle (groupe suisse à confirmer), musique électronique avec samplers, qu'on imaginerait plus dans une rave party, donc un peu décalés dans la programmation, mais qui ont réussi une prestation de qualité après avoir lâché pas mal de réveillez vous Paris,
Jack Penate - trio classique au guitariste remuant aux baskets roses (je connaissais 4 chansons sans avoir qu'il en était l'interprète),
et pour conclure cette mise en condition The Go! Team qui a mis une super ambiance. Groupe hétéroclite : guitariste asiatique, chanteuse noire, 2 batteurs dont 1 fille asiatique elle aussi, leur musique est un mélange de genre elle aussi, Superposition de hip hop, rock le tout passé a la sauce Kid Creole. Il présente aussi comme particularité que les musiciens sont interchangeables, la chanteuse passant à la batterie, le batteur à la guitare, etc... Finalement, une bonne prestation, une alchémie réussie et un succès avéré. Réagir à cette critique
Bilan un peu mitigé pour la Route du Rock 2007, qui avait lieu près de Saint-Malo, du 15 au 17 août 2007 : la pluie du premier jour et le froid nocturne des autres soirées n'ont pas empéché de découvrir des artistes classieux et/ou émergents, mais c'est le concert pathétique (et hors de prix, en plus !) de la tête d'affiche - les Smashing Pumpkins - qui laisse de gros regrets. Venu pour défendre un album sans intérêt aucun, le groupe de Billy Corgan a englouti presque la moitié du budget programmation, pour rien serait-on tenté de dire, s'il n'avait attiré le public nécessaire à la survie du festival. Cela étant dit, la qualité du reste de la présentation de la collection été au fort de Saint-Père était de nature à satisfaire le festivalier en manque de sensations électro pop rock, comme tous les ans... Compte rendu.
Mercredi 15 août :
Herman Düne : ensoleillé, groovy et rock.
Le festival débute pour nous, après une très (trop) longue attente sous des trombes d'eau, avec un bon concert d'Herman Düne. C'est malheureusement sous la pluie que le groupe français délivre sa musique ensoleillée, groovy et rock ; cela permet néanmoins de mettre du baume au coeur des premiers arrivants... David-Ivar, Neman et leur acolytes semblent ravis de se produire à la Route du Rock devant un public tout acquis à leur cause. Le concert, peut-être un peu trop calibré pour les festivals, place en tout cas la soirée sur de bons rails...
The National : puissance émotionnelle remarquable.
Juste après, The National présente brillamment son excellent nouvel album Boxer, avec quelques retours percutants sur sa discographie plus ancienne. Avec un tel groupe, impossible d'être déçu, malgré l'absence du violon magique de Padma Newsome : les morceaux sont tous intensément captivants, le groupe joue de manière inspirée, le chanteur semble habité par des démons insaisissables... Cerise sur le gateau, les éléments déchainés (pluie, vent, froid) conviennent parfaitement aux atmosphères délivrées par le combo new yorkais, selon Matt Berninger lui-même. Cela donne même une dimension supplémentaire au spectacle... Qui, une fois de plus, emporte tout sur son passage, grâce à une puissance émotionnelle remarquable.
Quelques instants plus tard, le show d'Eddie Argos et ses musiciens redonnent définitivement le sourire. Ce monsieur, en apparence propre sur lui et sans relief, est en fait une véritable bête de scène : il est drôle, facétieux, imprévisible et toujours en forme. Entre deux bons mots, quelques exercices physiques pour éliminer les excès (un peu de corde à sauter avec son fil de micro) et quelques provocations bon enfant, le leader omnipotent n'oublie pas d'insuffler une énergie et une hargne incroyables aux morceaux de son groupe de rock. C'est un peu comme si Jarvis Coker de Pulp et Mark E. Smith de The Fall ferraillaient avec un groupe de punk rock obsédé par le hard rock ; on assiste à un feu d'artifice de tubes concis et percutants osant parfois aller jusqu'aux limites du bon goût. En un mot, c'est totalement jouissif ! Les deux albums truffés de hits d'Art Brut et ses concerts survoltés sont vivement conseillés à... absolument tout le monde !
The Go ! Team : irrésitiblement frais et joliment brouillon...
Pour oublier le froid et l'humidité, rien de tel qu'un peu d'exercice. The Go ! Team et son mélange hip hop/soul/pop/rock bricolo bruitiste semble tout indiqué pour faire bouger le public, surtout avec une chanteuse aussi surexcitée que Véronique et Davina réunies. Même avec un genou douloureux, la très craquante vocaliste s'en donne à coeur joie en sautant partout, en chantant avec enthousiasme et en dégageant une énergie plus que communicative... Certes, tous les morceaux sont batis sur la même formule et se ressemblent un peu, mais sur scène l'ensemble se révèle irrésitiblement frais et joliment brouillon. De quoi faire tourner la tête à plus d'un !
Sous des cieux enfin plus cléments (il fait beau et chaud !), les Anglais de Fujiya & Miyagi permettent de décoller en douceur avec leur électro krautrock de fort belle facture. Au menu : guitares légères, claviers vintage aériens, voix lancinantes, boites à rythmes caressantes... Les atmosphères éthérées délivrées par ce groupe sans charisme aucun ont le grand mérite d'être saisissantes ; l'auditeur, peut-être un peu distrait au début, se laisse progressivement envouter par les entrelacs de guitares et de claviers, les boucles sonores oniriques, les gimmicks entétants et les montées hallucinogènes. A revoir au plus vite dans une salle intimiste...
Déjà auteurs d'une prestation impressionnante au festival Europavox deux mois plus tôt, les furieux Norvégiens de 120 Days confirment à Saint-Malo leur statut de groupe de scène imparable... Si à la Coopérative de Mai, ils avaient joué seulement deux morceaux – géniaux, planants, vrillants – en 45 minutes, la tactique d'attaque est différente en territoire malouin : plus de morceaux avec guitare façon Stone Roses/Primal Scream, mais toujours des tentatives réussies de mélange rock/électro/punk entre Suicide, Kraftwerk et « Rolling Stooges ». Malgré un public peu réceptif (sans doute à cause d'un horaire de passage trop précoce), 120 Days a fait étalage de toute sa classe. Un combo tout à la fois à voir sur scène pour péter les plombs, à écouter chez soi pour partir en vrille et à passer sur un dance floor pour sauter partout ; aussi à l'aise avec des boucles préenregistrées, des claviers triturés et des instruments de rock classiques, l'avenir semble véritablement radieux pour ces quatre musiciens-là.
Encore un très bon moment juste après avec le set psychédélique en diable des Montréalais volants de Besnard Lakes, sorte de croisement stellaire entre Pink Floyd, Neil Young, les artistes du label Constellation et les Beach Boys. Oui, rien que ça ! La troupe semble s'entendre à merveille et être ravie de se produire en France ; dans ces conditions idéales, elle donne donc le meilleur d'elle même, avec de longs morceaux propices pour laisser divaguer son esprit à très haute altitude. Certes, tous les fans hardcore des Smashing Pumpkins (qui sont attendus incessamment sous peu) ne sont pas très enthousiastes, mais qu'importe : les fans de musique pop expérimentalo planante se sont vus proposer une dose de leur drogue préférée par un groupe simple et inspiré.
Smashing Pumpkins : un cauchemar...
Tout le contraire donc des Smashing Pumpkins qui ont plongé dans le désarroi le plus total une très grande partie de leur public... La faute à un nouvel album inintéressant au possible, à la transaprence des remplaçants de James Iha et D'Arcy, à un Billy Corgan en pilotage automatique, à un Jimmy Chamberlin ultra lourdingue sur ses fûts... Le résultat : dès le premier morceau – interminable, avec une tentative d'hymne américain à la guitare en plein milieu ! -, l'on se dit que la soirée va tourner au cauchemar. Entre prog rock sans inspiration, métal plombé et massacre éhonté du répertoire (une bonne partie de Mellon Collie And The Infinite Sadness est jouée mollement, avec en « bonus » un Bullet with butterfly wings complétement raté), la bouillie sonore qui provient de la scène donne envie de prendre ses jambes à son cou et de fuir au plus vite ! Avec un peu plus d'envie de jouer, une bonne dose d'humilité, une volonté d'oublier un peu les racines hard rock et un meilleur choix de set list (pourquoi oublier 1979 ?), il aurait pu en être autrement. Dommage, vraiment dommage, surtout vu le cachet excessif demandé par les Smashing Pumpkins ! A oublier...
New Young Pony Club : efficace.
Fort Heureusement, New Young Pony Club réussit à faire – un peu – disparaître de notre esprit la désagréable impression laissée par la soi-disant tête d'affiche du festival. Et cela en proposant une électro pop/New Wave loin d'être géniale, mais efficace en diable et servie très fraiche par un groupe monté sur ressorts. New Young Pony Club a le grand mérite de se bouger le cul pour nous donner envie de remuer notre popotin, et c'est déjà énorme !
CSS : on a envie de danser n'importe comment et de faire l'amour n'importe où... et avec n'importe qui en plus !
Dans le même registre, mais en plus musclé et fruité, les furies brésiliennes de CSS ont fait bonne impression au coeur de la froide nuit malouine. Ce groupe bigarré et fluo dispose pour principaux atouts d'une énergie débridée, d'un brin de folie et d'un manque flagrant de complexes pour mélanger tout et n'importe quoi. Et ça marche : on a envie de danser n'importe comment et de faire l'amour n'importe où... et avec n'importe qui en plus ! Tous les morceaux se ressemblent, mais l'éssentiel est là : on est content de communier bêtement avec cette bande de doux dingues. Comme pour récompenser le public d'être resté, CSS propose « une reprise de Daft Punk », qui s'avère être en fait une version électro rock du hit mortellement jouissif de L7, Pretend we're dead. Finalement, la nuit sera belle, en attendant Sonic Youth...
Déjà le dernier jour de cette route du rock 2007, avec le gros morceau de l'affiche : Sonic Youth jouant son mythique album Daydream nation dans l'ordre et en intégralité... Le grand moment - prévu à 23h - nous trouble au point de nous faire manquer les excellentes Electrelane, qui remportent un véritable triomphe auprès du public. Juste après, Albert Hammond, Jr., le guitariste des Strokes, n'a pas cette chance, malgré le concert correct qu'il propose. Le public accueille assez fraichement les morceaux pop folk rock de l'album Yours to keep qui sont pourtant de très bonne tenue ; il faut dire qu'Albert et ses impeccables musiciens se la jouent un peu et ça ne plaît pas à tout le monde. Malgré ce petit détail et le côté expéditif du concert (qui se termine sans un aurevoir par le jet intempestif de la guitare dans la batterie... ), les amateurs avaient sans aucun doute pu remarquer les mélodies immédiates, l'écrite soignée des morceaux, les arrangements percutants, la belle voix du monsieur et la surprenante reprise de Frank Black himself : Old black dawning. A suivre donc.
Sonic Youth : la flamme artistique brûle toujours chez la jeunesse sonique.
Puis Sonic Youth arrive à l'heure dite pour jouer l'un de ses chefs d'oeuvre, paru en 1988 : le double album Daydream nation, subtil mélange de rock bruitiste, de punk rock déstructuré et de mélodies aussi planantes que toxiques. Tout commence avec l'excellentissime Teenage riot, un incontournable du répertoire du groupe de New York, joué en général à la fin des shows. Le son est bon, le groupe a envie de jouer, le public est chaud et l'énorme bougie figurant sur la pochette du disque sert de fond de scène, sans doute pour prouver que la flamme artistique brûle toujours chez la jeunesse sonique : tout cela ressemble bel et bien au bonheur... Le disque défile donc avec ses passages noisy bruitistes, ses morceaux plus immédiats (Silver rocket, Eric's trip, Hey Jony) et l'on se dit qu'effectivement cet opus est d'une sacrée trempe. La relecture scénique qu'en propose le combo de Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo et Steve Shelley est à la fois fidèle et aventureuse ; seul petit détail, les très bons morceaux du nouvel album - Rather Ripped - joués lors d'un très long rappel auraient peut-être pu être intercalés dans Daydream nation. Tout cela relève du détail car Sonic Youth, renforcé par l'ex bassiste de Pavement, Mark Ibold, lors des rappels, a démontré que sa musique - qu'elle date de 1988 ou de 2006 - était toujours d'une éclatante actualité.
C'est donc un concert mémorable d'une tête d'affiche digne qui clôture pour nous cette Route du Rock. Malgré les quelques aléas inhérents à ce genre de manifestation, l'édition 2007 laissera finalement un excellent souvenir. La preuve : on a déjà très envie de revenir en août 2008.
Chaque année, les Eurockéennes de Belfort sont une excellente occasion pour tout un peuple de jeunes amoureux de rythmes rock, pop, punk, électro et métal de célébrer en musique le début des vacances estivales. Cette immense rassemblement sur la presqu’île de Malsaucy s’apparente réellement à une drogue à accoutumance : quand on y a goûté une fois, on veut sa dose annuelle. C’est presque normal puisque depuis quelques années, la programmation se fait fort de présenter à un public fidèle le meilleur de ce qui se fait en musiques actuelles pointues, en prenant néanmoins soin de proposer quelques artistes grand public pour attirer le plus de monde possible. Après les mémorables éditions 2003 et 2004 (Radiohead, Pixies, PJ Harvey, Franz Ferdinand etc etc.), le cru 2005 promettait d'être bon. Mais pour cela, il fallait que le beau temps soit de la partie, et ce fut le cas au-delà des espérances : les quelques gouttes éparses du vendredi ne feront que rafraîchir agréablement les festivaliers, les deux jours suivants étant placés sous le signe du grand beau temps.
Résumé d’un premier jour riche en bon moments, plaçant ainsi le Eurockéens sur les rails d’un voyage musical extatique de trois jours. Sur la route du bonheur donc…
The Go ! Team
Tout commence pour nous à 16 h 45 sous le Chapiteau avec les excellents The Go ! Team, toujours aussi contents de pousser le public à se trémousser sur leur tubes imparables mêlant habilement rock, hip hop, funk, pop et électro. Comme au Printemps de Bourges 2005, la chanteuse – très craquante – ne ménage pas sa peine pour faire chanter et danser le public, au risque d’en faire un peu trop. Mais après tout c’est l’été, il fait beau, il fait chaud, les gens sont là pour faire la fête, se rencontrer et se rouler des pelles dans l’herbe verte ; on fait donc comme tout le monde : on se délecte des hits de The Go ! Team en bougeant notre corps…
Kaizers Orchestra
Peu de temps après, sur la grande scène, les très percutants Kaizers Orchestra se chargent de convertir un maximum de monde à leur musique prenant ses racines du côté du folklore des Balkans, du blues et du rock. Tant et si bien que cela produit le même effet jubilatoire qu’aux Trans Musicales de Rennes ; à force de mouiller le maillot et de présenter un cocktail aussi explosif qu’original au public, ce dernier démarre au quart de tour, en faisant un triomphe au groupe norvégien. Les multiples trouvailles sonores (et visuelles) du combo venu du froid sont autant d’agréables surprises, l’attitude hystérique et drôle du chanteur étant le petit plus qui tue. Ce monsieur semble aussi content d’être là et de raconter des choses farfelues que son compatriote officiant chez les survoltés Hives, c’est dire. Quand ce personnage haut en couleur déclare, un grand sourire aux lèvres, « Je crois que je vous aime déjà, c’est le coup de foudre ! », on n’est pas loin de penser la même chose…
CocoRosie
Place ensuite à celles qui nous avaient littéralement transporté de joie au Palais du Grand Large à la dernière Route du Rock, j’ai nommé CocoRosie… Las, si les morceaux des deux troublantes soeurs sont toujours aussi beaux et prenants, ils seront presque tous fusillés par des larsens incessants sur les voix, une attitude je m’en foutiste assez énervante (un temps interminable entre les morceaux, des hésitations sur le choix des titres etc.) et les intervention vocales discutables du rapper Spleen (par ailleurs, très doué pour le bruitages)… Les deux jeunes femmes sont arrivées en retard et n’ont pas eux le temps de faire une balance, d’où la catastrophe au niveau du son. Le charme est rompu (pour cette fois... ), c’est bien dommage ! D’autant plus que le concert de CocoRosie nous a fait manquer les excellents (sur scène et sur disque) Bloc Party, même si ces derniers semblent actuellement exténués par leurs obligations promotionnelles.
Queens Of The Stone Age
Mais tout ceci est très vite oublié grâce à la prestation magistrale des Queens of The Stone Age du génial Josh Homme : 1 h 10 à fond sur l’autoroute de l’enfer avec du metal pop stoner à fond dans le poste. Le rêve ! Malgré le départ du très rock ‘n roll bassiste Nick Oliveri, les QOTSA restent une inarrêtable machine de guerre scénique. Comment pourrait-il en être autrement avec un leader songwriter chanteur aussi doué que Mr Homme ? Non content d’écrire des hits plongeant l’auditeur dans une incroyable frénésie, notre homme possède en plus une des plus belles voix actuelles du rock. Capable de chanter dans presque tous les registres, il sait également s’entourer d’un groupe férocement impeccable, ce qui ne gâche rien. Les musiciens qui officient aux claviers, à la guitare, à la basse et à la batterie sont excellentissimes pour délivrer un maelström sonore proprement surpuissant. Enfin, pour couronner le tout, Josh Homme semble être ravi de jouer pour la première fois dans un festival français (et pas n’importe lequel !) : il parle un peu entre les morceaux - monstrueusement bons - délivrés par son combo et prend visiblement un pied incroyable à les enchaîner pied au plancher. Chaque titre est une ode à la rock ‘n roll attitude propulsée au septième ciel de la distorsion par force parties vocales superbes, rythmiques enlevées, claviers martelés, riffs titanesque et autres solos ou gimmicks bien envoyés. C’est le bonheur sonique ; ni plus, ni moins ! Voir un roux un peu enveloppé dégager une telle puissance et faire craquer les filles avec sa présence digne d’un Elvis des années 2000 est excessivement réconfortant pour un membre du club de ceux qui finissaient sur des bûchers, il n’y a pas si longtemps que ça… Après la fin de ce show à la set list idyllique (les meilleures compositions des deux derniers albums), on ne peut qu’applaudir à deux mains - en hurlant sa joie - après avoir pris en pleine gueule ces Lullabies to Paralize et autres Songs for the deaf. Vivement le concert de Queens of The Stone Age au festival Rock en Seine, fin août !
Nine Inch Nails
C’est vraiment de pied ferme qu’on attendait la prestation de la « chose » de Trent Reznor, Nine Inch Nails, dont le retour visiblement fait pour renflouer les caisses sentait un peu le plan marketing... Et bien, contre toutes attentes, c’est un Mr Reznor en bonne forme et survolté vocalement qui a enflammé la grande scène des Eurockéennes de Belfort, bien aidé par un groupe de petits jeunes méchamment furieux. Bien sûr, tout est réglé au millimètre près, jusque dans les courses folles du guitariste et les jets de bouteilles d’eau entre les musiciens, mais il faut avouer que le show ultra efficace de NIN produit un effet non négligeable sur le cerveau, en bouillie, des festivaliers, pas au bout de leur « peines ». Le métal indus relevé de touches électronico punk est une sorte de rouleau compresseur sonique implacable. Seul les ballades et/ou intros lennoniennes jouées au piano par Reznor permettent de reprendre son souffle. Le titre interprété par l’inoubliable Johnny Cash sur un de ses derniers disques (American 4) Hurt, est un moment poignant d’un concert qui restera carré et houleux jusqu’à son terme.
Interpol
Parfaitement rôdés au tournées marathon et aux sonos énormes, les New-Yorkais d’Interpol démontrent une fois de plus leur incomparable savoir faire pour créer des ambiances glaçantes de cathédrales gothiques, peu de temps après, sous le chapiteau. La voix, les guitares, les claviers et les rythmiques martiales permettent de communier très rapidement avec un groupe, certes pas très communicatif , mais plus que jamais marquant sur une scène. L’état extatique atteint au Printemps de Bourges cette année n’est pas très loin… Mais, c’est la « loi » dans les festivals, l’envie de découvrir des sensations inédites sur scène (les Eagles Of Death metal en l’occurrence) nous pousse à rejoindre en quatrième vitesse la Loggia, à l’autre bout du site du Lac du Malsaucy.
Eagles Of Death metal
Ah, la belle découverte que voilà ! Quand on arrive, les aigles du métal de la mort, un des projets parallèles du maître à penser des Queens Of The Stone Age, Josh Homme, ont déjà commencé à brûler les planches, en toute impunité et devant un parterre de fans. Ce quatuor de dangereux excités, bien dans la lignée de QOTSA (et n’ayant rien avoir avec le death Metal, fort heureusement) se passe parfaitement de son batteur officiel, Mr Homme, sur la plupart du concert. Propulsés par une batteuse body buidlée, le Eagles Of Death Metal tournoient au dessus de la carcase du rock n’ roll et du rockabilly avant de fondre dessus sans crier gare. Et de tout déchiqueter avec une férocité rare. Le résultat est aussi violent que jouissif. Et c’est donc en toute logique que les quatre EODM s’éclatent sur scène comme de méchants petits garnements, ce qui se ressent très bien dans le public, aux anges. Les projections du Kollectif Alambic sur des écrans en fond de scène rajoutent encore à la puissance de la musique, en produisant un effet étourdissant fort bienvenu. Puis, vers la fin du concert, la batteuse (excellente d’ailleurs) se lève de son kit pour laisser la place au très attendu Josh Homme, tout sourire. Celui-ci se fait fort de défoncer sur le champ son instrument avec sa classe coutumière. Les musiciens semblent heureux comme des gamins, c’est extrêmement rafraîchissant dans le contexte blasé du rock business ! Ils ne quitteront la scène qu’après avoir accordé un rappel sacrément virulent.
The Chemical Brothers
Quand on assiste à un show des Chemical Brothers, et malgré tout le respect dû aux frères chimiques pour leur apport à la musique électronique, on se dit que ces deux-là devraient sérieusement songer à essayer de se renouveler au lieu de s’auto parodier sans fin. Car, une fois de plus, les deux bidouilleurs sont bien planqués derrière leur ordinateurs, les projections sont identiques aux fois précédentes, et ils proposent leur sempiternel best of, à peine mixé et trituré. Bien sûr, celui-ci contient nombre de titres imparables qui resteront dans l’histoire des musiques électroniques, mais on a quand même la désagréable impression d’écouter des disques passés à fort volume dans d’immenses enceintes. Même s’il est difficile de ne pas danser devant le déluge de beats et breaks percutants ourdi par Tom Rowlands et Ed Simmons, les Chemical Brothers semblent un peu en bout de course…
Bright Eyes
Look à la Billy Corgan, voix à la Robert Smith, l’Américain Conor Oberst (qui se « cache » derrière le nom de Bright Eyes) produit une musique pop/folk/rock originale, torturée et accrocheuse. Son concert aux Eurockéennes de Belfort n’en fut pas moins difficilement supportable à cause d’un son outrageusement fort et dramatiquement mal réglé. De bonnes chansons jouées avec le bruit d’un avion au décollage en fond sonore, sans oublier des instruments qui se couvrent les uns les autres, restent de bonnes chansons, certes. Mais tout de même, on se dit qu’on serait mieux dans un petite salle bien sonorisée, loin de cette plage ouverte à tous les vents. Il faudra donc revoir ce jeune homme doué dans un autre cadre, plus approprié… Ce concert en demi-teinte sera le dernier d’une première journée bien remplie. Vivement demain !
Malgré une programmation riche et pointue pour la semaine du Printemps de Bourges 2005 (si on prenait soin d’éviter le Phénix, un chapiteau de 5500 places qui a vu défiler De Palmas, Lavilliers et Ska P… ), la seule présence le jeudi soir de The National et Herman Düne à la même affiche méritait à elle seule amplement le déplacement ! Ce concert de rêve sur le papier a pleinement tenu ses mirifiques promesses musicales dans les faits…
Los Banditos
La soirée débute dans le 22 Ouest avec un groupe de surf rock… allemand, c’est assez rare pour être signalé ! Le court moment passé en compagnie de ce groupe ravi de se produire sur scène a donné envie de les revoir plus longuement. Car si le style n’est pas franchement original, les guitares avec réverbe sont toujours agréables aux oreilles de ceux que les années 50 et 60 continuent à bercer… et Los Banditos les utilisent avec maestria.
Herman Düne
Venus présenter sur scène leur dernier album – Not on top – peu de temps après dans le 22 Est, les trois Herman Düne - David-Ivar (chant, guitare, basse, mini guitare), André (chant, guitares) et Neman (batterie) - ont régalé le 22 avec leurs excellents nouveaux morceaux, toujours dans la veine folk/pop/rock mais désormais avec plus de rock et de folk que de pop. Leur – mémorable – concert de l’été dernier aux Eurockéennes de Belfort avait été sautillant et furieusement gai, celui-ci fut plus recueilli, moins drôle, plus sec mais tout aussi saisissant…
En formation réduite (avec toutefois la présence en mini première partie et aux chœurs d’une certaine Diana, chanteuse folk doué évoquant une Cat Power anti folk), Herman Düne n’a eu aucun mal à convaincre le public : morceaux superbement écrits (parfois dans un style très Velvet Underground), voix d’une beauté à couper le souffle (on pense souvent à l’inestimable Neil Young), son lo fi et rugueux à souhait, mélodies sidérantes, solos originaux et attitude de branleurs sympathiques… Le trio franco suédois a réussi à emmener son auditoire dans son univers personnel en n’ interprétant que des nouveaux morceaux, un exploit que seuls les pointures arrivent à accomplir.
The Go ! Team
La découverte de The Go ! Team sur scène est une expérience assez surprenante, tant le groupe anglais s’évertue à brouiller les pistes, à mixer les genres et à faire feu de tout bois… Le mélange d’un chant hip hop avec des guitares tantôt bruitistes ou funk et de multiples bidouillages sonores originaux se révèle très rapidement captivant : pas le temps de s’ennuyer une seule seconde avec ce groupe qui zappe plus vite que son ombre ! Certains passages sont anecdotiques, les textes sont limités à leur plus simple expression et la chanteuse en fait souvent trop pour encourager le public à chanter, danser ou taper dans ses mains, mais globalement ce pétillant interlude entre Herman Düne et The National était réussi et rafraîchissant.
The National
Puis c’est au tour des très attendus The National de fouler les planches au grand complet, c’est à dire avec le violoniste australien des ClogsPadma Newsome en plus des cinq membres officiels du groupe établi à New York. Malgré l’annulation de leur Black Session, le vol de leur matériel à Belfort et un rythme de tournée effréné, The National a confirmé son statut de groupe de scène imparable – celui de songwriters bénis des dieux leur est définitivement acquis depuis la réussite de l’inépuisable album Alligator, sorti le 12 avril 2005. Quant on vient de publier un tel bijou, autant en profiter pour l’interpréter dans les grandes largeurs sur scène… C’est donc à un set estampillé Alligator (avec de nombreux retours vers le non moins précieux Sad songs for dirty lovers) que le public – envoûté dès les premières notes de Secret meeting – a le plaisir d’assister.
Après avoir souhaité bonne chance aux nouvelles guitares, Matt Berninger subjugue littéralement le public grâce à une présence tout à la fois magnétique et inquiétante (voire terrifiante quand il pète les plombs) et à un registre vocal tout simplement bluffant. Derrière lui le violon très dissonant (à la John Cale), les guitares aériennes ou acérées et une section rythmique de très grande classe permettent de passer un moment divin. Le ballades poignantes, les morceaux planants et les titres rageurs se succèdent sans qu’une seule baisse de régime ne soit à signaler. Les yeux mis clos (voire complément fermés), submergé par les vagues musicales successives, on voit très clairement où The National veut nous emmener : au paradis de la musique pop/folk/rock. Inoubliable…
Ken Emerson & Terii Nui
Il est très tard quand il est temps d’amorcer la descente vers le monde réel (après un concert aussi bouleversant, c’est difficile !) , les inattendus Ken Emerson & Terii Nui permettent à l’atterrissage de s’effectuer en douceur, bercé par les guitares hawaiiennes, les chants traditionnels et le déhanchement des vahinés court vêtues… Le dépaysement est total, on se croirait presque sur une plage de sable fin avec des cocotiers au dessus de la tête, le ciel bleu et la mer turquoise ne gâchant pas ce tableau idyllique. Pourtant, nous sommes bien à Bourges en train d’assister au spectacle détonant de Ken Emerson & Terii Nui… Voilà une soirée dont on se souviendra longtemps !