Encore une édition réussie pour la Route du Rock… Après le succès retentissant de l’année dernière (où tous les records d’affluence avaient été battus, grâce à la venue de The Cure), 2006 restera comme un bon cru au niveau fréquentation (21000 personnes sur les trois jours), et un excellent millésime en ce qui concerne la programmation, le gros point fort du festival malouin. C’est en effet ce "petit détail" qui fidélise le public avide de découvertes électro pop rock ; et donne envie de revenir tous les ans assister à des concerts dans le magnifique cadre naturel que représente Saint-Malo et sa région. On se déplace donc surtout pour voir en live des groupes peu connus et prometteurs sur un site superbe, mais pas forcément, comme le font certains, pour participer au défilé de mode des jeunes parisiens pseudo branchés, avec mèche presque rebelle et uniforme conforme à la collection printemps/été 2006 prônée par les revues à la mode. La collection été de la Route du Rock 2006 a, quant à elle, tenu la plupart de ses (jolies) promesses, permettant de passer trois jours très agréables au fort de Saint-Père (malgré un temps frais) et au Palais du Grand Large…
Vendredi 11 août 2006 :
Howling Bells : jeunes pousses prometteuses…
C’est le groupe Howling Bells et sa charmante chanteuse Juanita Stein qui donnent le top départ pour les festivités musicales dans le Fort de Saint-Père, devant un public arrivant tranquillement mais sûrement… Joli lancement pour cette Route du Rock 2006 : des morceaux qui tiennent plutôt bien la route, de bonnes idées d’arrangements - entre pop revêche et rock lacéré d’électricité -, une voix marquante. Sans crier au génie après la courte prestation de ces jeunes pousses prometteuses, on peut néanmoins dire qu’Howling Bells mérite une écoute attentive de son premier album.
Why ? : du grand art !
Juste après, Why ? casse la baraque en formule trio hip pop/rock avec des titres très marquants, des musiciens doués (mais sobres) et un chanteur aussi charismatique que surprenant et impressionnant. Impressionnant, c’est le mot qui colle le plus à la prestation de Why ? sur la grande scène de la Route du Rock ; il est véritablement bluffant d’observer la diversité des ambiances abordées, les multiples textures de voix utilisées, et la variété des sonorités de guitares, de claviers et de batterie/xylophone mélangées pour créer des morceaux étourdissants. Rapidement, la troublante impression d’assister à une prestation du groupe The National en formation hip rock fait son apparition dans notre cerveau. Celui-ci est mis en ébullition par tant de virtuosité (entièrement au service des morceaux) et tant d’idées parfaitement intégrées au processus de création… La voix de – en tous points remarquable – peut se faire grave et profonde comme celle de Matt Berninger (le plus sérieux prétendant pour succéder à Stuart Staples sur le trône de king of crooner pop mélancolique), avant de devenir une sorte de mitraillette à mots sur le titre suivant. Tout simplement du grand art, ce grand écart réalisé sans filet sur scène, par la première grande révélation scénique malouine de l’été 2006…
Islands : un cocktail régénérant et étourdissant.
Grand moment également que le concert des Canadiens débridés, bigarrés et gravement farfelus de Islands… Devant un public plus réceptif qu’aux Eurockéennes de Belfort, et dans une forme olympique, la blanche troupe de musiciens a réussi à faire atteindre le Nirvana avec son cocktail régénérant à base de pop très fraîche, de rock bizarre, de funk torride, de hip hop décalé, de musique classique, entre autres. Ce mélange savamment orchestré propulse l’auditeur dans une décoiffante séance de montagnes russes qui semble ne jamais devoir s’arrêter (c’est en tout cas, ce qu’on souhaite ardemment !) : les guitares, le saxophone, les chœurs, la voix du chanteur, la section de cordes, la basse, les claviers se lancent dans une valse effrénée où les styles se suivent et ne se ressemblent pas au cours du même morceau. Miracle ou talent incroyable (les deux sans doute), ce n’est jamais le bazar ; la musique épicée et très changeante d’Islands garde une cohérence incroyable en toute occasion, laissant le spectateur ravi et étourdi. Cerise sur le gâteau, le chanteur de Why ? vient faire un petit featuring rappé pour conclure un set d’anthologie…
Calexico : une chaleur bienvenue.
Malgré les critiques essuyées à cause de son virage pop rock sur le dernier album, Calexico reste un groupe pertinent sur disque et sur scène, un terrain de jeu où il a toujours été très à l’aise. En cette soirée un peu fraîche, au fort de Saint-Père, Joey Burns, John Convertino et leurs acolytes pas exactement maladroits avec leurs instruments ont apporté une chaleur bienvenue au festivalier… En alternant les (très bons) morceaux pop rock issus du dernier opus et les pépites Americana/Country Folk Mariachi plus anciennes, Calexico a encore plus séduit qu’au dernier Printemps de Bourges (où sa prestation était pourtant déjà excellente), grâce à une énergie et une joie de jouer sans failles. Les petits plus étant la reprise de Love (Alone again or dédicacée de manière touchante à Arthur Lee, récemment passé de vie à trépas), et la version inattendue de La chanson de Prévert de Serge Gainsbourg, jouée en duo avec une chanteuse à la voix émouvante. A la fin du concert, on a encore une fois très envie de crier à qui veut bien l’entendre : « Viva Calexico ! »
Mogwai : la bande son idéale pour laisser divaguer ses pensées
Ce n’est pas la prestation - absolument superbe - de Mogwai qui va nous faire redescendre de notre petit nuage… Toujours aussi peu causant, mais une fois de plus très en forme au niveau du son et de la set list (comme à la Coopérative de Mai cette année), les Ecossais fans de Zinédine Zidane (dont le dernier geste technique administré à un Italien violent et grossier n’a fait que renforcer notre admiration pour lui, au même titre que le très joli Kung fu de Cantona sur un néo nazi anglais l’avait fait en son temps) ont fait étalage de leur science pour faire voyager en apesanteur et planer leur public… Guitares adeptes du grand écart sonique, claviers vrillants, voix (vocodérisées ou non) saisissantes, rythmiques envoûtantes : ne cherchez plus la bande son idéale pour laisser divaguer vos pensées. Grâce à Mogwai et à ses morceaux passant d’arpèges cristallins à de violents ouragans de distorsion, le fort de Saint-Père se transforme en vaisseau fantôme naviguant sur une mer aussi attirante que terrifiante : entre deux périodes de calme plat idyllique, les bourrasques se succèdent et emportent tout sur leur passage. Tout cela laisse le festivalier complément rincé, lessivé par tant de changements d’humeur, mais ravi par la qualité du voyage intérieur effectué.
Liars : un maelström sonore aussi difficilement supportable que véritablement prenant.
C’est la plus fameuse bande de « menteurs » du rock actuel - Liars - qui est chargé d’achever (le terme n’est pas choisi au hasard) les derniers survivants encore sensibles à l’expérimentation après 2h30 du matin… Le trio, récent auteur d’un album aussi ardu qu’osé et riche (l’ébouriffant Drums not dead), se lance immédiatement dans son jeu favori : l’érection d’une cathédrale de bruit, à l’aide de murs du sons hallucinants de violence et de d’inventivité. Angus Hemphill vocifère comme un damné en bougeant sa grande carcasse comme un fou furieux, mais il n’oublie pas pour autant d’infliger un traitement de choc à sa guitare, visiblement accordée par un disciple de Syd Barrett dernière période. Pour soutenir ce raffut démoniaque, un duo batteur percussionniste/guitariste déstructure au delà du soutenable (s’il était besoin) un rythme expérimentalo tribal. Le résultat est un maelström sonore aussi difficilement supportable que véritablement prenant. On aimerait être dans le même état d’esprit que les musiciens, ou avoir pris autant de produits hallucinogènes, mais malgré tous les efforts faits pour lutter contre la fatigue qui nous gagne, on cède au bout de 25 minutes, aussi content d’avoir assisté à pareille messe noire sonique que soulagé de s’en éloigner… Après une telle soirée d’ouverture, la nuit promet d’être aussi belle qu’agitée au camping du festival…
Samedi 12 août 2006 :
Stuart A. Staples : littéralement habité par ses chansons.
Saint-Malo, Palais du Grand Large (un théâtre cosy avec places assises), 17h30, Stuart A. Staples apparaît sur scène avec ses musiciens (dont deux Tindersticks aux claviers et à la guitare électrique), et c’est parti pour un moment magique… Comment pourrait-il en être autrement quand on passe un peu plus d’une heure en compagnie d’un songwriter brillant chantant ses morceaux folk pop rock avec une voix gravement troublante ? Sans chercher à innover ou à inventer un nouveau style musical, Stuart Staples écrit des chansons d’une superbe sobriété et les habille de très peu de choses : sa guitare sèche, un orgue, une basse/contrebasse, une batterie et quelques notes de guitare électrique. Et ça suffit amplement pour mettre en valeur la voix du monsieur, toujours aussi remarquable de profondeur et incroyablement gorgée de vécu. Car Mr Staples semble littéralement habité par ses chansons ; il a réellement l’air de les vivre quand il les chante les yeux mi-clos ou fermés, grimaçant pour atteindre la note qui retranscrira ses émotions. C’est donc cloué au fauteuil, et passablement ému qu’on accueille ce torrent de sentiments torturés mis en musique. Après une (superbe) reprise de Townes Van Zandt, une ou deux autres perles, et c’est déjà la fin. Il faut déjà quitter les lieux pour regagner le fort Saint-Père, mais on serait bien resté encore une heure, pour prolonger ces instants précieux…
You Say Party ! We Say Die ! : déjà vu, mais percutant et rafraîchissant…
Quand nous atteignons le site du festival, le premier groupe programmé a déjà commencé son travail de sape sur un auditoire électrisé par tant d’énergie brute. Sur scène, les furies post punk/riot boys and girls de You Say Party We Say Die ! s’en donnent à cœur joie : cris hystériques, larsens, distorsion, sonorités décalées… En quelque sorte, une potion magique pour rendre dingo, se rouler par terre en poussant des cris de marsupilami sous acide. On a déjà vu ça plusieurs fois, certes, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est sacrément percutant et rafraîchissant. A signaler aux éventuels imprudents : n’essayer pas de manger un kebab frites en assistant à un concert survolté de ces hurluberlus, à force de gesticuler de manière incontrôlée, vous pourriez finir la soirée avec un t-shirt maculé de ketchup et autres produits indigestes et salissants.
The Pipettes : un peu moins convaincantes que prévu.
Suite à l’écoute répétée de leur premier album, on se faisait une joie de rencontrer l’univers des Pipettes sur scène. Légère déception : malgré leurs côtés frais, enthousiaste et farfelu, les trois jeunes femmes sont un peu moins convaincantes que prévu. La faute au groupe – masculin – assez quelconque qui les accompagne, et aux atours plutôt communs de certaines chansons sans les arrangements présents sur le disque… Ceci dit, de nombreux morceaux emportent l’adhésion grâce à leurs qualités franchement tubesques : mélodies sucrés, voix douces et/ou aguicheuses, textes de chipie aimant collectionner les aventures, univers pop sixties remuant et sexy, multiples facéties drolatiques… Malgré les défauts évoqués plus haut, on passe quand même un bon moment avec ces trois filles pétillantes se produisant sous la lumière vive du soleil couchant. A revoir dans quelques temps donc…
Belle and Sebastian : un délicieux moment…
Fort de son très bon dernier opus, Belle And Sebastian a repris la route avec une joie non dissimulée, si l’on en juge par la prestation particulièrement enlevée et débridée donnée par les Ecossais lors de la Route du rock 2006. Toujours irrésistiblement kitsch dans son petit polo très près du corps, Stuart Murdoch semble absolument ravi de chanter, de cabotiner, de danser ou d’exécuter quelques acrobaties dignes d’un entertainer professionnel (danses communicatives, multiples sauts sur l’avancée de scène, plaisanteries, etc). Plus sobre, son acolyte Stevie Jackson illumine les morceaux avec ses chœurs et sa guitare, avant de chanter joliment ses titres. Comme les autres musiciens semblent eux aussi s’éclater en jouant les morceaux bien écrits de Belle and Sebastian (qu’ils soient extraits de la première période, intimiste, du groupe, ou issus des derniers albums, plus luxuriants et produits), tout le monde – sur scène et dans le public – semble passer un délicieux moment. Normal, la musique du groupe de folk pop de Glasgow a toujours la très grande vertu de rendre heureux…
Cat Power and The Memphis Rhythm Band : tout simplement divin !
Véritablement hanté par le dernier album de Cat Power, le formidable The Greatest, la venue à Saint-Malo de la très brillante songwriter avec son groupe de soul justifiait à elle seule notre présence en Bretagne à la mi août. Si l’on excepte les deux premiers morceaux instrumentaux (trop longs, avec des solos trop démonstratifs) joués en l’absence de Chan Marshall sur scène, le concert fut tout simplement divin… Dès que Chan arrive sur scène pour chanter l’inépuisable chanson The Greatest (on s’est récemment surpris à essayer de la jouer à la guitare dans le noir, avec le disque en fond, la touche replay enfoncée… ), des frissons de bonheur et d’émotion parcourent tout le corps. Non contente d’être belle à se damner (amaigrie, avec une nouvelle coiffure très réussie), mademoiselle Marshall chante ses morceaux folk soul pop avec une voix cassée totalement irrésistible. On donnerait tout pour assister à toute la tournée, balances comprises… Mais il faut se « contenter » de ce seul et unique concert malouin, où le groupe The Memphis Rhythm Band supporte avec maestria et classe les chansons magistrales et la voix sidérante de Cat Power. Les chœurs noirs, les cordes, les guitares, la rythmique : tout est impeccablement en place et digne de la grande tradition des disques d’Al Green, Booker T. And The Mg’s, Stax Records et Hi records. On en a la chair de poule… Puis, quand le groupe laisse la place pour une partie solo au piano et à la guitare, on a très envie de pleurer de bonheur ! Fasciné par la présence magnétique de cette chanteuse d’exception, à peine a-t-on l’occasion de remarquer un petit bonhomme discret juste à côté de nous. C’est Stuart Murdoch, visiblement sous le charme lui aussi. S’en suivent des reprises renversantes de Hit the road Jack et de House of the rising sun, puis un sautillant morceau interprété par le guitariste du groupe annonçant un final majestueux. On aurait aimé plus de sobriété dans la présentation du groupe (la choriste hurlant trop souvent « Cat Power ! » en faisait trop), mais à part ce petit détail, ce concert est entré immédiatement dans notre panthéon personnel.
TV On The Radio : une véritable tornade sonique (avec quelques superbes accalmies planantes).
Rude tâche que de passer après la déferlante Cat Power, et pourtant, malgré l’heure tardive, le froid qui commence à se faire saisissant, le groupe new-yorkais TV On The Radio a fait une très forte impression. La recette chant soul rock hystérique + guitares en fusion + rythmiques implacables + inspiration versatile fonctionne à plein régime ; c’est une véritable tornade sonique (avec quelques superbes accalmies planantes) qui s’abat sur le public, complètement parti dans l’univers onirique du groupe. Si le deuxième album avait semblé de prime abord moins marquant que le premier effort discographique de TV On The Radio, la version scénique des nouveaux morceaux s’avère joliment convaincante. Même si le morceau Staring at the sun reste toujours au-dessus du lot… On se souviendra longtemps des odes soniques au bruit noir et blanc ourdies par des guitaristes tour à tour impassibles ou survoltés, un chanteur diaboliquement hystérique, un batteur hallucinant et un bassiste/clavier imparable. C’est avec en tête les enchevêtrements de guitares hallucinogènes de TV On The Radio qu’on s’endort, après une nouvelle soirée très réussie.
Dimanche 13 août 2006 :
Isobel Campbell & Eugene Kelly : encore un agréable moment passé au Palais du Grand Large.
Malgré l’absence de Mark Lanegan à ses côtés, l’ex belle And SebastianIsobel Campbell a réussi à présenter de manière attractive son dernier opus, l’excellent Ballad of the broken seas. L’apport vocal et guitaristique du chanteur des mythiques Vaselines, Eugene Kelly a permis de pallier la défection du vocaliste sombre et torturé des Screaming Trees et des Queens Of The Stone Age. Dans un style différent, avec une voix moins grave et moins impressionnante, Kelly a réussi a secondé sa partenaire de tournée, en apportant sa touche personnelle avec une jolie reprise de Son of a gun (un incunable des Vaselines repris en son temps par un fan du nom de Kurt Cobain avec son groupe Nirvana, à l’instar de Jesus doesn’t want me for a sunbeam et Molly’s lips)… Bien accompagnée, et chantant d’une voix douce et fluette toujours aussi sexy, la belle et callipyge Isobel a proposé une belle démonstration de ses possibilités de songwriter et d’interprète (chant, guitare, violoncelle, tambourin). Les cordes samplées auraient sans doute été avantageusement remplacées par un vrai quatuor à cordes, mais avec les moyens du moment, ce concert folk pop sobre et émouvant fut un agréable moment passé au Palais du Grand Large, un de plus !
Grizzly Bear : une très belle découverte que ce miraculeux tourbillon sonique !
Juste le temps de regagner le plus rapidement possible le fort de Saint-Père, que le groupe Grizzly Bear arrive déjà sur scène, appelé qu’il a été pour suppléer les Television Personalities, injoignables… Et là, c’est la très très bonne surprise : un groupe audacieux réussissant à installer des atmosphères réellement envoûtantes avec des morceaux méchamment trippants. La grande classe quoi ! La musique psyché folk pop de Grizzly Bear évoque un miraculeux tourbillon sonique dans lequel les influences de Brian Wilson, Paul McCartney, Jeff Buckley, Neil Young, Brian Jones et Syd Barrett interagissent entre elles pour former un résultat aussi abouti que captivant. Les voix angéliques des deux chanteurs, leurs parties de guitares (ou de mandoline bizarroïde) enchanteresses, les interventions surprenantes d’un alien musicien à la flûte : chaque détail contribue à envoyer l’assistance au septième ciel dès les premiers instants du show. Une très belle découverte !
The Spinto Band : au niveau des tout meilleurs.
Toujours d’une incroyable fraîcheur, les petits jeunes de The Spinto Band ont enchanté le public de la Route du Rock avec leur musique énergique, joyeuse et survoltée. Dès leur arrivée sur scène, les Américains ultra doués pour trousser des pop songs nerveuses et racées cassent la baraque en emmenant leur auditoire dans une folle sarabande débridée. Comme au Printemps de Bourges plus tôt dans l’année, The Spinto Band enchaîne les tubes euphorisants (extraits de l'excellent album Nice and nicely done), en dégageant une très communicative joie de vivre et de jouer sur scène. Si ces musiciens-là s’emmerdent sur scène, ils le cachent vraiment très bien : on a l’impression d’avoir en face de soi une bande de débutants enthousiasmés à l’idée de se produire en live. Sauf que les chansons qu’ils composent les placent d’emblée au niveau des tout meilleurs ; on pense à Arcade Fire et à Clap Your Hands Say Yeah. En plus, les nouveaux titres semblent eux aussi appelés à devenir des classiques, au même titre que leur génialissime Oh mandy… Inutile de dire qu'on attend la suite avec une grande impatience !
Philippe Katerine est un authentique malade, ceux qui ont eu le privilège de voir son film Peau de cochon et ses prestations live en sont pleinement convaincus. Et, forcément, à La Route du Rock, il a encore une fois enflammé la scène en racontant sa (notre) vie sur un mode décalé et hilarant. Résultat ? Un public rendu complètement dingue par cet homme étrange, torse nu avec une peinture bleue représentant Jésus (signée par un peintre nommé Stéphane Louvain, excellent guitariste de son état !) et en slip kangourou pendant tout le show. Et oui, pour singer Philippe qui hurlera au cours du show « Nous sommes tous des Jésus, nous sommes tous des Judas ! » : on pourrait dire que quand ce monsieur ayant un sens aigu du ridicule (cette coupe de cheveux, cette voix volontairement maniérée, ce slip…) est sur scène, on est tous des Philippe Katerine. Même sur une jambe, on se met à sauter en l'air en racontant n'importe quoi : on devient très vite aussi zinzin que lui, la folie de Katerine semble être très contagieuse ! La propagation du virus a réellement l'air de se faire à grande échelle, voici un petit exemple - recueilli après le concert - de l'effet que font les shows de Katerine sur la gent féminine... Un homme marié nous raconte le calvaire qu’il a vécu, alors que, « tranquillement » posté au deuxième rang, une jeune personne déguisée en Britney Spears se frottait complaisamment à lui (et à tous les hommes, par la même occasion) pendant tout le set, en jetant des coups d’oeil de biche pas si effarouchée que ça… Après ce récit éprouvant d’un coup de chaleur subi par une innocente et pure jeune fille au contact des chansons de Katerine, une violente envie de chanter Baby one more time, Oops !... I did it again ou (You drive me) Crazyyyy nous envahit. Une envie vite oubliée, quand on se remémore les tubes admirablement couinés par Katerine, et violemment mis en musique par son impeccable groupe, aux limites du punk rock hystérique. Grâce à la peinture qu’il arbore fièrement sur son torse, le Vendéen totalement crazy déclare pouvoir multiplier les bières… et les döner Kebab (quelle chance incroyable !) ; mais, en fait, il multiplie surtout les chansons imparables, drôles et survoltées extraites de Robots après tout, ou non, 100% VIP, Excuse-moi, Louxor j’adore, Je vous emmerde, Qu’est ce qu’il a dit ?, Patati patata ! etc.
Les Malouins et les Malouines sont aux anges, ils n’ont pas du tout envie de hurler les « Ras le bol, ras le bol, ras le bol !!! » que leur réclame Katerine, mais tout le monde s’exécute puisque la soirée est partie pour dérailler. C’est donc à un concert de « Ras le bol » sur tous les tons (du plus aigu au plus grave) auquel on participe pendant 5 minutes. Et oui, Katerine est un véritable chanteur engagé, qui sait faire passer un message pertinent à son public ! Mais il va se rattraper au cours du concert… Quand quelqu’un lui tend un drapeau du Conseil Général de Vendée, il se met à hurler « c’est quoi cette cochonnerie ? », avant de demander un briquet pour brûler ce signe ostentatoire de Philippedevillerisme, une maladie proche de la Lepenite aigue. Un plaie qui sera abordée dans le terrifiant et désormais traditionnel morceau Le 20. 04 . 2005 avec ses jubilatoires « Putain, Marine Le Pen ! putain, Marine Le Pen ! » Souhaitons que les cris d’effroi du public aient atteint La Trinité Sur Mer, lieu de résidence de l’extrémiste borgne.
Après la séquence « politique », tout se finit en slip vert pale moulant, en sous pull en lycra rose et avec des perruques blondes pour les acolytes de M. Katerine, toujours très à l’aise quasiment à poil, quant à lui, au moment d’entonner le réjouissant Louxor j’adore, étiré au maximum (avant d’être repris à la fin), puis enchaîné avec Je vous emmerde. A la fin du concert, tout le monde semble ravi d’avoir passé un moment d’anthologie avec une grande quantité d’Etres humains arborant de larges sourires. En dénonçant les travers de notre société avec une acuité et un humour rares, Katerine nous fait prendre conscience de notre (parfois) triste condition d’humains. Au lieu d’essayer de chercher à péter plus haut que son cul, comme certaines stars de la chanson, il se fait fort de nous rappeler qu’« on a tous un anu » (sic), geste à l'appui... Une bien belle leçon de choses !
Franz Ferdinand : une kyrielle de tubes dansants, un sex appeal irrésistible… et quelques surprises.
Quelques minutes après la tornade Katerine, ce sont les Ecossais de Franz Ferdinand qui déboulent sur scène, avec leur kyrielle de tubes dansants, leur sex appeal irrésistible… et quelques surprises. Le show du groupe du très craquant Alex Kapranos est toujours aussi carré ; le répertoire du combo rock est, quant à lui, plus que jamais composé de hit singles influencés par les Beatles, les Talking Heads, Gang Of Four ou encore Bob Dylan (sur les morceaux les plus folk). Inutile de chercher une faille dans la machine de scène Franz Ferdinand : tout est très accrocheur et bien huilé (Kapranos répéte très souvent « Saint-Malo, La Route du Rock ! », en grand professionnel de l’entertainement). Peut-être un peu trop, c’est un des seuls reproches que l’on puisse faire… Car à part cela, la prestation des protégés du label Domino donne une irrépressible envie de danser, de passer du bon temps et de reprendre en chœur toutes les paroles. Ce dont le public de la Route du Rock ne se prive absolument pas…
Chose agréable, on observe même quelques changements par rapport aux concerts précédents ; la présence d’un musiciens additionnel aux claviers, le changement de poste du batteur sur un titre (il passe à la guitare), un plus grand nombre de morceaux joués à la guitare sèche par Kapranos et un joli final avec un titre interprété avec trois batteurs. Cette cerise sur le gâteau, déjà copieux avec Do you want to, Take me out, Walk away, Jacqueline, Come on home, Darts of Pleasure, fait office de dernière flèche de plaisir achevant de convaincre les plus réticents.
Band of Horses : de belles promesses dans les morceaux épiques et orageux de cette bande de chevaux sacrément racés.
Difficile de prendre la suite, tard dans la soirée, quand on est un jeune groupe… Le son effroyable des premiers morceaux de Band of Horses n’arrangeant rien à l’affaire, plutôt mal engagée. Et ce, même si l’on décèle de belles promesses dans les morceaux épiques et orageux de cette bande de chevaux sacrément racés. Puis, après, quelques réglages réclamés de manière pressante par le chanteur/organiste/guitariste, tout devient clair : ces gens-là savent écrire de bien belles chansons. Et ils les interprètent avec une foi et une puissance tout à fait digne de louanges. Ces guitares et ces ambiances à la Sparklehorse, cette voix sur le fil du rasoir façon Grandaddy (d’autres grands fans de Neil Young & Crazy Horse, encore une histoire de cheval), et l’alternance d’arpéges déchirants et de déluges de distorsion finissent par rendre très prenant le (trop court) set de Band of Horses… Un groupe qu’on reverra avec grand plaisir sur scène.
C’est avec le même plaisir qu’on reviendra passer un week-end (voire plus si affinités) à Saint-Malo l’année prochaine, tant la programmation a comblé nos attentes en matière de découvertes et de têtes d’affiche pop rock indé. « Pop is not dead » proclamait l’affiche du festival, et au vu des trois jours de la Route du Rock 2006, il n’y a vraiment rien à redire !
The Strokes + The Spinto Band - 18 juillet 2006 - Théâtre de Verdure, Nice Après une longue route pour aller voir le groupe qui, depuis New York City, a relancé le rock'n'roll en 2001, je découvre le spot : un théâtre en plein air, 3000 places environs, température idéale, au bout de la Promenade des Anglais...
En ouverture : The Spinto Band.
Je ne connaissais pas, mais une très bonne surprise : 6 gars sur scène .../...
Après une longue route pour aller voir le groupe qui, depuis New York City, a relancé le rock'n'roll en 2001, je découvre le spot : un théâtre en plein air, 3000 places environs, température idéale, au bout de la Promenade des Anglais...
En ouverture : The Spinto Band.
Je ne connaissais pas, mais une très bonne surprise : 6 gars sur scène avec une énergie à couper le souffle, gesticulant dans tous les sens, 3 guitares (on frôle le score des Eagles !), de bons riffs, 2 chants (une des guitare et la basse). Beaucoup de bonne humeur dans un style rock'n'roll très pourri, très garage. Découverte intéressante.
Le set a duré 45 mn, de quoi avoir une bonne idée du groupe.
Les Strokes :
Depuis le temps que je voulais les voir ceux là. Ceux que l'on accuse d'avoir fait renaître le rock vintage, ceux dont on dit qu'ils sont médiocres sur scène, que leurs sets sont trop courts... Woow, la claque ! Un charisme, une voix, deux purs guitaristes complémentaires qui tissent des mélodies qui s'enchevêtrent les unes aux autres... J'ai été très agréablement surpris par le bon contact avec le public de Julian. Quelques mots en français, d'autres en anglais, presque entre chaque morceau. Les autres étaient dans leur truc, sans trop bouger mais très inspiré. Le son était excellent, les lumières étaient marrantes (style 70's depuis la scène, avec de gros carrés sur des plaques, comme de très gros pixels, difficile à décrire...) mais tellement présentes que l'on ne voyait le groupe qu'en ombres chinoises la plupart du temps (!).
Au final, un set de 1h05 (pas mal pour les Strokes), tous les classiques des 2 premiers albums joués, beaucoup de morceaux du 3ème (excellent), un public conquis, bonne ambiance, bonne soirée, bon souvenir, content du voyage depuis Marseille !
Art Brut + The Spinto Band + Buzzcocks (Le Printemps de Bourges 2006) - 28 avril 2006 - Le 22, Bourges
Art Brut ! Top of the pops !
Déjà aperçus cet été sur la grande scène de la Route du Rock à Saint Malo, les Anglais d'Art Brut nous ont fait une fois de plus un énorme effet à Bourges. Les changements (de line-up et de maison de disques) n'y ont rien changé : Eddie Argos et ses potes sont extraordinaires sur les planches. Le .../...
Déjà aperçus cet été sur la grande scène de la Route du Rock à Saint Malo, les Anglais d’Art Brut nous ont fait une fois de plus un énorme effet à Bourges. Les changements (de line-up et de maison de disques) n’y ont rien changé : Eddie Argos et ses potes sont extraordinaires sur les planches. Le groupe arrive avec classe, en jouant le riff d’Enter sandman de Metallica, la marque des plus grands, sans aucun doute ! Un bon riff de hard rock bien gras pour commencer un concert, on a beau dire, il n’y a rien de tel. L’instant d’après, Eddie Argos et ses musiciens s’attaquent pied au plancher à un de leurs titres emblématiques : Formed a band.
Et l’on remarque à nouveau que le leader de ce combo branché sur le 220 volts est un spécimen très rare, de ceux qu’on croise parfois au détour d’une salle de concert, ou dans un pub. Accent anglais très select, discours tous plus hilarants les uns que les autres, moustache du meilleur effet, embonpoint de buveur de bière invétéré, ce gars-là prend un pied incroyable à faire le con sur une scène ; former un groupe l’a semble-t-il libéré de toutes ses frustrations et il en profite, le bougre ! Il hurle à tous bouts de champs au public d’emmener chez lui l’énergie – incroyable, il est vrai – dégagée par ce concert pour former un groupe. Et c’est vrai qu’en écoutant Art Brut en live (en hurlant, en pogotant ou en s’essayant aux chorégraphies les plus débiles possibles), on a très envie de jouer dans un groupe aussi furieux. Pour faire la bringue, draguer les filles et jouer du rock ‘n roll fort. Comme Art Brut : avec des guitares ne tenant pas en place à la Buzzcocks/Gang of Four/The Fall, un bassiste hyper violent et un batteur qui joue debout pendant tout le concert. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ! Ça veut dire qu’il veut être plus proche de ses petits camarades, qu’il veut faire le plus de vacarme possible et se faire remarquer en faisant l’idiot… Ce qui est bien agréable, non ?
Les histoires que raconte Eddie Argos avec une jubilation visible à l’oeil nu ne sont pas très reluisantes, mais c’est sans doute cela qui les rend attachantes, et extrêmement drôles. Par exemple, quand il parle de son petit frère – pas très intelligent visiblement – ou de son amour de jeunesse, Emily Kane, en énumérant le nombre d’années, de mois, de jours, de minutes et de secondes qui se sont écoulées depuis la dernière fois qu’il l’a vue. Ça fait sourire aujourd’hui toute cette autodérision, mais cela n’a pas dû toujours être facile pour le petit Eddie… Quand il déclare que la chanson suivante parle d’un membre du groupe qui est un mauvais coup, on ricane également, en découvrant la métaphore du flingue rouillé, Rusted guns of Milan… Quand il cite tous les groupes de la soirée et du Printemps de Bourges en hurlant ensuite « Top of the pops », (i>« Buzzcocks ! Top of the pops ! The Spinto Band ! Top of the pops ! Art Brut ! Top of the pops !» etc etc), on ne peut qu’hurler en choeur comme ce fou furieux moustachu. Comme on vocifère en cœur le refrain de Bang bang rock ‘n roll… En clair, Art Brut en concert, c’est un grand défouloir déclanché par des morceaux écrits avec une plume acide et originale. C’est si rare aujourd’hui de croiser la route d’authentiques songwriters barrés, qu’il faut célébrer ce moment à fond comme si c’était le dernier concert d’art punk rock auquel on allait assister. Le public dans son intégralité se lâche donc le plus possible, ce qui donne une d’énergie supplémentaire au groupe ! C’est un véritable cercle vicieux ! Et tout le monde finit sur les genoux…
Buzzcocks ! Top of the pops !
Tant et si bien que l’on ressent une grosse fatigue quand les mythiques Buzzcocks montent sur scène, tard dans la nuit. Le souvenir de leur impeccable concert dans un club minuscule en 1993 à Clermont-Ferrand étant toujours présent, on ressent une sorte de gêne à voir évoluer Pete Shelley, Steve Diggle et leur acolytes en live, 13 ans plus tard. L’énergie est là, mais bien sûr sans commune mesure avec celle dégagée par Art Brut quelques secondes auparavant. Les Buzzcocks sont vieux et Pete Shelley, qui a pris beaucoup de poids, peine un peu sur la guitare et le micro. Sous le regard d’un fan nommé Eddie Argos, qui n’en manque pas une miette. Et qui s’esclaffe quand le chanteur d’un de ses groupes préférés se vautre la tête première en se prenant les pieds dans les cables. L’incident est révélateur… Ce retour des Buzzcocks avec des nouveaux morceaux sonnant limite hard rock n’est pas des plus pertinents. Le guitariste Steve Diggle a beau faire son Pete Townshend avec de grands moulinets, la sauce ne prend pas vraiment, même si le public réserve un accueil ultra chaleureux à ces musiciens dont tout le monde se réclame ces temps-ci. C’est un peu chagriné d’avoir vu des héros punk en forme assez moyenne qu’on quitte discrètement les lieux, sans attendre la fin. On aura l’occasion de voir les Buzzcocks sous peu à la Coopérative de Mai, en espérant les découvrir plus affûtés. Ce qui devrait être le cas, car à cet âge là, il faut un peu de temps pour se dérouiller…
The Spinto Band ! Top of the pops !
Ce n’est donc pas avec les tubes des Buzzcocks en tête qu’on fend la nuit pour trouver un peu de repos, mais avec les hits singles imparables des Américains de The Spinto Band, qui avaient joué un peu plus tôt dans cette soirée. Voir ce groupe interpréter sur scène les morceaux survitaminés de son formidable album Nice and nicely done est une véritable cure de jouvence : chaque titre est un tube pop/rock en puissance (Late, Trust VS mistrust etc etc). Impossible de tirer la gueule ou de rester immobile devant un tel déferlement de mélodies accrocheuses, de chants illuminés, de solo de Kazzo et de rythmiques frénétiques… Les musiciens sont montés sur ressort, échangent leurs instruments (parfois au cours du même morceau) et respirent la fraîcheur, tout simplement. Sur Oh Mandy, un titre qui aurait pu figurer sur le génial premier album d’Arcade Fire, on se sent pousser des ailes. Et des cordes vocales, pour le plus grand malheur de nos voisins immédiats. Mais comme tout le monde fait pareil et s’éclate comme s’il avait 15 ans en découvrant la pop pour la première fois, cela n’a pas d’importance. Rien n’a d’importance d’ailleurs, seules comptent les compositions miraculeuses de ce combo léger comme une bulle de Champagne. The Spinto Band a semble-t-il les mêmes vertus euphorisantes et aphrodisiaques que la spécialité viticole de Reims ; on a maintenant très envie de faire l’amour à tout le monde, tout de suite, et dans tous les sens. Ce sont les rythmiques exécutées par l’un des deux guitaristes/chanteurs qui nous donnent ces idées : notre homme a en effet la particularité de jouer sur sa guitare en faisant de surprenants moulinets dans les deux sens. Il ne doit pas avoir d’os dans le coude… C’est la seule explication. Mais on s’en fout, l’important c’est d’écouter en boucle la musique de The Spinto Band et de voir sur une scène cette troupe à la joie de vivre hyper communicative. N’importe où, n’importe quand !