Petite affluence hier soir pour le concert qui, il y a trois ans s'il n'avait pas été annulé, aurait pourtant fait imploser le Dôme. En tout cas les 3000 filles qui sont venues ce soir ne sont pas là pour faire de la figuration. Certaines ont dormi devant depuis plusieurs jours (déjà 20 tentes en place samedi dernier !) et transformé l'entrée en .../...

Petite affluence hier soir pour le concert qui, il y a trois ans s'il n'avait pas été annulé, aurait pourtant fait imploser le Dôme. En tout cas les 3000 filles qui sont venues ce soir ne sont pas là pour faire de la figuration. Certaines ont dormi devant depuis plusieurs jours (déjà 20 tentes en place samedi dernier !) et transformé l'entrée en décharge publique. Elles n'ont pas non plus fait allemand première langue et pris un correspondant à Frankfurt pour rien, la preuve commence avec cet inquiétant panneau de fan : "Bill, zeig mir deine Pflaume" (Bill, montre moi ta... prune ??)

Bref on sent que cette petite foule va faire beaucoup, beaucoup de bruit et que pour une fois, des bouchons d'oreille auraient peut-être été une bonne idée : une première fausse alerte (un roadie traversant la scène), et la clameur est telle que nos oreilles sifflent déjà ! Pour notre part (Pirlouiiiit et moi), nos goûts musicaux sont évidemment à des années-lumière mais, curieux comme toujours, on n'est pas venu (que) pour se moquer, bien plutôt pour essayer de comprendre comment ces 4 garnements s'y sont pris pour hystériser à ce point des millions d'adolescentes, entre 2005 et 2008...

Un début de réponse pour Marseille : un concert annulé en 2007, et un autre en 2008 amputé pour cause d'extinction de voix : les jeunes filles sont mortes de faim, et tant pis si le chanteur a mué et dépassé la vingtaine depuis qu'ils sont apparus. Il faudra pourtant attendre une plombe pour que ça commence (bien la peine de convoquer les gens à 19 h 30), le temps de s'emmerder grave... Bien sûr j'arrive sans difficulté au cinquième rang (pour en repartir aussitôt, hein, je ne comptais pas rester ! "monsieur s'il vous plaît on voit plus rien là !" s'étranglent de rage deux jeunes gothiques).

Ca ne servait donc à rien de camper, mais enfin la fan a ses raisons (principalement, retrouver d'autres fans), alors si ça l'amuse... En effet la salle est coupée en deux par un discret drap noir qu'on pourrait presque prendre pour le mur du fond en étant inattentif, c'est donc au plus un demi-Dôme ce soir, à croire que leur âge d'or est passé, et que la hype (pré)adolescente est bien cruelle et fugace. Des papas et mamans, voire des papis et mamis, mais aussi des jeunes mecs peu concernés (venus accompagner leur copine, j'imagine) s'emmerdent comme moi à l'arrière de la fosse et dans les gradins, en se jetant des regards entendus et désespérés. Il y a quand même quelques minets archi-lookés qui semblent venus pour eux-même, pour voir le boys band du 21ième siècle.

Le programmateur sonore a heureusement bon goût pendant l'attente : si NIN et QOTSA ne déclenchent aucune réaction, une minette pourtant pas née en 1991 sauve l'honneur sur Nirvana : elle trépigne, danse et chante tout au long de
Smells like teen Spirit... Tout n'est pas foutu. Autre signe d'espoir : deux jeunes filles, au milieu des autres filles, s'enlacent et s'embrassent tranquillement sans que personne ne les calcule - la génération qui vient est peut-être moins conne que les précédentes sur certaines choses ? Cependant la tension monte tellement devant la scène qu'on y filme les roadies pour passer le temps, ou les éclairagistes qu'on sangle sur une structure pour les surélever. Tout en vociférant périodiquement le pénible "wo-ho-ho-hoooo-ho" qui n'a hélas toujours pas été éradiqué, même chez les plus jeunes. Au final une attente de plus d'une heure où l'on a bien failli mourir d'ennui.

Le début du concert de
Tokio Hotel est salué par un hurlement qui paraît sortir d'une seule personne, continu, suraigû et quand même très impressionnant : ouch, heureusement que ce n'est qu'un demi-public ! Je songe à Pirlouiiiit qui, dans l'axe d'où il prend ses photos, doit avoir perdu trois dixièmes à chaque oreille. Une espèce de structure en oeuf de ferraille futuriste apparaît, qui s'ouvre sur LA star de ces mesdemoiselles, le pourtant assez maigrichon (poliment, on dira donc androgyne)
Bill Kaulitz, sanglé dans une combinaison intégrale cuir qu'il ne quittera pas du concert.

On comprend qu'il plaise aux filles et aux petites filles, étant suffisamment asexué pour ressembler à un héros de manga. Pas la moindre bosse perceptible là où vous pensez, qui aurait pu faire croire à l'existence du loup. Par contre, un petit cul moulé cuir qui peut légitimement faire s'émouvoir les filles un peu plus âgées, ou certains des garçons au look playboy qui sont là ce soir. Petite déception par contre, il n'a plus sa phénoménale coupe de cheveux en pétard. Il est quand même maquillé comme un camion volé... Et certaines filles semblent bien décidées à le filmer à peu près tout le concert, quitte à ne pas avoir le temps de le regarder - il faut bien alimenter sa page facebook, pas vrai ?

Sur la musique, on aura pas grand chose à dire : on ne connaîssait que deux-trois titres dont un qui ne sera même pas joué ce soir, un comble (
Schrei). Chaque titre qui commence déclenche à peu près la même clameur, difficile dans ces conditions de discerner les tubes ! Globalement c'est du hard/emo/pop, c'est à dire des grosses guitares au son metal, qui accompagnent la voix claire du chanteur sur des mélodies pop. Et quelques balades sentimentales pour faire sangloter les plus sensibles de ces demoiselles. La plupart du temps en allemand, avec quand même des titres en anglais, histoire de tenter une perçée outre-Manche.

Rien de très technique, ce ne sont pas des génies instrumentistes (on se marre même un peu quand ils jouent du synthé à un doigt, ou se lancent dans un solo de guitare très scolaire), mais c'est objectivement carré, bien interprété et sur du bon matos (un défilé de belles guitares, Fender, Flying V et autres Les Paul...). En tant qu'amateur de rock, on souffre quand même moins musicalement à ce concert que si on était en présence de Calogero ou de Christophe Maé, et même, du fait du public surexcité et du grand-guignol, on s'y amuse plus qu'aux BB Brunes !

Car du grand-guignolesque, on n'en manque pas ici, à commencer par les tenues extravagantes du chanteur (hélas toujours sur le même principe, une veste ou une carapace ajoutée sur la combinaison en cuir). Le plus souvent avec des tubulures en guirlandes de LED, d'abord sous les bras, puis au dessus des épaules, qui brillent dans la nuit. Les autres ? Son frère jumeau va suer tout le concert sous son bonnet et dans son gilet gonflable (question de look !), le bassiste est impassiblement planqué derrière ses cheveux soigneusement peignés.

Et le batteur en marcel est un peu loin, tout en haut de la structure, ça tombe bien, c'est sans doute le moins beau... En tout cas on repère que le chanteur se met à goutter des coudes dès la moitié du concert, c'est donc son secret pour être mince, la combi cuir intégrale - à tester à l'école ou au bureau un de ces jours ? Pour le reste, ce sont de vrais entertainers, très pro : ils ne manquent jamais de relancer l'excitation par quelques paroles en anglais (il me fait alors penser au décédé MJ, avec sa voix fluette). Ils arrosent symboliquement les premiers rangs d'eau toutes les trois chansons, et osent même un peu de pyrotechnie (des grandes flammes soufflées sur le devant de la scène) - on songe subrepticement qu'ils ont peut-être piqué des trucs de scène à leurs tontons de
Rammstein.

Un clip en noir et blanc où on les voit quand ils étaient petits (en 2005 ?) semble particulièrement plaire aux filles, et je remarque aussi que certaines ne lachent pas leurs petites panneaux (Erneut versammelt - "à nouveau réunis" c'est ça ?) de tout le concert. L'une porte une grande flèche qui pointe sur elle (pas vue de devant) où il doit y avoir écrit en allemand, "je suis là, mon amour !" ou un truc dans le genre. Au bout d'1 h 15, ils commencent déjà à partir, au désespoir de toutes - il faut dire que la coupe archi-gominée du chanteur commence à tanguer et partir en c...

Il ressort de dessous la scène juché sur une moto aussi tape-à-l'oeil et kitsch que la locomotive d'AC/DC, puis avec un faux piano joué par son frère, qui va prendre feu (le faux piano, pas le frère), occasionnant 30 secondes de grâce (balade voix-piano seul et sans hurlements de filles, presque très joli). Le tube
Durch den Monsun finit de ravager la fosse (une petite voisine éclate, encore, en sanglots), je ne peux qu'admirer la ferveur que la chanson déclenche, sans pour autant vibrer moi-même (ça avait pourtant marché avec Johnny, ça peut donc théoriquement marcher avec n'importe quoi !).

Le groupe finit en distribuant force bouteilles d'eau, t-shirts, baguettes, médiators (et déclenchant de beaux moulons à chaque point de chute), le batteur vient un peu faire le pitre devant (finalement il semble assez populaire aussi) avant un dernier rappel où se déclenchent des canons à confettis. Bon, notre curiosité est satisfaite, c'est pas du tout ma musique mais faut reconnaître que le spectacle en tant que tel était de qualité. J'ai vu des concerts plus chiants, et dans des styles que j'aime !Au final, on est quand même un peu inquiet pour la suite du groupe : s'ils perdent encore 2500 personnes d'ici 2 ans, ils pourront jouer au Café Julien... Cela étant les frères
Kaulitz ne seront pas encore trop vieux, ils pourront toujours reprendre leurs études.

Dehors sur l'avenue de St Just, environ 500 voitures en double file, ambiance fin de surboum, attendent ces demoiselles : pas tout ça, il est 22 h 15, tout le monde au lit !
Plus de photos (une petite centaine !) par Pirlouiiiit en cliquant ici
Réagir à cette critique