C’est hélas avec un petit quart d’heure de retard que j’arrive à l’Usine pour voir ce groupe mythique de reggae qu’est
Toots & the Maytals.
En tout cas, le public a répondu présent et est déjà bien dans le truc. Pourtant il me semble qu’il y a une absente : Marie-Jane…l’air est en effet bien clair pour un concert de rastamans jamaïcains…
L’ambiance est super bonne et le public est un des plus hétéroclite que j’ai vu :
jeune filles en herbe (non, pas de jeu de mot), cinquantenaires clinquants, quelques trop rares frères de couleur, et même un groupe de skins à bretelles…
Je suppose que les Maytals ont dû jouer leur tube
Pressure drop pendant mon retard, car par la suite pas de trace de ce titre…tant pis, leur répertoire est ma foi bien efficace.
Le premier truc qui me frappe quand même c’est la très bonne forme de papi Frederick Hibbert aka Toots, 63 printemps au compteur, et qui est pour le moins dynamique.
Pour quelqu’un qui avait intitulé son premier album (à la fin des 60s)
I’ll never grow old c’est inespéré. Par moment, il me fait même penser à Otis Redding par la façon dont il bouge son corps et la manière dont les mots s’échappent de son corps. Il est à fond dedans.
Un deuxième truc me surprends agréablement : Toots a beau avoir été un des inventeurs du son reggae et du terme reggae, il ne fait pas dans le son 100% reggae. L’ambiance générale est Rock steady, soit un savant mélange de ska et de soul américaine (d’où le côté Otis), mais on a aussi droit à des apartés blues/folk,
voire jazzy et même du gospel (puisque le Toots a débuté sa carrière par des chants d’église baptiste). Il ira même jusqu’à nous faire scander des Alléluia. Un comble, pour nous troupeau d’infidèles athées.
Toots nous incite d’ailleurs assez souvent à chanter avec lui, et c’est un des trucs vraiment agréables de ce concert. Sans parler, des nombreuses fois où il vient nous serrer la paluche ou nous faire du poing contre poing. Bref, un vrai peace & love, mais avec en plus une super énergie communicative.
Au bout de 3 ou 4 chansons, je suis surpris d’entendre qu’ils fassent une reprise de Dick Rivers… « faire un pont, pour de bon, lui donner ton prénom…lalala »…non, je rigole : il s’agit en fait de la version originale de ce titre,
Take me home, Country roads, écrite à l’époque par le chanteur américain de country folk John Denver. Ouf…
Les Maytals (8 sur scène) d’aujourd’hui ne sont parait-il pas les musiciens d’origine, pourtant ils ont quasiment tous les même ganaches et cheveux grisonnants que papi Toots. Ca aussi ça participe au plaisir de ce concert : se faire mettre le feu par des soixantenaires c’est l’expérience ultime. Enfin, chui pas gérontophile non plus, d’ailleurs mon goût irait plus aux deux sympathiques choristes que le Toots a présenté comme étant ses filles. Le gratteux a dû régaler les spécialistes d’un solo à la Santana, et a fini par distribuer ses médiators aux fans.
Jah nous a épargné. En effet, ils n’ont pas invité le chanteur Raphaël pour un duo, puisque paraît-il ils ont eu la mauvaise inspiration de faire ça sur disque. Bref, je ne leur en veux pas, personne n’est parfait.
Et d’ailleurs, ils nous ont définitivement aquis à leur cause avec en rappel, une version de près d’un quart d’heure de leur classique
54-46 that’s my number, qui pour la petite histoire était le matricule de papi Toots quand il fut incarcéré pour détention de….marijuana (incroyable non?). Enfin, ça pourrait susciter des vocations chez d’éventuels lecteurs des Baumettes.
Photos par Mos Taky 69 pour Liveinmarseille.com