C'est parti pour huit jours de jazz et pas seulement, le Nice Jazz Festival étant particulièrement open.
Beaucoup trop juste au niveau timing, j'en oublie mon appareil photo à l'hôtel. Pas bien grave ce soir, ni Brad Mehldau ni Tracy Chapman ne tolèrent les photographies. De plus, le temps que j'entre dans l'enceinte du Festival, Amos Lee a .../...
C'est parti pour huit jours de jazz et pas seulement, le
Nice Jazz Festival étant particulièrement open.

Beaucoup trop juste au niveau timing, j'en oublie mon appareil photo à l'hôtel. Pas bien grave ce soir, ni
Brad Mehldau ni
Tracy Chapman ne tolèrent les photographies. De plus, le temps que j'entre dans l'enceinte du Festival,
Amos Lee a déjà achevé son set. Les sons déformés qui sont arrivés à mes oreilles pendant que je faisais la queue ne me permettent pas de juger. Alors je questionne les festivaliers ponctuels. Il était tout seul sur scène avec sa guitare. Dommage, il est très bien entouré sur son dernier album
Last Days At The Lodge avec des musicos de
Clapton et
Neil Young entre autres. Un couple : elle :
"C'est du folk." ; lui :
"Ca a commencé plan plan. Au moment où j'allais lever la main pour dire "Monsieur ! Vous allez pas nous faire ça pendant une heure ?" c'est devenu beaucoup plus rythmé". D'autres témoignages confirmeront celui-ci avec souvent un peu plus d'enthousiasme.
Raul Midon, j'en ai vu 20 minutes scène Jardin. Guitariste aveugle également en solo ce soir, son premier album
State Of Mind sorti en 2005 marie soul & pop music. On pense inévitablement à
Stevie Wonder et pas seulement à cause de sa cécité. Moi qui n'aime pas les piquets sur scène, j'aurais dû partir au bout d'un morceau me trouver une place assise correctement située pour
Brad Mehldau. Mais ses compos sont plaisantes et sa prodigieuse technique de guitare mérite que l'on s'y attarde. Je n'y ai pas tout compris et
cette vidéo a clarifié les choses. Autre prouesse, il imite le son de la trompette à s'y méprendre (c'est quand même pas du
Truffaz). Très originales sont les plages où guitare et "trompette" se superposent sur le titre
State Of Mind par exemple. Un set qui donne envie de connaître ses disques. En live, je recherche des prestations plus vivantes.

Je ne suis pas trop mal placé pour
Brad Mehldau Trio. Côté Matisse, on est assis et pas de photographe devant pour les trois premiers morceaux comme c'est la coutume. Une annonce au micro précise de ne PAS DU TOUT prendre de photos.
Brad Mehldau fera preuve à plusieurs reprises d'une attitude limite : Il interrompra le premier morceau brusquement en lançant un oeil noir vers le technicien chargé du retour. Il montrera au public qu'une touche du piano est mal accordée en la martelant violemment et en fustigeant le fautif, pas seulement du regard,
"fucking" étant le seul mot que j'ai compris dans sa tirade. Et qu'on ne me sorte pas le couplet du prodige et de ses excès. On peut être génie et charmant à la fois.
Joshua Redman le prouvera sur cette même scène deux heures plus tard.
Brad Mehldau n'est pas charmant mais génial, il l'est. Pendant toute la durée de
Got Me Wrong d'
Alice In Chains qui ouvre le set, sa main gauche va assurer la rythmique accompagnée de la contrebasse et de la batterie. Sa main droite, elle, va errer avec maestria et fantaisie sur les notes aiguës. Deux compos persos suivent (
Blues et
Untitled). Sur la première,
Larry Grenadier nous offre un solo de contrebasse comme je n'en avais pas vu depuis celui de
Shannon Binchall de
John Butler Trio aux Docks des Suds en 2007. Pendant ce temps,
Jeff Ballard caresse gentiment sa batterie. Celui-ci prendra sa revanche sur la seconde avec un solo musclé après une exhibition de piano de haut niveau où
Brad effleure magiquement les touches. Mais que dire de la prestation du pianiste sur un arrangement de
Something Good de
Sound Of Music? Une impro scotchante avec des mains en apesanteur au-dessus des touches sur lesquelles deux araignées (j'ai du mal à croire qu'elles n'ont que cinq pattes) courent et se croisent.
Holland de
Sufjan Stevens clôt cette heure de grande maîtrise instrumentale quelquefois trop moderne pour moi. Ma voisine veut bien me garder ma place pour
Joshua Redman. Je peux donc aller jeter un oeil à
Alain Clark que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam.

C'est côté Jardin. Ici, on est debout. C'est le fameux champ en pente dans le mauvais sens avec des oliviers au milieu mais on peut s'approcher sans peine.
Alain Clark est une star chez lui aux Pays-Bas. Ils ne sont pas habillés en orange mais ils sont onze dont deux choristes qui décrédibilisent un peu le propos. Elles chantent assez rarement et se trémoussent le reste du temps façon bal du samedi soir. Sinon c'est encore un mélange de pop (une dose) et de soul (trois doses).
Go There nous met dans le bain. Mais c'est surtout
Father & Friend qui retiendra mon attention. Emotion garantie avec
Dane Clark qui vient rejoindre son fils et les deux générations de chanter en choeur
"I'm so proud of you". Très beau titre à mi-chemin entre Otis Redding et Marvin Gaye sauf que le père de ce dernier n'était pas très fier de son fils... Le rythme se muscle avec
I Don't Wanna Change The World et le feu est carrément mis avec
This Ain't Gonna Work. Sur ce titre où les instruments se superposent progressivement,
Alain réussit à faire en sorte que le public saute en chantant un titre qu'il n'a jamais entendu. Je n'assisterai pas au dernier morceau pour ne pas rater le début de
Joshua Redman, mon préféré de la soirée. Ma voisine a bien gardé ma place.
Car les sets ne se superposent pas comme c'est le cas dans d'autres festivals. Et, chose agréable, ils commencent à l'heure. Une reprise de
Mac The Knife revisitée pour mettre en valeur le sax ténor et nous voilà déjà enivrés sans avoir recours au délicieux vin rosé servi (frais) sur le site. Puis pour la seule fois du set hélas !
Joshua sortira son sax soprano pour
Ghost de son album
Compass. Tel un charmeur de serpents, il jouera avec les photographes dont les têtes et les objectifs se croisent et se décroisent au gré des notes avant de les faire disparaître dans son panier.
Blackwell's Message s'inscrit comme le point culminant de ma soirée avec un
Joshua Redman prodigieux dans la maîtrise de son instrument. Puis
Reuben Rogers nous offre un solo de contrebasse comme je n'en avais pas vu depuis celui de
Shannon Binchall de
John Butler Trio aux Docks des Suds en 2007 (il supplante donc celui de
Larry Grenadier). Le bouquet final sera délivré sur une pièce qui débute en berceuse et où tour à tour, contrebasse, batterie (excellent
Gregory Hutchinson !) et saxophone ("souffler est un art" semble être le dicton du jour) font se lever quelques centaines de gens heureux. Après de longues tergiversations, le trio revient (
Joshua avec ses deux saxos ce qui laisse présager une bonne prolongation), mais un monsieur de l'orga (je vais essayer de le choper aujourd'hui pour lui dire deux mots) fait comprendre que les sets, chose désagréable mais logique, doivent terminer à l'heure. C'est la limite des festivals. On le sait en y venant et on doit en accepter la règle, mais parfois, c'est frustrant.
J'avais vu
Tracy Chapman au Dôme en décembre et sa phobie des photographes ne s'est pas arrangée. Elle a elle-même demandé à la fin du premier titre au public d'arrêter de mitrailler. En vain. Cette fois-ci, elle n'est pas solo.
Patrik Warren (claviers),
Joe Gore (guitare mais qui jouera quasiment exclusivement sur les cordes basses) et un batteur qui semble avoir 12 ans l'accompagnent. Tant mieux, les orchestrations sont différentes. Pas toujours dans le bon sens (je préfère
Talkin' Bout A Revolution en acoustique pur) mais ça pimente les versions de
Across The Lines,
Space Between et les engatsades de
Fast Car. Elle a toujours la voix de ses débuts mais la dose de titres engagés de sa setlist se réduit considérablement au profit de chants à la gloire de Jesus. On peut dire que c'est engagé aussi mais ce n'est pas cet engagement-là qui me plaisait chez elle... Elle est beaucoup moins diserte qu'il y a 7 mois, autre limite des festivals : plus on parle, moins on joue. Comme elle passe en dernier, elle a droit, elle, à un rappel. Je quitte le site sur
Give Me One Reason que je chantonne à ma manière :
"Give me one reason to let Joshua play only one hour..."
Setlist Tracy Chapman :
Sorry (Baby Can I Hold You Tonight) / Say Hallelujah / Thinking Of You / Across The Lines / The Promise (solo) / Sing For You / Save Us All / No One (?) / Fast Car / Our Bright Future / Space Between / Talkin' Bout A Revolution
Rappel :
Give Me One Reason...Réagir à cette critique