Sur le dernier album de Kurt Rosenwinkel, Deep Song, figurent Brad Mehldau au piano et Joshua Redman au saxophone. Tous les deux étaient présents lors de l'ouverture du Nice Jazz Festival. Alors, on espère qu'ils sont toujours là pour donner un coup de main au guitariste. Pour Mehldau, c'est vite réglé : pas de piano sur la scène. Redman n'est .../...
Sur le dernier album de
Kurt Rosenwinkel,
Deep Song, figurent
Brad Mehldau au piano et
Joshua Redman au saxophone. Tous les deux étaient présents lors de l'ouverture du
Nice Jazz Festival. Alors, on espère qu'ils sont toujours là pour donner un coup de main au guitariste. Pour
Mehldau, c'est vite réglé : pas de piano sur la scène.
Redman n'est pas là non plus. Guitare / basse / batterie. Autant dire que ça va vite tourner en rond. Ils nous jouent des standards (
Back Up de
Larry Young,
Reflections de
Thelonious Monk,
More Than You Know de
Chépuki) avec un schéma simple : sur le thème qu'il joue à la guitare,
Kurt Rosenwinkel développe (abuse ?) des variations.
Certes la (très jolie !) contrebasse nous invite constamment à battre la mesure, certes le jeune homme est plutôt doué, mais à la fin de chaque pièce, on est tenté de dire :
"Oui. Et ?" Comme
Kurt Rosenwinkel annonce toujours les titres après les avoir interprétés, on peut jouer à les reconnaître. Pas évident du tout d'autant que les déclinaisons que le guitariste fait subir au thème sont extrêmes.
Kurt semble prendre du plaisir et le partage avec quelques spectateurs.
Kurt Rosenwinkel (guitare),
Eric Revis (contrebasse),
Rodney Green (batterie)
Pour
Leela James, ce sera vite fait, ce n'est pas pour moi. J'en viens à me demander si les programmateurs du
Nice Jazz Festival ne l'ont pas confondue avec une autre James (Etta ? Marianne ?). Du R'N'B caricatural. Pas grand chose à reprocher à
Leela James (voix et présence scénique) mais son répertoire et ses deux choristes me laissent coi. Sur mes notes, j'ai écrit trois points d'interrogation. A la réflexion, j'étais en dessous de la vérité.
Si vous n'aimez pas le saxophone, le festival est terminé pour vous. Trois maîtres en la matière se succèdent en effet : deux septuagénaires,
Charles Lloyd et
Sonny Rollins et
Julien Lourau, même pas quadra. Moi, ça me va. De plus, leur instrument de prédilection à tous trois est le sax ténor, mon préféré.
Un des points forts de
Charles Lloyd a toujours été le choix de ses musiciens, notamment les pianistes. Sa formation a en effet accueilli des noms aussi prestigieux que
Keith Jarrett qui s'y révéla,
Joe Zawinul et
Michel Petrucciani.
Jason Moran qui leur succède a donc certainement un bel avenir devant lui. Le premier solo de
Charles Lloyd me parait énorme pour un monsieur de 71 ans. Le monsieur suivant relativisera mon jugement.
Charles Lloyd s'efface sur de longues plages pour laisser ses trois compagnons lui permettre de recharger ses accus.
Ils font bien le boulot, par exemple sur une pièce où
Reuben Rogers (déjà énorme avec
Joshua Redman lors de la soirée d'ouverture) délivre un solo de contrebasse très applaudi suivi d'un phénoménal chorus de batterie de
Eric Harland. C'est le seul titre où
Charles Lloyd a troqué son saxo pour une flûte. Il la reposera ensuite à côté d'un superbe tárogató rouge (saxophone en bois originaire de Turquie) qui ne sera hélas ! pas utilisé.
Beaucoup de tendresse dans cette heure avant une heure et demie de passion. Car la passion existe. Elle a des lunettes noires et une barbe blanche.
Ce monsieur-là a 79 ans. Sa démarche voûtée et lente lui en donne plus. Et puis il commence à souffler dans ce lourd saxophone ténor. Il ne s'arrêtera que 90 minutes plus tard. Ici, les plages de récupération sont courtes. Bien sûr, ses musiciens font eux aussi des soli mais
Sonny Rollins reste là à les regarder et lorsqu'il a fini de souffler, c'est pour mieux le faire dans son instrument. Il adore répéter les phrases et là où le final d'un morceau pourrait être expédié en quelques secondes, le thème est martelé avec une énergie qui semble croître à chaque nouvel ajout. Une énergie inversement proportionnelle à sa difficulté à se déplacer.
Chez moi en revanche, le poids des ans se fait sentir et après huit jours de festival, j'ai du mal à rester debout immobile. Je fais donc le choix de me dégourdir les jambes et j'entame le tour de la scène Jardin. La sono est parfaite et le son du saxo résonne dans toute l'enceinte du village.
Sonny Rollins souffle sans relâche dans des dialogues avec son batteur ou des monologues incroyables. Cet homme mourra sur scène.
Les spectateurs sont rassasiés et l'affluence pour
Bozilo va s'en ressentir.
Bozilo, c'est
Bo pour
Bojan Z,
Zi pour
Karim Ziad et
Lo pour
Julien Lourau. Ce soir, ce sera
Bolo.
Julien Lourau nous annonce en effet l'absence de
Karim, alité.
En deux titres, la dose de saxo de son projet précédent est déjà dépassée.
Brighter Days vu au Cargot de Nuit réduisait en effet le saxophone à la portion congrue. Ici, c'est du 50/50 avec le piano. Le plus souvent au ténor, il succède à
Sonny Rollins, sans craindre la comparaison, dans un style très différent, moins percutant, plus fluide.
Bojan quant à lui fait comme toujours preuve de maîtrise, la main gauche sur l'orgue, la droite sur le piano sur
Zeven, caressant le Yamaha sur la pièce suivante (une compo de
Lourau qui y joue du soprano). Mon voisin qui les a vus et adorés avec le batteur trouve que sans,
"c'est pas pareil" et quitte sa place.
Bojan a écrit un
Blues Pour Julien, symbole de la complicité palpable entre les deux hommes. Ils ne peuvent s'empêcher de nous prendre comme cobayes pour un morceau expérimental avec
Bo qui tape les cordes à l'intérieur de son piano pendant que
Lo utilise son sax comme caisse de résonance et joue avec ses clés. D'autres places se sont libérées à ce moment-là... Il est vrai qu'un vent de plus en plus frais et violent soufflait, décoiffant
Julien et incitant les festivaliers à rentrer chez eux. Sans le sempiternel impératif horaire, les deux hommes auraient bien continué devant quelques inconditionnels increvables.
C'est l'heure des bilans. Le
Nice Jazz Festival 2009 a tenu toutes ses promesses et même au-delà. Mes préférences vont à la soirée blues de
lundi avec le moment d'émotion de la huitaine (
BB King), celle de
vendredi avec la divine
Melody Gardot et celle de
mercredi (
Lisa Ekdahl,
McCoyTyner,
Carla Bley Big Band,
James Taylor) sans oublier les performances de
Lucky Peterson dimanche et
Sonny Rollins ce soir.
Côté fréquentation, 35 800 spectateurs ont assisté aux différentes soirées avec des pics pour les plateaux
Saadiq / Corea / N'Dour / Gardot et
Lucky Peterson / Keziah Jones.
Dans le train du retour, je continue le rêve en composant mon band idéal :
Joshua Redman (saxo),
Brad Mehldau (piano),
Gary Valente (trombone),
Joe Bonamassa & Derek Trucks (guitares),
Reuben Rogers (contrebasse),
Christian Vander (batterie),
Stéphane Belmondo (trompette).
Ou alors, si j'ai besoin de tendresse,
Carla Bley au piano et
Melody...
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