"Ce que l’on sème", le quatrième album studio du groupe Tryo récolte ce qu’ils ont vécu. Moins frontal peut-être que dans "Mamagubida" (1998), "Faut qu’ils s’activent" (2000) et "Grain de sable" (2003), l’engagement de"Ce que l’on sème" sait user de la poésie et des métaphores pour sensibiliser l’auditeur aux soubresauts du monde. Par la voix "rastagénique" de Guizmo, c’est un arbre qui prend la parole dans "Tombé mal" pour interpeller l’homme qui, par la déforestation, se fait encore plus de mal à lui-même qu’à la forêt.
Le reggae acoustique reste un vecteur de conviction, de chaleur, de mélodies vocales dont les entremêlements sont particulièrement bien mis en valeur par la production de Dominique Ledudal. Premier single tiré de l’album, "Toi et moi" confronte l’omniprésence de l’information, la dureté des temps et la singularité d’une histoire d’amour, le plaisir fragile de l’instant présent. Pont parfait entre le Tryo d’hier et celui d’aujourd’hui, le morceau fusionne l’évidence des contretemps jamaïcains et le raffinement des arrangements de cordes de Vincent Segal (présent dans quatre autres titres). Enregistré dans l’isolement reposant d’une vieille et grande maison de Saint-Rémy de Provence,"Ce que l’on sème"résonne aussi de la tendre nostalgie des musiques brésiliennes. Cette musicalité rayonnante, en phase avec l’humanisme alter mondialiste du quatuor, perdrait de sa vigueur sans la dose nécessaire d’humour et de légèreté. |