Feu d’artifice final pour les
Eurockéennes 2007, après deux belles journées vendredi (
Marilyn Manson, Wu-Tang Clan, Les Rita Mitsouko, Amy Winehouse, Young Gods vs Dälek, Archie Bronson Outfit) et samedi (
Queens Of The Stone Age, The Hives, Deerhoof, Blanche, Bassekou Kouyaté, Editors, Maxïmo Park)… La chaleur est au rendez-vous en ce dimanche 1er juillet et la pluie - qui s’invitera lors du concert final d’
Arcade Fire - ne viendra pas doucher l’enthousiasme ressenti à la vue de la prestation enlevée des Canadiens… Malgré une affluence en baisse (80 000 spectateurs en 2007 au lieu de 100 000 en 2006), les Eurocks, même avec un peu moins de têtes d’affiche, restent incontournables sur le circuit des festivals d’été. Compte-rendu…
Bikini Machine :
La journée débute pour nous avec les Français de
Bikini Machine qui se démènent pour faire bouger le public sous le chapiteau. Une jolie prestation, avec des morceaux électro rock bien funky et groovy, chantés tour à tour en français ou en anglais… A signaler : deux très bonnes reprises de
Jacques Dutronc et des
Sonics, exécutées par un groupe en perpétuel mouvement (les instruments passent de mains en mains… ). Tout n’est pas génial, mais l’ensemble est plutôt percutant ;
Bikini Machine dégage une énergie communicative qui permet de partir du bon pied dans un marathon musical des Eurockéennes en ce début d’après midi.
Loney, Dear :
Quelques instants plus tard, le Suédois
Loney, Dear a l’opportunité de présenter sa musique au festivaliers agglutinés sur la scène placée sur la Plage ensoleillée. Un club intimiste aurait été plus approprié pour la musique délicatement folk pop de ce songwriter plutôt doué, mais un peu timoré en live. Si la mayonnaise a un peu de mal à prendre dans l’ambiance festive et décontractée qui règne sur le sable belfortain, on remarque néanmoins une très belle voix et des morceaux qui tiennent la route. On pense furtivement à
Sufjan Stevens, l’on se dit que notre homme et ses musiciens devraient plus se lâcher pour véritablement convaincre, avant de se dire que le lieu n’est tout simplement pas adapté. A revoir dans un autre cadre…
TV On The Radio :
Véritables bêtes de scène habituées à se produire sur de grandes scènes, les New-Yorkais de
TV On The Radio ont une nouvelle fois impressionné par leur puissance de feu quasi surnaturelle sous le chapiteau des Eurocks. Ah, se laisser transporter par les guitares tournoyantes, le chant possédé et les rythmiques impérieuses de
TV On The Radio… C’est vraiment le trip total, qui fait tout oublier et planer à 4000 mètres sans l’aide du moindre produit licite ou illicite… L’équilibre parfait a été trouvé entre la soul, le groove, le rock bruitiste et la pop sidérale par ces alchimistes diaboliquement doués ; dans ces conditions, avec un son puissamment évocateur,
TV On The Radio n’a aucun problème pour emmener une foule entière dans son univers passionnant. Et comme à chaque fois, à la fin du set, on reste comme orphelin.
The Good The Bad and The Queen :
Heureusement, pas le temps de se laisser aller à des états d’âme, le super groupe
The Good The Bad and The Queen a déboulé sur la grande scène pour accompagner paisiblement le début de soirée ensoleillé et engourdi de festivaliers avachis, mais souriants.
« C’est bizarre, c’est la même voix que Gorillaz ! » dit une jeune fille à son amie, qui lui répond du tac au tac :
« C’est normal, je crois que c’est le même chanteur… » Oui, le nouveau projet de
Damon Albarn (
Blur, Gorillaz, donc… ) réunit
Paul Simonon, le mythique bassiste du
Clash,
Tony Allen, le batteur de
Fela Kuti et
Simon Tong, le guitariste de
The Verve, pour un résultat plutôt sympathique sur disque et sur scène. La pop teintée de soul prodiguée par
The Good The Bad and The Queen est une invitation au rêve éveillé et à la relaxation : le chant boudeur, les mélodies cotonneuses et les rythmes alanguis produisent un délicieux effet décontractant. On se croirait presque à Woodstock ou à l’île de Wight pour un festival de hippies… Sans forcer son talent, et en s’enquillant une bouteille de Whisky avec le toujours excellent et flegmatique
Paul Simonon,
Damon Albarn fait le strict minimum au chant et au piano, avant de lâcher quelques « Thank you very much » endormis. Le super groupe est un peu sous utilisé mais tout cela sonne finalement bien, sans être renversant.
Klaxons :
Renversant, le show des très hype
Klaxons l’a, lui, été à Belfort… La foule hystérique qui se presse sous le chapiteau devient dingue dès les premières minutes du show des fluokids anglais, devenus des héros à a fois rock ‘n roll et dancefloor.
Leurs titres méchamment vrillants donnent immanquablement envie de se jeter partout ; le chapiteau devient donc une immense piste de danse bien rock. Le rêve quoi… Tous les publics (branchés, pas branchés), les sexes (hommes, femmes) et les âges (jeunes et un peu plus vieux… ) sont réconciliés en un clin d’œil pour participer à la fiesta. Et les Klaxons apprécient cette ambiance de feu. Ce qui les poussent encore à appuyer sur le champignon pour donner tout ce qu’ils ont. Le résultat est un concert de rêve où chaque titre est un tube imparable (
Goldskans, It’s not over yet etc etc). Ah, que c’était bon !
Tryo :
Juste après les très risibles
Tryo font un triomphe sur la grande scène avec leur chanson reggae démago et ultra facile. Ils représentent l’archétype du groupe détestable ayant cartonné après avoir bien étudié le comportement du jeune qui aime fumer des joints, kiffer le bon son entre potes au coin du feu quoi hein et se ressourcer en dehors des villes polluées (c’est méchant la pollution, hou la la !). Les chansons soi disant engagées (pour la légalisation du cannabis, contre la télé réalité, le racisme etc etc) et drôles (je raconte mon lendemain de cuite, ce genre de choses passionnantes… ) sont une véritable insulte à l’intelligence. Que ce genre de groupe ramasse la caillasse comme les autres lors de lucratives tournées des Zéniths devant un public de trentenaires nostalgiques et beaufs passe encore, mais qu’il soit programmé aux Eurockéennes, on se demande vraiment pourquoi. Oui pouquouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ?????
Air :
Fort heureusement, pour oublier ce (court, on n’est pas maso… ) mauvais moment le groupe
Air se charge de nous faire évoluer en apesanteur pendant le durée de son set classieux et bien mené. Les morceaux du nouvel album du duo versaillais –
Pocket symphony – sonnent beaucoup mieux en live que sur disque et s’intègrent parfaitement à une set list mélangeant les différentes époques… Jean-Benoît Dunkel et Nicolas Godin sont accompagnés par un groupe de pros discrets et sachant parfaitement ce qu’il doit faire… Les voix vocodérisées, les synthés analogiques, les guitares sèches, les basses rondes n’ont donc aucun mal à créer des atmosphères entre rock planant et pop lumineuse… C’est du grand art. Le public, très chaud (certains slamment carrément, ce qui fait sourire les musiciens) respectent les moments calmes et se déchaînent sur les passages plus enlevés. Et l’on passe un moment de rêve, qui nous place idéalement sur la rampe de lancement pour le décollage final avec les Montréalais volants,
Arcade Fire.
Arcade Fire :
Deux ans après avoir été enchanté par leur set en plein jour au festival Rock en Seine,
Arcade Fire nous a à nouveau emmené loin, très loin, dans la nuit pluvieuse de Belfort. Le set titanesque des Canadiens a enchanté le public présent devant la grande scène, malgré les trombes d’eau qui s’abattaient sur la presqu’île du Malsaucy. La très craquante et émouvante
Régine Chassagne (chant, batterie, accordéon etc), l'inquiétant et intense
Win Butler (guitare, mandoline etc) et leur virevoltants acolytes nous ont plongé dans un océan de bruits divins, du genre de ceux qu’on aimerait entendre lors du repos éternel au paradis (s’il existe !). Présenté avec un son magistral et dans une scénographie réussie (de multiples néons rouges et de petits écrans ronds disséminés partout sur scène), les morceaux des deux albums -
Funeral et Neon Bible - de l’ultra talentueux combo ont - comme à chaque fois qu’on les écoute – fait passer du rire aux larmes en un instant (magique). C’est donc le cœur battant, les yeux pétillants (ou humides) et dans un état d’esprit euphorico mélancolique qu’on a reçu
In the backseat, No Cars Go, Wake up, Neighborhood, Ocean of noise et
Keep the car running (entre autres) lors du show mémorable d’
Arcade Fire à Belfort. Un show qui met un point final à un week-end très réussi. On reviendra donc avec grand plaisir l’année prochaine !
Site du festival :
www.eurockeennes.fr
Photo :
Flore-Anne Roth
A lire également, les
comptes rendus des Eurocks 2007 signés par Philippe...