Retour à Rennes, pour les 29e trans. Et cette fois-ci, j’ai vraiment envie de dire Rain plutôt que Rennes. Non pas pour la programmation, mais évidemment la si douce pluie rennaise quasi omniprésente…tant pis, la nuit je sors le jour je dors…
Démarrage à « la Cité » sous les effluves orientales junglisées et patchoulisées de l’habitué de la maison
Big Buddha. Ambiance…
Faisons un rêve : voir ici même à la Cité, dont les murs sont chargés d’histoires,
Mahmoud Ahmed ou
Mulatu Astatke, ces deux légendes de la soul éthiopienne…
Hélas, avec les bretons ( !)
Badume’s band nous n’avons droit qu’à une sorte de tribute…
Rien à dire, ce sont de très bons musiciens (hélas tous bien blancs, pas la moindre pigmentation éthiopienne…) mais il manque l’essentiel : les racines et l’authenticité.
Résultat : comme devant n’importe quel groupe de reprises, je m’ennuie ferme. Désolé.
La suite sera heureusement beaucoup plus authentique et même originale, grâce à
Bibi Tanga et le professeur inlassable.
Cette fois-ci, il y a du noir, il y a du blanc et le mélange des couleurs donnent un cocktail surprenant fait de grooves de basse méchamment funky, de guitares bien planantes, et de samples originaux qui sont des invitations à décoller du sol.
Malgré le groove, on sent parfois une tristesse diffuse et ça m’a bien séduit…
Décrit comme ça, on pourrait penser à une sorte de trip-hop, mais ce n’est pas tout à fait ça car les racines africaines de Bibi Tanga et son guitariste sont très présentes.
Le propos est appuyé par des images et des vidéos projetées dans les coins de la scène.
Bibi (rien à voir avec « tout doucement », hum…) a une très belle voix, aussi agréable dans les graves que dans des tonalités proches de
Keziah Jones.
Il se permet le luxe de jouer en même temps des groove de basse que ne renierait pas
Bootsy Collins.
Un très très bon moment, avec en point d’orgue
au fil du temps (unique chanson en français) dont les paroles évoquent avec simplicité et force le déracinement, l’exil…
Allez, ça me persuade d’acheter leur disque dès ce soir…Merci pour ce moment.
Direction le Donner Kebab (les nourritures spirituelles ne suffisant pas) puis le parc des expositions pour cette première soirée de festival…
Après la bonne surprise Bibi Tanga, les affaires reprennent dans le hall 4 du parc des expos avec MF (tel qu’il est écrit sur la batterie)…Motherfuckers ?...Non,
My Federation : groupe pop rock grand-briton mené par un chanteur/guitariste iranien.
En extraits, j’avais trouvé ça sympa, mais force est de constater que nous avons affaire à un pétard mouillé.
C’est pas mauvais, plutôt orienté 70s psychédélique, avec de gros sons d’orgues.
Mais à plusieurs reprises, les influences sont beaucoup trop évidentes (
The Who,
Queen ( ?),…) du coup ça m’ennuie un peu.
S’inspirer de groupes du passé c’est bien, mais j’ai jamais eu de vraies sympathies pour les perroquets…Bref, pas grave…
Direction, le grand hall pour
Love Trio in Dub featuring U-Roy qui va être finalement une des bonnes surprises de cette soirée!
Pour tout dire, je suis totalement séduit par les pantalons à carreaux arborés par le clavier/saxo et le bassiste. Mais surtout, le son du clavier est monstrueux (un Fender Rhodes), les lignes du bassiste sont énormes et assez expérimentales, quant au batteur (habituellement batteur de
Tom Waits) il n’est pas en reste question rythmes inhabituels et cerise sur le gateux Papi U-Roy part au quart de tour sur (visiblement) la moindre des improvisations.
Le public est légèrement clairsemé, pourtant l’ambiance « on marche tous sur du coton » est carrément bonne. Bilan : très bon moment.
Mais le meilleur est à venir avec LE concert de la soirée :
Galactic featuring Chali2Na, Lyrics Born et Boots Riley.
Galactic est un quintet américain de funk instrumental qui emporte tout sur son passage. A eux seuls ça aurait déjà été bien. C’est du gros gros son à l’ancienne (ambiance
Meters,
Funkadelic…) mais à certains moments on peut penser à des trucs plus récents :
Red Hot période Blood Sugar ou même à
RATM sur les passages les plus puissants !
Au niveau instrumental c’est donc déjà la grosse claque : le top niveau, bravo les gars !
Mais ils ont eu la très bonne idée d’inviter sur leur dernier album et donc ici ce soir 3 Mcs issus de la crème du hiphop U.S. actuel (non, pas 50cent ou Lil’ Kim…hum).
Se sont donc succédés au mic : Lyrics Born (de
Quannum), Boots Riley (de
The Coup) et Chali2Na (de
Jurassic 5).
L’esprit de compétition a dû jouer à fond entre les Mcs, car on a droit à une débauche d’énergie au niveau du flow et du bougeage de corps.
A ce petit jeu, Boots Riley en fait des tonnes, mais c’est pour notre plus grand plaisir : il a même fini par se jeter par terre comme un psychopathe.
Chali2Na, au timbre reconnaissable entre tous, est accompagné d’un pote Mc visiblement porté sur la bouffe (voir photo). Ils ont interprété une très bonne version de
What’s Golden.
Pour le final, le groupe par dans une version instrumentale titanesque d’
Immigrant Song de
Led Zep. C’est le saxo qui joue la mélodie dissonante hurlé à l’époque par Robert Plant : putaing ! trippant !
Les zicos de Galactic sont alors rejoints par les 4 Mcs au grand complet pour une tuerie en règle : pas de quartier !!!
Meilleur concert funk de l’année (du siècle ?), meilleur concert hiphop de l’année (du siècle ?) [enfin,
The Procussions à la dernière Marsatac c’était du même tonneau…]
Ouf, je pars boire un coup bien mérité, j’ai terminé en brandissant mon appareil photo dans les airs…Yo man !
Bon après ça, on peut aller se coucher ? Mais non ; il est à peine minuit : la soirée démarre. Et c’est l’heure du groupe dont j’avais peut-être le plus envie ce soir. Peut-être trop envie… ?
The Heavy : jeune combo anglais (au son pourtant plutôt U.S.) mené par un black sexy qui me fait penser à William Gallas (amis du foot et de la beaufitude, bonsoir !)
The Heavy me fait penser à un improbable accouplement entre
Black Sabbath (certaines rythmique de guitare) et
Screamin Jay Hawkins (certains grooves et certaines intonations du chanteur).
Le problème c’est qu’au fur et à mesure du concert, je suis devenu de moins en moins captivé…A un moment, je me dis « putain ce riff, c’est
Freddie’s dead (
Curtis Mayfield)…mais non, c’est une « compo »…puis « Ofan (en marseillais), ils reprennent
I put a spell on you…encore manqué : une « compo »…
Bref, des influences pas suffisamment digérées à mon goût, en plus je les trouve un peu suffisants au niveau de l’engagement (certes, ils bénéficient actuellement d’une certaine hype outre-Manche)…et il me semble qu’il y avait des cuivres sur les extraits écoutés, mais ils sont absents ce soir.
Conclusion : à revoir une autre fois certainement, mais pas en 2e partie de Galactic !
La soirée continue avec les grecs
Imam Baildi qui mixent musique traditionnelle grecque (avec de vrais instruments grecs sur scène) et balkanique avec des sonorités hiphop/big beat. Le résultat est ma foi assez convainquant (malgré des apartés au micro un brin mollassonnes). Le public ne s’y trompe pas…Bien.
Je pars me terminer avec les ricains chevelus de
The Willowz, qui seront finalement une déception. Bon, allez je met ça sur le compte de la fatigue et de l’after (impossible) Galactic…Dodo, demain on remet ça…