L’excellent
premier album de pop à la française du clermontois
Yann Seul a été salué par la presse musicale nationale en 2003, ce n’est pas si fréquent ! Pour enfoncer le clou, le
concert à la Coopérative de Mai avec ses camarades du label Magnolia en septembre 2003 était, lui aussi, très réussi… Gonflé à bloc, notre homme s’apprête donc à enregistrer une suite à son premier effort discographique.
Rendez-vous fut donc pris dans un pub irlandais du centre de Clermont-Ferrand pour en savoir plus sur ce jeune homme bien sous tous rapports…
Est-ce que tu te souviens du premier disque que tu as acheté ?
Yann Seul : « Oui, c’était un vinyle de
Marc Lavoine,
Les yeux revolver, en 1985 je crois. C’est le premier disque que j’ai acheté avec mon argent… Pour être honnête, c’est pas terrible comme début !
Qu’est ce qui t’a donné envie de faire de la musique ?
J’en ai toujours eu envie, je me rappelle que quand j’avais dix ans, je me disais :
« c’est vraiment du gâchis que je ne fasse pas de musique ». Par contre, j’avais un manque de confiance en moi, j’ai commencé la guitare seulement à 20 ans. J’avais envie d’écrire des chansons mais je me disais que ce n’était pas fait pour moi... Quand je suis parti en Angleterre, j’avais envie d’essayer plein de trucs comme écrire des chansons, entre autres. Je voyais bien que ça faisait marrer les gens, c’était pas toujours terrible mais j’aimais ça, j’y prenais du plaisir. J’avais vraiment l’impression de créer quelque chose pour la première fois. A force d’essayer, j’ai acquis un petit savoir-faire.
Comment as-tu commencé la musique ?
J’ai commencé à faire du home studio en 1997, tout seul chez moi avec un petit « quatre pistes »… Petit à petit, je me suis acheté du matériel et j’ai écrit 60 chansons en 6 ans. Au bout de 50, je me suis dit qu’il y avait de quoi faire un disque (rires) ! Sur les 50, c’est vraiment à partir de la 43ème que ça a commencé à prendre une petite couleur. C’est à ce moment là que j’ai rencontré Franck Dumas (du studio Factory Ndr). Il avait reçu ma première démo, on est parti là dessus. A ce moment là, je n’avais que 3 ou 4 chansons de mon futur premier disque.
Comment as-tu rencontré Franck Dumas ?
Je n’avais pas vraiment démarché, j’avais seulement donné deux ou trois C.D. à quelques personnes pour faire des petits tests. J’en avais laissé un au Centre Info Rock Auvergne à Clermont qui a donné ce C.D. à la Coopé qui l’a transmis à Franck. Il y a deux ans, la Coopérative de Mai m’avait appelé pour faire les découvertes du Printemps de Bourges. Moi j’étais tellement loin de ce truc là que j’ai refusé. Par contre, quand Frank m’a contacté, j’ai vu qu’il y avait moyen de faire un disque, ça m’intéressait plus !
Tu as déclaré avoir été influencé par Elliott Smith, Eels, Elvis Costello, peux-tu dire en quoi ils t’ont marqué ?
Les influences, c’est toujours très varié… Il y en a certaines qu’on voit vraiment sur le disque comme
Elliott Smith pour la façon de chanter et le côté un petit peu intello… J’ai beaucoup appris pour les textes en écoutant
Elvis Costello : c’est vraiment quelqu’un qui sait écrire. J’ai pris un coup de pied au cul en lisant ses paroles remplies de second degré, de jeux de mots à deux francs et de recul sur soi même. J’ai aussi beaucoup écouté et lu les textes de
Bob Dylan, il a un côté beaucoup plus poète que je n’ai pas. J’écoute également énormément de rock indé américain comme
Grandaddy. Je suis aussi très fan de tout ce qui est revival sixties, j’aime beaucoup certains albums du
Teenage Fan Club. Puisque je fais de la pop, j’apprécie particulièrement les années 60 car tout part de là : les
Kinks, les
Troggs, les
Beatles, le début des
Who. Je m’intéresse aussi au punk, cela ne s’entend pas tellement sur le disque mais j’aime bien la tension qu’il y a dans cette musique. Quelque part, je m’en sens assez proche, il y a une concision que j’essaie d’approcher même s’il n’y a pas les tempi à 140 sur mes morceaux. J’aime le côté très tendu et l’espèce de détresse qu’il y a dans le punk.
As-tu été affecté par la mort d’Elliott Smith ?
Ça m’a beaucoup touché. C’est toujours bizarre ce genre de choses : ce n’est pas un membre de ma famille. Il a eu un grand rôle dans ma vie. Je l’ai écouté pour la première fois en Angleterre en 1997, je me passais ses chansons à longueur de journées. Peut-être que je n’aurai pas fait de disque si je ne l’avais pas écouté. C’était quelqu’un de torturé qui vivait dans la douleur, je le ressentais vraiment. C’est un des rares artistes qui m’ait fait passer quelque chose d’émotionnel comme ça. La façon dont il est mort est logique car il souffrait.
As-tu aussi des influences françaises ?
Il y a un côté anglo-saxon dans ce que je fais parce que j’essaye de ne pas sonner « français » comme
Saez par exemple dont les textes font mal aux oreilles… Les choses qui sonnent bien sont assez rares. Je ne suis pas très fan du disque de
Jeanne Balibar mais j’aime certains arrangements et je trouve les textes biens même si ce n’est pas dans mon style. Chez les Français, j’ai quand même des influences : il est quand même difficile de passer à côté de
Gainsbourg. Les textes de
Miossec ont un truc même si je n’adhère pas à tout. J’aime le dernier album des
Innocents qui date de 1998. Au niveau des textes, j'ai des influences autant étrangères que françaises mais toujours avec l’idée que les textes ne gâchent pas l’ensemble.
Quels rapports entretiens-tu avec tes influences ? Tu les écoutes souvent, tu t’en inspires, tu te compares avec elles ?
C’est délicat, il m’arrive d’essayer de faire un truc à la
Grandaddy par exemple, je me rends compte que je n’y arrive pas, ce qui est bon signe : je ne vois pas l’intérêt ! Je n’ai pas une approche assez indé et tordue à mon goût, c’est en cela que je débute. Mes chansons sont carrées, je me sens plus conventionnel que Grandaddy même si le dernier album,
Sumday, n’est pas particulièrement expérimental. A côté de certains morceaux de Grandaddy, je me sens petit. Il y a vraiment de la recherche chez eux... Ce que je fais c’est beaucoup plus français, pas forcément à cause de la langue mais culturellement on a des façons de jouer différentes. Le but ce n’est pas d’imiter mais de chercher une émotion.
As-tu essayé d’écrire en anglais ?
Oui, c’était pitoyable ! J’ai quand même un peu l’accent de Lezoux... Au-delà de ça, j’ai l’impression d’avoir trouvé récemment une façon d’écrire, ce que je n’aurais jamais pu faire en anglais parce qu’il y a un certain nombre de doubles sens, de seconds degrés, de choses entre les lignes que je n’aurais pas pu avoir en anglais. Et puis il faut assumer ses racines ! Il y a assez peu de choses françaises écrites en anglais qui me conviennent. Par exemple, tout ce que fait
Noir Désir en anglais, ça ne m’intéresse pas du tout alors qu’en français certains morceaux me plaisent. Je trouve qu’en général c’est un peu se fourvoyer que de se lancer là-dedans.
Tu as dit que tu parlais tout le temps de toi dans les textes, est-ce que c’est vrai ?
Oui, comme beaucoup de gens… j’ai l’honnêteté de l’admettre ! Après, quand je parle de moi dans mes chansons, c’est toujours de l’auto dérision. En fait, je ne parle pas que de moi dans mes chansons, ce n’est pas tout à fait vrai. J’aime bien me montrer comme un loser, c’est une posture qui me plaît parce que ce n’est pas très à la mode. Je me complais dans un rôle de loser parce que j’ai l’impression que c’est là-dedans que je trouve mon bonheur. Je ne joue pas aux adultes, aux banquiers ou aux ingénieurs qui connaissent la vie et qui brillent en société. J’ai envie de rester un peu adolescent, c’est cette auto dérision là que j’essaye de communiquer.
Tu as un côté corrosif dans tes textes, sur les bourgeois dans Confort téméraire par exemple…
Corrosif, oui : je prends du plaisir à chanter des choses un peu dégueulasses avec une voix douce et attendrie. Par contre, je trouve cette chanson un peu potache aujourd’hui, c’est dommage de commencer une chanson par
« les bourgeois »… Le texte, j’en suis assez fier par contre, je le trouve seulement un petit peu trop explicite. J’aime bien le côté corrosif mais je préfère rester implicite maintenant. Tout en provoquant un petit sourire quand les gens écoutent les textes.
Les à côtés, la chanson qui évoque le footballeur Tony Vairelles est assez drôle…
Ce n’était pas le but de faire une chanson sur le foot. On parlait du côté loser tout à l’heure, pour moi
Tony Vairelles, c’est le roi des losers c’est pour ça que je l’admire beaucoup. Il a un peu changé de coiffure, mais il se permettait de sortir des vestiaires devant les caméras avec une coupe à la
James Dean qui était pas mal ! Il prenait ça très au premier degré ! Il vient d’une famille gitane et dans sa culture, il y a un côté mauvais garçon qu’il assume bien. Moi ça me fait rire…
Avec un peu de recul, comment juges-tu ton premier album ?
Ça reflète bien ce que je voulais faire. J’ai eu la chance de l’enregistrer avec
Franck Dumas qui voulait obtenir le même disque que moi. Il m’a même poussé à faire ce que j’avais envie de faire et que je n’osais pas trop faire : rentrer dans un format pop assez défini tout en ayant une petite couleur à moi. J’ai deux ou trois petits regrets comme tout le monde : tel son, tel instrument un peu fort, quelques détails sur lesquels j’aurais dû m’imposer en studio. Par contre, il y a des choses qui ont été apportées par la production de Franck et son ingénieur. Grâce à eux, il y a deux ou trois chansons qui sont vraiment mieux que si je les avais faites tout seul. Je m’y retrouve vraiment, par contre j’ai l’impression que je peux forcément faire mieux puisque la deuxième fois, je serai plus aguerri. Mais je vais essayer de ne pas perdre la fraîcheur du début, c’est un équilibre à trouver… Par rapport au nombre de concerts, les ventes du premier album sont correctes mais on très peu tourné donc ce n’est pas bon : on a vendu 600 disques. Quelque part c’est un échec, mais ce qui m’intéresse c’est qu’on ait eu une bonne chronique dans
Les Inrockuptibles par
Jean-Daniel Beauvallet. On a eu beaucoup de presse nationale, on a fait une émission de télé. Comme ça a plu à beaucoup de gens dans le métier, je me sens soutenu, c’est important : ça me donne de l’influx. On verra ce qu’il adviendra de ce disque, moi j’en suis fier, j’espère qu’un jour il sera mieux défendu que ça, peut-être réédité... C’est un regret mais je trouve ça assez logique, je n’ai pas assez tourné pour défendre le disque.
Peux-tu parler du travail de production sur ton premier disque ?
Oui, j’ai travaillé avec Franck et avec Sébastien Marc, l’ingénieur. Ce qui donne un peu de couleur, c’est le traitement de la voix : on a doublé les voix assez souvent, on était d’accord dès le départ. En plus, Sébastien a sa touche au niveau des sons et des effets, il a sa patte tout en restant simple. Quand j’écoute mes démos, je vois la différence au niveau de la qualité du son et du traitement.
Lors de ton concert pour les découvertes du Printemps de Bourges 2002, les avis sur ton concert étaient mitigés, tu sembles avoir progressé depuis…
A la Coopé, pour les découvertes du Printemps de Bourges en décembre 2002, c’était mon tout premier concert. Il y avait 1300 personnes, c’était vraiment dur. Il s’est passé plein de choses entre ce concert et le concert à la Coopé pour la soirée Magnolia (en septembre 2003, Ndr). Pour les Découvertes du Printemps de Bourges 2002, je suis arrivé avec un groupe qui reprenait mes chansons. Il n’y avait aucune couleur, c’est vraiment lié à un manque d’expérience : je n’ai pas su recruter les gens qu’il fallait ! Après, en janvier, j’ai trouvé un guitariste qui collait parfaitement et ensuite, un batteur qui nous a donné confiance en nous. Avec lui on a une assise qui est incroyable, c’est l’ancien batteur d’
Eiffel,
Nicolas Fourret. Avec ces deux musiciens et le bassiste du départ - qui fait bien son job et avec qui je m’entends bien -, ça m’a vraiment donné confiance en moi. J’ai trouvé le groupe qui me permet d’être confiant sur scène et de défendre les chansons. On leur donne un côté plus rock que sur le disque parce que les petits côtés fragiles on a du mal a les faire ressortir. Il y a certaines chansons auxquelles je peux donner un côté fragile et intime comme sur le disque. Dès que je peux, je le fais mais j’ai envie qu’il y ait plus d’énergie sur scène sur tous les morceaux pop comme
Désuet provisoire ou
Nos écueils. Je ne crois pas qu’on fasse la même chose sur scène et sur disque.
As-tu commencé à penser au prochain album ?
Oui, on est en plein dedans. A Noël, on va enregistrer 6 ou 7 maquettes au studio Factory pour le deuxième disque. Et avec ces démos, on va essayer de démarcher les majors cette fois, ce qu’on n’avait pas fait la première fois. Je pense que c’était la bonne étape de passer d’abord par un petit distributeur, honnêtement je pense que je n’étais pas prêt pour une major. D’une part sur scène, d’autre part c’était peut être un peu tôt pour les chansons que je fais. Mais maintenant, j’ai bien envie de sortir un disque qui soit vraiment défendu avec des moyens.
Est-il déjà entièrement écrit ?
Non, j’ai écrit 12 chansons, il y en a 6 dont je suis content. A Noël, il y en aura peut-être 7. Pour le prochain disque, je veux sélectionner, je voudrais ne pas avoir de regrets, ne pas devoir mettre une chanson uniquement pour que ça fasse dix morceaux. C’est un petit regret que j’ai sur le premier disque : on avait 10 titres et pas 12. Si j’en avais eu douze, on aurait pu choisir.
As-tu déjà une idée de la tonalité du nouvel album ?
Désormais, je ressens l’influence du punk dans ce que je fais, dans les pop songs de trois minutes rythmées. J’avais essayé de faire ça la première fois mais là je vais plus le faire, je pense que ça va plus se ressentir avec Nicolas à la batterie, parce que lui c’est un punk. A part les 6 chansons dont je suis très content, je ne sais pas la couleur que chacune aura. Il faudrait que j’en rajoute une ou deux dans la lignée de
Linoleum ou
Les huiles de Zurich avec une vraie couleur originale. Pour l’instant sur le deuxième album, je pense qu’il manque des chansons où je sais que ma patte est là. Par contre, au niveau de la qualité des chansons, je pense que je suis en train de faire mieux que le premier disque, enfin j’espère ! »
Site Internet Officiel :
www.yannseul.com.
(Photos du concert à la Coopérative de mai : Yann Dézélus)