Samedi soir, il pleut sur le Dock des Suds. Obligé de faire la queue sous une pluie énervante, pas très drue mais avec de grosses gouttes, c'est dégoulinant que je rentre dans la salle. A l'intérieur, .../...
Samedi soir, il pleut sur le Dock des Suds. Obligé de faire la queue sous une pluie énervante, pas très drue mais avec de grosses gouttes, c’est dégoulinant que je rentre dans la salle. A l’intérieur, des gens de tous âges. Pas le temps d’attraper un rhume car voilà que retentissent les premières notes d’une mala vida tonique porteuse d’un soleil opportun. La voix claire de
Yuri Buenaventura, tout de noir vêtu comme ses musiciens, a le don de réchauffer la salle instantanément. Le petit colombien enflamme même le public lorsqu’il entame avec ses deux choristes une chorégraphie endiablée.
Les morceaux, servis par une section cuivre splendide et des percussions énergiques, s’enchaînent sans répit, offrant chaque fois une saveur particulière grâce à l’intégration réussie d’influences diverses, tel que le tango. Le salsa du natif du port de
Buenaventura, plurielle et généreuse, est jubilatoire, et son groove imparable.
Yuri aime parler, même s’il a parfois du mal à trouver les bons mots en français. Il explique que Marseille est un pont, un filtre. Le public l’écoute, quelque peu incrédule alors qu’il cherche ses mots, mais on a compris le message. On comprend qu’il trouve ça beau, ce mélange de communautés qui vivent en bonne entente, et que c’est un exemple pour tout le monde. De toutes façons conquis, les spectateurs applaudissent, et quoiqu’il arrive sa musique parle pour lui. Avant d’interpréter
mi America, il tient à préciser :
« Mon Amérique à moi, c’est le Brésil, Panama, le Venezuela... C’est pas l’Amérique qui largue des bombes ». Plus tard, il rappellera que si Hollywood nous a habitué à des images de guerre, la nouvelle guerre menée par les Américains
« c’est pas du cinéma » et que jamais il ne faudra s’y habituer malgré la banalisation de ces images. Quand enfin il raconte l’histoire de la petite grenouille
« coqui », on comprend décidément qu’il ne porte par dans son cœur le grand voisin nord-américain qui voudrait bien, selon lui, ajouter l’étoile du drapeau du petit Porto Rico aux cinquante autres du Star & Stripes.
Sa façon de lutter à lui contre l’hégémonie américaine, c’est sa musique et il la chante avec une générosité qui ne se dément pas. Courant, sautillant dans tous les coins de la scène, il dompte son micro avec une dextérité impressionnante. Il lance, peut-être un peu déçu par les déhanchements plutôt timides du public marseillais,
« c’est mieux quand on danse ! ». Il faut dire que quand on le voit se trémousser, sauter dans tous les sens ou exécuter des pas incroyablement synchrones avec ses choristes, il y a de quoi être subjugué, voire de nourrir quelques complexes. Mais on a une bonne excuse : pour la salsa, il faut de la place ! C’est donc plutôt au fond de la salle que quelques couples s’y essaient.
Yuri a la salsa dans le cœur, dans le sang et dans l’âme. Aussi, lorsque on lui demande si un couple peut venir danser sur scène, il explique qu’il n’aime pas trop ça, que cette musique ça n’est pas
« les paillettes », qu’il craint le côté
« caricatural ». Manière de rappeler à quel point elle est porteuse de sens, pour une culture qui, rappelle-t-il, a souffert des dictatures, de la corruption, et qui vit chaque jour à son rythme...
Mais là exceptionnellement, il accepte parce que ce sont des enfants. Et force est de constater que le minot et la pitchounette invités à danser sur scène font honneur à sa salsa. Tout le monde apprécie à la fois la performance des pitchounes et le symbole d’une jeunesse porteuse d’espoirs, l’émotion est palpable.
Et si on savait que la salsa était naturellement génératrice d’ondes positives, celle de Buenaventura donne en plus à réfléchir.
« Je veux que vous luttiez de toutes vos forces pour le bonheur » clame-t-il en guise de conclusion. Il espère en avoir donné tout autant qu’il en a eu à chanter pour
« Marseilla ». Ca ne fait aucun doute. Il est le rayon de soleil qui a bouté les nuages hors de la cité phocéenne samedi soir.
Dehors, il ne pleuvait plus. Le dimanche a été magnifique. Merci
Yuri !
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