Entrelacs de guitares, croisements de mélodies et rythmiques sauvages, explorations tour à tour tendues, atmosphériques, incandescentes, stridentes ou envoutantes. C'est la rencontre de trois musiciens singuliers qui se cherchent au gré d'explorations sonores et soniques: Serge Teyssot-Gay (Noir Désir), Cyril Bilbeaud (Sloy) et Marc Sens (Yann Tiersen). Zone Libre passe par tous les chemins en se lovant dans un esprit de liberté punk proche de celui d'un Naked City apaisé, ou d'un John Zorn trinquant avec Fred Frith dans un bar punk en écoutant Painkiller.
Interview avec Serge Teyssot-Gay et Khaled AlJaramani (Interzone) - Juin 2007 - La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand
Rencontrés avant le concert d'Interzone à la Coopérative de Mai, le 27 mars 2007, Serge Teyssot-Gay et Khaled AlJaramani présentent leur travail commun en toute simplicité et avec une passion qui fait plaisir à voir (et à entendre bien sûr). Comme ils le prouveront magistralement le soir même lors de leur captivant concert, les deux musiciens .../...
Rencontrés avant le concert d’Interzone à la Coopérative de Mai, le 27 mars 2007, Serge Teyssot-Gay et Khaled AlJaramani présentent leur travail commun en toute simplicité et avec une passion qui fait plaisir à voir (et à entendre bien sûr). Comme ils le prouveront magistralement le soir même lors de leur captivant concert, les deux musiciens sont très complices et aiment à dialoguer, que ce soit avec une guitare électrique et un oud ou avec des mots… Il faut dire que les sujets de discussion ne manquent pas avec eux : leur rencontre en Syrie, les tournées, la manière dont ils travaillent ensemble, leurs projets avec Interzone, en solo, ou avec Zone Libre et Noir Désir, les situations politiques en France et en Syrie, Led Zeppelin… Entretien.
"Quand on sent qu’il y a une étincelle qui est là, on souffle dessus."
Première question : pouvez-vous évoquer votre rencontre ?
Serge Teyssot-Gay : « J’étais en tournée avec Noir Désir dans les pays du Golfe et j’ai rencontré Khaled en Syrie lors d’une soirée… Il jouait chez un pote, j’ai flashé sur sa façon de jouer du oud et sur ses idées : cette façon de projeter l’émotion comme on peut le faire sur une guitare électrique. Le lendemain, je l’ai invité à venir écouter le groupe, c’était la première fois que Khaled voyait un groupe de rock… et qu’il entendait du rock quasiment. Après le concert je lui ai demandé s’il pensait que c’était une bonne idée qu’on se revoie dans un an, car je devais revenir pour un autre projet… Il a dit « pourquoi pas ? » Et à partir de là, quand je suis revenu, on s’est fixé un rendez-vous et on a commencé à composer tout de suite…
Interzone, le nom du groupe, comment c’est venu ?
On avait presque tous les morceaux du premier album et on s’est demandé simplement qu’est-ce que ce que nous évoquait ce mélange de la guitare et du oud… et on est tombé sur « Interzone ».
C’est la réussite artistique du premier disque et de la tournée qui vous ont donné envie de poursuivre plus loin l’aventure ?
Ça fait toujours plaisir qu’il y ait des gens qui apprécient ce qu’on fait, mais malgré tout, au départ on fait ça pour soi. Excusez-moi, mais c’est quand même super égoïste ! Puis, après, si on arrive à rencontrer des gens qui aiment, c’est tant mieux, mais on fonctionne par nécessité d’une certaine façon… Nécessité de se rencontrer, d’être ensemble : on a du plaisir à se retrouver, on a fait une soixantaine de dates sur la première tournée d’Interzone, on a appris à se connaître à ce moment là, parce que pendant l’élaboration du premier album on n’avait pas parlé ; on ne faisait que jouer donc c’est un dialogue qui ne passe pas par l’intellect, c’est autre chose. Après, il s’est trouvé qu’on a plein de points communs par ailleurs et on a pas mal joué, donc on a ressenti du plaisir à être ensemble. De nouvelles idées sont apparues : moi, j’ai appris pas mal de choses, Khaled m’a apporté beaucoup, ça donne envie de continuer…
Comment s’est passée la composition de Deuxième jour ?
Khaled AlJaramani : En fait, durant la tournée consécutive à notre premier disque, on a commencé à composer les morceaux du deuxième album. Durant le premier enregistrement et lors de la tournée, nous avons trouvé la direction que nous allions suivre pour le nouveau disque. Puis, nous avons commencé à penser aux personnes qui allaient jouer avec nous. Cela a été un grand plaisir pour nous de faire le premier disque, et c’était un bon début pour notre projet commun, donc on a continué l’aventure… Le deuxième opus est proche du premier en de nombreux points : nos sentiments, nos émotions… Mais Deuxième jour a pris une direction plus ouverte, avec un côté plus oriental, de nouvelles couleurs. Lors de notre première collaboration, nous avons trouvé notre son (le mélange d’oud et de guitare), après, pour la suite, nous nous sommes plus axés sur la musique : de nouveaux instruments, de nouvelles rythmiques. C’est le même projet mais la palette est plus large.
Serge Teyssot-Gay : On compose très vite mais le temps de tournée, qui a duré plus d’un an, est nécessaire pour accumuler du vécu et de la complicité… Je ne me force pas à composer parce que souvent c’est du temps perdu ; il n’y a rien qui sort car il n’y a pas de vraie nécessité. C’est bizarre comme façon de faire… Khaled est pas mal resté en France, pour la tournée ; on a donc envie de se retrouver chez lui en Syrie, je suis allé là-bas et c’est à ce moment là qu’on a décidé de la direction que l’on allait prendre. Après, tout le travail en amont qui a été fait (avec des ateliers à l’abbaye de Royaumont avec de nombreux d’invités) nous a nourri de façon souterraine et à ce moment là, c’est apparu, c’est ressorti par jaillissements. Très vite, on sait saisir ce qui est bon pour nous sur le moment. Arrivé à cette étape, on compose un morceau par jour, ce qui ne veut rien dire en fait : il faut les mois avant pour arriver à cela.
On a l’impression qu’il y a une osmose entre vous deux sur scène et sur disque… Vous composez en jouant ensemble ou chacun amène ses idées ?
Serge Teyssot-Gay : ça part d’une idée généralement, d’un thème qui vient soit de Khaled, soit de moi. Si cela nous plait à tous les deux, on développe… C’est assez simple en fait. Quand on sent qu’il y a une étincelle qui est là, on souffle dessus.
« On n’est pas du tout sur un rapport combatif entre nous deux, on est plutôt sur un rapport de discussion : on essaye de discuter d’autre chose à l’intérieur d’un même thème, pour renouveler le plaisir. »
Qui a eu l’idée de reprendre Indian raga, un morceau de musique traditionnelle indienne ?
Khaled AlJaramani : Au début, quand j’ai rencontré Serge à Damas, on a passé 4 ou 5 heures à chercher une idée pour commencer à jouer ensemble. Je me suis souvenu de ce morceau, de cette mélodie jouée à la cithare indienne que j’avais gardée en tête, et j’ai pensé qu’on pouvait essayer de la jouer. J’aime l’esprit de cet art, l’indian raga, parce que ça sonne de manière très belle.
Indian raga donne un côté encore plus « multiethnique » au disque… Est-ce que c’était une volonté de votre part en l’intégrant au disque ?
Serge Teyssot-Gay : En fait, on est surpris par ce que l’on fait : ce n’est pas une volonté de notre part. S’il y a volonté, c’était de découvrir de nouvelles musiques, de nouveaux rythmes. La musique indienne est hyper riche en mélodies, en rythmes, donc c’est très attirant. Mais le mélange de la guitare et du oud tire parfois plus vers l’orient pour des questions qui ne nous appartiennent pas. Sur un morceau, Khaled a transposé en aigu car ça marchait mieux, et cela donne un son plus oriental, qui n’était pas plus calculé que ça ! C’est une histoire de mélange de timbres, de sons…
J’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de morceaux chantés et d’invités sur ce disque…
Serge Teyssot-Gay : Ce n’est pas une impression ! On a rencontré une chanteuse d’opéra syrienne Noma Omran - qui est une amie de Khaled -, Tari Akhbari - un chanteur de musique traditionnelle perse qui chante de la musique qui est super ancienne - et on a juste eu envie de les inviter… Ils ont des voix extraordinaires et on a trouvé des espaces communs entre nous. On prend plaisir à jouer ensemble, tout simplement ; on se met en valeur les uns les autres. C’est plus que la somme de plusieurs individus, ça donne du relief… On cherche une ouverture permanente en fait ; apprendre la musique c’est sans fin, le travail sur l’instrument est sans fin… Après, c’est une histoire de rencontres.
Sur la tournée vous êtes seulement tous les deux sur scène… Comment faites-vous pour jouer les morceaux où il y a des chanteurs sur le disque ?
On fait quasiment toute la tournée en duo, sur quelques dates on va avoir tous les invités de l’album, mais c’est plutôt rare. Comme on a tout composé à deux, ce que tu entends en concert c’est ce qu’on a fait au départ, ce sont nos maquettes… Après, on a juste laissé de la place pour nos invités au cours de l’enregistrement du disque.
Lors de la première tournée, j’avais beaucoup aimé le chant de Khaled. Je me demandais si ses disques étaient disponibles…
Khaled AlJaramani : Avant Interzone, j’avais enregistré un album solo ; je n’utilisais pas ma voix comme dans Interzone. Sur le disque, il y avait dix chansons et je n’utilisais ma voix que sur une chanson. Quand on a commencé à enregistrer avec Serge, on aimait bien cette idée de changer la couleur du son des deux instruments avec des parties vocales. C’est pour cela que j’ai plus chanté avec Interzone. Sur le second disque, nous voulions encore plus de couleurs, c’est pour cela qu’il y a des invités au chant. J’ai moins utilisé ma voix pour une autre raison : il y a de la clarinette, et le son de cet instrument est très proche de la voix.
Sur scène, pendant la première tournée, on a l’impression que vous improvisiez des vocalises. C’est le cas ou ce sont des textes écrits préalablement ?
Serge Teyssot-Gay : Effectivement, il n’y avait pas de textes, c’est plus ou moins de l’improvisation ; nos morceaux sont assez écrits mais il y a une marge évidemment, on n’est pas du tout sur un rapport combatif entre nous deux – ce qui peut être vachement bien –, on est plutôt sur un rapport de discussion : on essaye de discuter d’autre chose à l’intérieur d’un même thème, pour renouveler le plaisir.
Sur scène, techniquement comment ça se passe ? Y-a-t-il des samples de guitare et de voix compliqués à faire ?
Serge Teyssot-Gay : il faut que ça reste très simple, pour ne pas être enfermé. Il y a un tiers des samples qui sont préenregistrés et les deux autres tiers, je préfère les faire en direct, pour l’émotion du moment ; avec un tempo qui peut être différent. C’est plus agréable, ça reste un moyen de communication qui se veut immédiat.
« Il y a pas mal de groupes qui se vantent d’avoir une démarche politique, qui ont des slogans ; nous, on pense intimement que s’il y a des choses que doivent passer dans notre musique, elles ne doivent pas forcément être expliquées. Il ne faut pas prendre les gens pour des cons. »
Comment ça se passe avec le public quand vous jouez en Syrie ou à Beyrouth ?
Serge Teyssot-Gay : En tant qu’européen, je trouve que le public était super à l’écoute pour chaque concert qu’on a donné là-bas. Les gens sont enthousiastes, surtout les jeunes, probablement parce que c’est une couleur qui est nouvelle pour eux, la façon qu’à Khaled de jouer de l’oud est très différente de la manière traditionnelle.
Khaled AlJaramani : En Syrie, on a fait deux concerts, où il y avait un peu plus de cent personnes, les gens ont aimé la musique d’Interzone, surtout les jeunes. Pour les personnes habituées à écouter de la musique traditionnelle, c’était peut-être un peu plus difficile. Avec le nouvel album avec plus de musiciens, ce genre de public va plus apprécier.
As-tu été surpris par l’attitude du public européen ?
Au début, oui, car c’était complètement nouveau pour moi de jouer dans un club, je ne l’avais jamais fait auparavant. C’était un peu difficile au début ; même le son, je n’étais pas familier avec ça. Maintenant, je suis habitué à jouer dans ce genre d’endroits et à communiquer avec le public.
Avez-vous déjà commencé à travailler sur une suite de Deuxième jour ?
Serge Teyssot-Gay : Non, c’est trop tôt, il faut déjà vivre cet album sur scène, on a envie de le défendre, on verra plus tard…
Avez-vous pensé à faire des musiques de film ? Il me semble que votre travail s’y prêterait bien… ?
On aimerait beaucoup, ça nous plairait ; comme notre musique est instrumentale, ça reste ouvert et ça pourrait marcher avec des images. Après, je ne sais pas comment on pourrait intéresser ou contacter des gens pour ce genre de projet.
Est-ce une démarche politique de proposer une musique qui est nourrie de métissage culturel à une époque ou Sarkozy, Royal et Le Pen parlent d’« identité nationale » ?
On ne brandit pas ça : on est ensemble avant tout parce qu’on aime faire de la musique tous les deux. Après, on peut dire que c’est un joli pied de nez à cette situation où la peur est nourrie par les politiques et les religieux, où les gens ont un peu tendance à se regarder de travers. Ça nous fait rigoler parce qu’on sait pertinemment qu’il y a des façons de vivre et de communiquer autrement. On a beaucoup parlé de la Syrie comme étant un pays dangereux, un pays de l’axe du mal, mais les gens sont comme partout, ils ont envie d’être tranquilles, d’avoir la paix, d’être heureux. Depuis des centaines d’années, ce sont les politiques et les religieux qui nous cassent les couilles, qui nous étouffent et qui en rajoutent… Oui, c’est un beau pied de nez, mais on ne revendique pas, on n’aime pas cet aspect là… Il y a pas mal de groupes qui se vantent d’avoir une démarche politique, qui ont des slogans ; nous, on pense intimement que s’il y a des choses que doivent passer dans notre musique, elles ne doivent pas forcément être expliquées. Il ne faut pas prendre les gens pour des cons.
Vos concerts sont l’occasion d’une rencontre entre deux communautés, deux publics, l’un appréciant le rock ‘n roll, l’autre la musique arabe. Est-ce une fierté ?
Oui, ça fait vraiment plaisir, il y a pas mal d’arabes et de blacks qui vont à nos concerts et qui d’ordinaire ne vont pas dans les clubs. Les organisateurs nous le disent, c’est la première fois que certains viennent à ce genre de concert. Il y a aussi des gens qui viennent parce qu’ils connaissent Noir Désir et qui sont hyper surpris, parce que ça n’a rien à voir. Certains sont hyper déçus, d’autres sont surpris, c’est la vie quoi…
« La démarche de Led Zeppelin m’a toujours passionné, depuis le début, ce sont des gens qui ont inventé des choses, j’étais très sensible aux compositions de Jimmy Page, notamment Kashmir. Sur notre morceau Cana, il y a ce type de recherche, de construction… »
Le mélange entre le rock et la musique arabe fait penser au titre Kashmir de Led Zeppelin et à la carrière solo de Robert Plant. C’est quelque chose qui vous a marqué ?
Oui, le dernier album de Robert Plant est magnifique je trouve ; avec Khaled, on l’a beaucoup écouté. La démarche de Led Zeppelin m’a toujours passionné depuis le début, ce sont des gens qui ont inventé des choses, j’étais très sensible aux compositions de Jimmy Page, notamment Kashmir. Sur notre morceau Cana, il y a ce type de recherche, de construction ; comme on n’a que deux instruments, on ne peut pas autant développer, on reste sur l’essentiel, on ne peut pas développer des étages harmoniques très complexes. Mais c’est quelque chose qui continue de m’intéresser et je continue de chercher dans ce sens : avoir l’impression avec une guitare de pouvoir faire évoluer quelque chose qui est composé pour plusieurs personnes, notamment des cordes. La limite de ça, c’est que c’est vite pompeux, c’est difficile de trouver quelque chose de juste dans l’intention, c’est vite barbant.
En Syrie, est-ce que les gens écoutent de la musique européenne ou américaine ?
Khaled Al Jaramani : Oui, mais ce qui passe sur les principales télés et radios, ce n’est pas de la bonne musique (rires) !
Quelle est la situation des musiciens en Syrie ?
En Syrie, c’est très difficile de vivre de la musique. Tous mes amis qui sont musiciens doivent donner des cours et jouer dans des restaurants. Parfois, ils jouent pour l’orchestre national. Il y a un gros problème avec les labels en Syrie ; c’est difficile de publier sa musique là-bas, il y a des lois sur les copyrights, mais il y a beaucoup de marchés où la loi n’est pas respectée. Il y aussi beaucoup de problèmes avec la télévision, les radios et les festivals, il faut donc vraiment se battre pour vivre de sa musique !
Serge, te souviens-tu de tes derniers passages à la Coopérative de mai : une lecture de Georges Hyvernaud en 2001, un concert de Noir Désir en 2002, puis d’Interzone en 2005 ?
Je me rappelle de tous les concerts en fait, j’ai de super souvenirs ici, les gens qui tiennent ce lieu sont super accueillants. C’est un immense plaisir de venir ici, donc forcément, tu t’en rappelles…
Peux-tu parler du livre/disque qui est sorti récemment ?
J’ai fait un livre/disque avec Lydie Salvaire, Marc Sens et Jean-Paul Roy. Ça parle beaucoup de projets de vie débiles, comme on nous vend souvent à la télé, des non dits dans la famille, cette parole qu’on se cache à nous-mêmes entre nous alors qu’on est de la même famille. Cela va chercher dans ce terrain là, Lydie Salvaire écrit de façon assez virulente.
Peux-tu parler des groupes qui sont vos amis sur Myspace ? Sleppers, j’aime beaucoup leur musique et ce sont des amis. Dupain, j’aime certaines choses. Les Young Gods, c’est le meilleur groupe du monde pour moi (rires) ! Et Doppler, c’est un groupe de Lyon qui est une grosse surprise, j’adore leur disque. J’ai croisé le batteur de Doppler à l’occasion d’un concert, il m’a dit qu’il jouait de la batterie sur le disque d’Interzone pendant ses pauses, pour se détendre ! On s’est échangé nos numéros de téléphone et il m’a fait écouter les parties de batterie qu’il a enregistrées pour le premier album d’Interzone, ça tire plus vers Led Zeppelin du coup, car il a un jeu à la John Bonham… C’est difficile de jouer avec un batteur, il faudrait que Khaled ait un oud électrique. Sinon, c’est ingérable, donc on oublie…
« En fin d’année 2007, Bertrand (Cantat ndr) doit sortir de taule, on a envie de se revoir, de refaire de la musique… Je veux me laisser le temps de retrouver mes potes et de faire de la musique avec eux, je ne sais pas où ça me mènera, j’ai du mal à me projeter plus que ça. »
Quels sont vos projets à court et moyen termes ?
Pour le moment c’est la tournée avec Interzone, après je vais passer à Zone Libre, qui est un autre projet très électrique. On jouera à la Coopé en mai je crois. C’est un trio instrumental complètement déstructuré, qui n’a rien à voir avec une structure de chanson, on s’en fout totalement de ce format. Il y a Marc Sens à la guitare, qui fait plus de la musique abstraite que des notes ou des mélodies, son jeu est très instinctif. Cyril Bilbeaud, c’est l’ancien batteur d’un groupe qui s’appelait Sloy dans les années 90. On a fait un album, Faites vibrer la chair quoi est sorti su T REc. On vient d’enregistrer le deuxième album, la musique seulement parce que ce sera un album de rap avec Amé un membre de La Rumeur et Casey, une artiste du nord de Paris. Ce sont des amis et ça fait longtemps qu’on avait envie de faire des choses ensemble, ça sortira dans un an et demi car tout le monde a des activités parallèles, il faut avoir le temps de se retrouver ensemble. Voilà pour Zone libre… Pour Interzone, on ne sait pas ce qu’on fera après la tournée… De toute manière en fin d’année 2007, Bertrand (Cantat ndr) doit sortir de taule, on a envie de se revoir, de refaire de la musique… Je veux me laisser le temps de retrouver mes potes et de faire de la musique avec eux, je ne sais pas où ça me mènera, j’ai du mal à me projeter plus que ça.
Khaled AlJaramani : J’ai un projet avec Tari Azkhbari, qui chante sur Deuxième jour ; nous pensons à commencer à travailler ensemble sur des musiques et des textes. Ce ne sera pas que des chansons, ce sera un dialogue entre nos musiques et les textes.
« Zone Libre, c’est tout sauf de la chanson parce qu’on n’aime pas ça. On n’a pas de limites, on n’en veut pas… On joue plus sur les langages de chacun, on essaie de voir comment ça peut s’entrechoquer. »
Tu peux parler un peu de Zone libre ? Comme ça sonne ? Un peu comme Marc Sens sur scène, très expérimental ?
Serge Teyssot-Gay : Oui, c’est dans cette lignée là, il n’y a pas de chant du tout, les seules voix qu’il y aura ce sera des potes qui viennent du rap comme je te disais à l’instant. Peut être le chanteur de The Ex, si on le croise (non, je déconne !). Zone Libre, c’est tout sauf de la chanson parce qu’on n’aime pas ça. On n’a pas de limites, on n’en veut pas… On joue plus sur les langages de chacun, on essaie de voir comment ça peut s’entrechoquer. On fait parfois des sortes de duels et après, Cyril, le batteur, choisit qui il va suivre. C’est pas mal sur l’impro, mais tout n’est pas improvisé, on a quand même aussi des compositions : sur scène, on va jouer le disque qu’on a enregistré.
Tu disais que tu n’aimais pas la chanson française… Est-ce que tu as lu le dernier livre de Luz J’aime pas la chanson française ?
Non, mais je vais l’acheter ! Parce que ça me concerne directement. Cela dit j’aime beaucoup, enfin j’adore, Loïc Lantoine ; ça c’est de la super chanson française, on va parler des gens qu’on aime ! »
Photos live 1 : Myspace, photos live 2, 3, 4 et 5 : Bertrand Lasseguette (La Cartonnerie, Reims, avril 2007), photos live 7 et 8 : Flore-Anne Roth (La Coopérative de Mai, février 2005)
Zone Libre - Gomm - 18 mai 2007 - Poste à Galène Grosse affiche ce soir, malgré un week-end prolongé et divers concerts tentants à Marseille, c'est du moins ici qu'il faut être pour qui aime le rock un peu déviant, créatif et déjanté à la française. Je ne connais pas encore le disque de Zone Libre mais ne suis pas particulièrement inquiet, le groupe contenant de vrais morceaux de ce qui a été, .../...
Grosse affiche ce soir, malgré un week-end prolongé et divers concerts tentants à Marseille, c'est du moins ici qu'il faut être pour qui aime le rock un peu déviant, créatif et déjanté à la française. Je ne connais pas encore le disque de Zone Libre mais ne suis pas particulièrement inquiet, le groupe contenant de vrais morceaux de ce qui a été, est et restera le plus grand groupe de rock français, des confidentiels mais fulgurants Sloy et même du trio que formait Yann Tiersen à la grande époque... ça ne peut certes pas être mauvais ! Et puis je dois avouer qu'en tant que guitariste du dimanche j'idolâtre juste un tout petit peu totalement l'auteur supposé du riff des Ecorchés...
Quant à Gomm, à part une malheureuse expérience tardive où je n'avais pas pu rester aux Eurockéennes - mais a-t'on idée aussi d'être programmé à 4 heures du matin, je vous le demande ...? - je suis juste à peu près totalement fanatique de leur musique... On est un peu plus de 70 personnes à l'intérieur, 800 000 marseillais parfaitement inconscients de ce qui se trame ici sont ailleurs, alors que ceci est potentiellement notre concert de l'année. Tant pis pour eux. Ce soir c'est décidé, on perdra 3 dixièmes à chaque oreille s'il le faut, mais pas une miette.
Zone Libre : Apocalypse Now...
Le trio a eu l'excellente idée d'une configuration scénique idéale pour l'échange et la communion : tous trois en demi-cercle, le batteur Cyril Bilbeaud au centre (de la scène comme du projet semble-t-il), le guitariste "classique" (ici) Serge Teyssot-Gay à gauche, et le plus expérimental (ici) Marc Sens à droite. On comprend assez vite qu'on ne va pas trop rigoler : accrochez-vous, c'est du lourd. Aucun titre de chanson dans ma chronique (sauf à la fin) puisque je ne connaissais pas - sans filet donc. Même pas peur !
Pas de titres - mais pour quelles chansons d'abord ?. Pas de micros pour les voix - mais pour quel chanteur d'abord ? Non, ce soir c'est Zone Libre comme son nom l'indique, pour les trois musiciens, habituellement de bons soldats loyaux et même souvent effacés dans des formations dont il ne sont pas les stars, et qui sont ici déchaînés, en roue libre, fabuleux, tous trois devant la scène, sans chercher à se piquer la vedette et se la piquant pourtant sans cesse, se passant le premier rôle en fonction des titres et de leurs phases. Il y a par contre avec eux de malheureuses guitares et une pauvre batterie qui vont vraisemblablement passer un sale quart d'heure.
Ca joue donc très fort et violent, d'entrée c'est l'apocalype maintenant, sur un mode qui semble parfois un peu improvisé, mais extrêmement construit - les musiciens se regardent et s'écoutent, chacun bâtissant une nappe de son sur ce que font les autres. Serge tricote des miaulements dans les aigus, fracasse du riff dans les graves, en dansant pied nus "autour de sa guitare" (difficile à décrire autrement, c'est l'impression que j'ai ressenti), tel une version diabolique de l'angélique Nosfell, en moins souple et en beaucoup plus méchant...
De l'autre côté, le filiforme Marc ne joue "que" bizarrement : très peu de riffs. Plutôt en petits pickings secs, ou bien en frappant sa guitare avec une baguette de batterie, (ce qui donne immanquablement un son à la Thurston Moore, sonique et chaotique tout à la fois, disons chaotiquement sonique). Soit encore en la caressant avec un archet, ce qui donne tout aussi sûrement des notes comme chantées par une voix humaine hurlante, on pense à Sigur Rôs, le genre de trucs qui vous filent la chair de poule.
Et enfin, en maître d'orchestren, les très élégant Cyril, en costume KraftWerk époque Man/Maschine (chemise rouge sang/pantalon noir tiré à quatre épingles - ouf, je viens enfin de trouver à qui il me faisait penser) fracasse sa batterie ou, au contraire, titille délicatement de petites cymbales qu'il est le seul à entendre. Le trio formant une alchimie assez étonnante ou, encore une fois, jamais l'un ne prend longtemps le pas sur l'autre, alors que les trois jouent très souvent à fond les ballons.
Ca vrombit même entre les morceaux, il y a toujours une fin de vibration de corde qui traîne ou un bruit blanc, un peu comme sur notre oeuvre solo fétiche de Serge (voir plus loin). Mais si Zone Libre, c'est d'abord d'énormes plages noisy ou post-rock (au sens le plus Mogwaïéen du terme), c'est aussi des passages franchement metal, fut-il expérimental (j'ai pensé à Isis notamment), même du trash metal avec soli miaulants et virtuoses sur fonds de riffs en plomb liquide formés de deux accords. Grand kiff quoi !
Et puis Zone Libre C'est parfois des trucs étranges et lents, avec des effets de sons et des vibrations qu'on devine extrêmement travaillées (il n'y a qu'à voir la batterie de pédales posées sur la scène). C'est parfois des bizarreries sonores furibardes et folles, qui font penser à du Mike Patton grand style, quand il jouait avec les barges bruitistes des Melvins par exemple. 50 minutes de ce concert passent en l'espace d'un souffle, celui que personne n'a eu le temps de reprendre. 50 minutes en apesanteur. une claque. Une classe.
Set-List de Zone Libre (d'après leur papier)
Six Bastos
Dernière Chose
Erection
Voyageur
Point de Vue
Actualité
Odeur
Seaux d'essence
Chair de naissance
Mort Technique
Gomm : Sauvage et Beau !
Ici aussi, excellente configuration scénique où la batterie sur un côté est également composée du chanteur, grand gaillard chevelu à la barbe drue (un petit côté Sammy de Scoubidou peut-être ?) tandis que le clavier de l'autre est composé de la chanteuse, petite chose blonde assez ravissante dans sa robe jaune. Entre les deux, deux guitaristes/bassistes. La même cravate noire pour tout le monde, la même chemise pour les trois garçons - ces gens-là ont compris que le rock était aussi une affaire de sobriété et d'élégance, mais pas que.
Car ce n'est pourtant pas pour faire les beaux qu'ils sont là. Ces gens dont le premier disque n'a pas quitté notre iPod pendant 2 ans ont en effet la fâcheuse habitude de faire un putain de rock que d'aucuns diraient expérimental, et que nous dirons juste jouissif à crever. Et ce n'est pas parce que le deuxième album sonne encore un peu plus expérimental que le premier que, par exemple, Words ne va pas être une tuerie sur scène - la petite Marie étant déjà déchaînée, elle entraîne tout le monde avec elle !
Le public des deux premiers rangs (je n'ai pas reculé davantage) est à fond ! Difficile de résister au duo orgue/guitare de Why cant' I relieve you, relayé par les choérgraphies cocasses de la chanteuses (qui n'a pas encore l'air d'une folle, ça ne va pas tarder), au rythme disco-noisy infernal de No disappointment où les deux voix crient à tour de rôle ou en même temps, juste avant que les guitaristes interviennent pour déclencher une véritable orgie sonique.
Celle-ci se poursuit d'ailleurs avec un titre sobrement appelé Blondie ("pour les fans de Black Sabbath et de Blondie", en effet ça sonne comme une reprise de Call Me de celle-ci, massacrée par ceux-là !). Le tout sur fond de lumières stroboscopiques, de néons malicieux et autre boule à facette qui donne une existence futile à la discothèque dont j'ai toujours rêvé sans jamais la trouver. Plus lourd, Into Perfection qui m'avait rendu fou dès ma première écoute il y a deux ans - ça n'a pas changé depuis, c'est évidemment pire chanté par une jolie fille hilare et surexcitée.
Plus introspective et angoissante, voici Rejoice (I can't give up my obsessions, I want to make it true !), plus funky ensuite voilà Don't take a chance qui prend toute sa dimension (en largeur comme en longueur - 7'50" !) sur scène, avec un pont interminable et lancinant à la fois ! Et pour enchaîner dans la douleur (consentante), Good Sides où l'on se retrouve à headbanger sur le ryhtme détraqué de la batterie et des riffs de guitare.
Gomm était en concert dans votre ville, rendez-vous compte ! Vous auriez pu entendre une version française de Sonic Youth avec le mélancolique et superbe titre Fiction, beau à en chialer. Vous auriez pu danser tel un Cloclo sous acide au son de I Feel Off (j'en ai assez / Get out !, quand la chanteuse, c'était à prévoir, pète les plombs et hurle avec un regard de folle furieuse !). Mais c'est trop tard, le groupe nous quitte déjà sur It's not Easy / To be your friends, deux chansons pour le prix d'une comme leur titre l'indique, avec leurs longs ponts étranges et bruitistes (où l'on sent l'attention des non-Gommophiles diminuer un peu...). Pour les autres, nous les fans, du plaisir à l'état pur !
Le groupe revient bien vite en rappel avec la formidable-ach-wunderbar "Mein Name ist Karl-Heinz Muckle", jouée en une version encore plus pète-sec que sur disque (à la réflexion, elle ouvrait l'album, c'est donc plutôt elle qui nous a rendu dingos dès la première écoute !). Et le tout se finit sur l'apocalypse funky de I Need, son orgue teigneux, ses vrombissements telluriques et ses riffs noisy, dans un final de fin du monde, toutes armes dehors. C'est donc aphone et sourd qu'on accueille avec ravissement, après 1 h 15 de tempête, la fin de ce set phénoménal, qui a tenu toutes les promesses à peine entr-aperçues la dernière fois !
La fin du concert sera l'occasion, vue la petite salle et les artistes pas bégueules, de bavarder un peu avec un guitariste et le sonorisateur de Gomm (ayant avoué ne pas bien connaître les titres de leurs chansons, les rascals m'ont accusé d'avoir téléchargé leurs disques ... bande d'ingrats !), fort sympathiques à part ça !
Et aussi, c'était inespéré et même pas prémédité, d'une conversation avec Serge T-G, où j'ai eu l'occasion de lui dire (ça a du le changer des gens qui lui parlent... d'un autre groupe dont je n'ai pas prononcé le nom, c'est fait exprès), de lui dire donc, tout le bien que LiveinMarseille pensait de On croit qu'on s'en est sorti, son extraordinaire album solo de slam-rock littéraire, adaptation des textes bouleversants de Georges Hyvernaud, que nous recommandons donc chaudement pour finir !
Set-List de Gomm
Words
Why Can't I relieve you
No disapppointment
Blondie
Into Perfection
Rejoice
Don't take a chance
Good Sides
Fiction
I Feel off
It's not so easy
To be Your Friend
---------
Karl-Heinz Muckle
Feed Me (pas jouée sous prétexte de corde de basse pétée)
---------
I Need
Photos Pirlouiiiit completement subjugué par Zone Libre
>> Réponse (le 21/05/2007 par The Possmitt) Merci au trois compéres de Zone libre, un moment inoubliable pour un concert hors-norme qui me fait dire que la scene .../...La suite
>> Réponse (le 22/05/2007 par grady tripp) Quel trio de folie qui nous a était donné de voir ce 18 mai au poste à Galène, Zone Libre a été grand.
Tout d’abord le .../...La suite
>> Réponse (le 22/05/2007 par Philippe) tiens, marrant, deux réactions pas très Gomm... enfin ça contrebalance bien le taré fan du groupe (que je suis). vive la .../...La suite
>> Réponse (le 24/05/2007 par Yoan-Loic FAURE) Je suis totalement d'accord sur l'ambiance sonore qui se dégage de Zone Libre. J'y suis allé totalement par hasard .../...La suite