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(mes) Eurockéennes anciennes - Quelques concerts marquants 1/3 (1994-1996) : /1994 : Helmet, Therapy?, Rage Against the Machine, Spin Doctors , ZZ Top / 1995 : Body Count, Senser, Jamiroquai, Supergrass, Alliance Ethnik, Edwyn Collins, Sheryl Crow, The Cure, Blur, Oasis, Terence Trent d Arby, Page & Plant, Renaud, Jeff Buckley / 1996 : Dog Eat Dog, Fun Lovin Criminals, Skunk Anansie, Foo Fighters

Presqu'Ile du Malsaucy, Evette Salbert   

Concert à ne pas manquer

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    Pourquoi une telle chronique en 2007 ou 2008 ?
    D'abord parce que c'est depuis toujours le plus beau et souvent le plus grand festival de rock français et qu'il mérite bien ça.
    Parce que par la force des choses, il n'y a pas de chronique correcte sur ce site des Eurockéennes de Belfort avant 2003, alors que des dizaines de concerts mythiques s'y sont évidemment déroulés avant, dont certains auxquels j'ai eu la chance d'assister.
    Parce que même le très exhaustif W-Fenec.org ne remonte que jusqu'en 1996 ...
    Parce que même s'il ne reste pas beaucoup de souvenirs d'un concert 5, 10 ou ... 13 ans après, son évocation peut très bien donner du plaisir ou un souvenir attendri à un lecteur qui, lui aussi, y aurait été à cette époque - ou un peu d'évasion à quelqu'un qui aurait voulu y être. Et enfin parce que j'en ai envie.

    A chacun d'y ajouter s'il le veut sa propre version des faits, surtout pour les années à peine effleurées (pour cause de jours de festival ratés), et même si possible de commenter les années 1989 à 1993 ?



    1994



    Petite apparition en cette première année pour nous, probablement une seule journée qui comportait tout ce que nous voulions voir, et en ayant a priori coupé au terrible camping du festival (voir plus bas) grâce à un hébergement chez des parents d'amis. Assez longue journée cependant pour se faire ramoner les oreilles par Helmet : une bande de types en t-shirts pastel et en shorts de jean, à l'aspect neutre voire légèrement nerd - rendant leur musique, un metal âpre et syncopé, d'autant plus violente et déconcertante - peu de groupes ont été aussi radicaux et minimalistes depuis même dans la musique de brutes.


    Beaucoup aimé aussi le nettement plus accessible power-trio Therapy ?, alors au faite de sa gloire : depuis ce jour-là il est devenu difficile à tout jamais de me convaincre qu'il fallait être plus que trois pour faire un excellent groupe de rock noisy... tant leur concert sous le chapiteau a été une véritable démonstration de force.


    Ce fut aussi l'année Rage Against the Machine, qui venait de sortir son seul et unique album mortel : Rage Against the Machine ! Leur concert fut (pour quelqu'un qui n'avait à son actif de concerts agités, qu'un de la Mano Negra et un des Guns & Roses), une putain de claque - un pogo violent, déjanté, débraillé (bien plus de gens étaient défoncés à l'époque), où je me souviens distinctement avoir reçu un coup de dock dans le front d'un type passé au dessus de moi (soit à au moins 187 cm du sol). Les enchaînements n'étaient pas au point mais nom de dieu, ils envoyaient la sauce, à la guitare vrillante de Tom Morello comme à la voix hargneuses de Zach La Rocha. Après avoir bondi comme des fous pendant une heure, on en est sortis aphones, couverts de contusions et les yeux exorbités - que du bonheur... Fuck you I won't do what you Tell Me Mothaaaaaaaaaa'Fuckaaaaaaaaaaaaaaa !!


    Pour se reposer un peu, les sympathiques Spin Doctors et leur chanteur barbu, hippie et acrobate (qui enchaînait roues et galipettes entre les chansons) - ils avaient sorti un chouette album avec deux ou trois tubes dont la redoutable et funky Two Princes, qu'on entend encore de temps à autre même s'ils sont depuis retournés à l'anonymat. Y'avait aussi Jimmy Olsen Blues et Little Miss can't be wrong, c'était frais et dansant, sous le chapiteau qu'on appelait alors la scène "B".


    Et en poids lourd de la soirée (scène "A" donc !), les ZZ Top, lourdingue duo de blues biker surtout connu pour leurs immenses barbes - seuls souvenirs précis, des créatures sexy évoluaient en ombres chinoises derrière les deux trolls, et ils faisaient de temps en temps leur célèbre tour complet de guitares en synchronisation. Pas passionnant quand même...
    Mais sur la globalité, cette première expérience des Eurock's a été une petite révélation - on a pas eu besoin de se forcer pour envisager d'y revenir, même si à l'époque on envisageait pas les trois jours, trop cher et (croyait-on) trop long !



    1995

    Cette année-là on fit la connaissance des Eurockéennes avec un grand E, les mythiques : sur 3 jours et en "dormant" au terrifiant camping de l'époque. Ah... le camping des Eurocks... Alors gratuit, sans preuve d'achat d'un billet et parfaitement anarchique, il poussait en champignon autour du grand parking - c'était un grand rendez-vous de ravers (on a décompté jusqu'à trois raves audibles depuis notre tente...) mais aussi de trafiquants et de travelers, débarquant en famille et par camions/tribus entiers - j'y ai vu un bébé en poussette avec un iroquois.

    La légende dit, mais je veux bien la croire, qu'à l'époque on dégageait le terrain après festival à coup de bulldozers... Bref des commerçants plus ou moins aimables de substances plus ou moins toxiques - nous confessons en avoir essayé certaines dans nos jeunes années, l'occasion ayant fait les larrons ! 3 jours au camping dans sa version de l'époque donnaient donc, l'un dans l'autre, un aperçu de ce qu'a pu être Woodstock ou de ce qu'est encore Glastonbury : un incommensurable bordel en dehors de tout contrôle, rigolo et épuisant à la fois.


    Quoi qu'il en soit cette année-là, toujours fans de musique de brute, on s'est précipités au concert de Body Count. Groupe qui reste à ce jour la plus réussie (et la plus terrifiante) expérience de fusion rap-metal - aux commande du combo de tueurs, Ice-T lui-même. Derrière lui guitare et batteries metal, actionnées par des types semblant tout droit sortis et d'un gang et d'une salle de muscu tout à la fois (l'un d'eux portait d'ailleurs le masque de tueur de Vendredi 13). Pendant ce concert, vous me croirez si vous le voulez, j'ai vu l'ensemble, je dis bien l'ensemble du chapiteau, pogoter et se fritter, devant un concert d'une puissance assez extraordinaire - peu de groupes de metal arrivent, même aujourd'hui, à déployer une telle force de frappe.


    Autre tuerie du genre, les anglais survoltés de Senser, dans une fusion (un peu) moins metal mais plus orientée vers les raves, et qui dégoupillaient des grenades : Age of Panic était le plus tuant des singles de leur album Stacked Up ; leur concert fut également d'une puissance faramineuse. Je n'attendais par contre pas grand chose du concert de Jamiroquai, dont les premiers albums amusaient alors les oreilles et les ondes - en fait le petit bonhomme avait un extinction de voix, le concert était donc quasiment instrumental, pas déplaisant toutefois. Aperçu aussi Supergrass dont je n'ai que très peu de souvenirs - déjà banal à l'époque peut-être ?


    Ici, et ne serait-ce que pour ça cette chronique a une utilité, je dois rétablir une vérité certes un peu honteuse qui a été carrément EFFACEE de l'historique officiel : Il y a eu un concert d'Alliance Ethnik ! Je m'en souviens parce que, substance psychotrope aidant, j'y ai pris le fou-rire de ma vie (plus de deux heures) - et du coup j'ai bien aimé l'improbable groupe funky. Sympathique concert également que celui d'Edwyn collins, l'homme à un seul tube (A Girl like you) qui semble avoir fait un petit come-back en 2007. Aperçue aussi, la belle Sheryl Crow (et sa country un peu banale), surtout connue depuis pour être devenue la femme d'un très grand junkie devant l'éternel.


    Grosse déception par contre : le concert très statique de The Cure (dont je ne connaissais pas les bons albums à l'époque, je l'avoue), même si croiser des dizaines de Robert Smith sur le site était assez drôle. Pas aimé non plus les deux groupes (eh oui, vus le même jour) qui s'apprêtaient alors à ouvrir une guerre fratricide : Blur (trop pop à mon goût) et Oasis (grosse soupe infâme et inaudible) - je me suis depuis réconcilié avec Damon Albarn et ses nombreux projets solo, jamais avec Oasis ! Jolie surprise : le concert très enthousiasmant, sur la grande scène, de Terence Trent d'Arby : super danseur, chanteur et guitariste, compositions funky en diable et tubes à la chaîne : sympa comme tout et pas fier. Prince en version humaine, la classe, je me souviens qu'on avait tous aimé à notre grande surprise !


    Souvenir très agréable aussi du concert symphonique donné par deux légendes : Robert Plant et Jimmy Page, alliés pour faire parler la poudre et qui, si je me souviens bien, n'ont pas résisté à nous donner deux ou trois titres de Led Zep' en bonus, notamment Whole Lotta Love et son solo de guitare, l'un des plus cool que je connaisse. Très bon souvenir aussi du concert de Renaud sur la grande scène. Pensez-donc, l'idole de mes dix ans, en chair et en os, se foutant ouvertement des sponsors (très craignos) de l'époque : M6 et Fun Radio ! Entraînant 20 000 personnes à chanter, nous filant une chair de poule de tous les diables avec Mistral Gagnant, Société tu m'auras pas ou Hexagone, faisant valser la foule sur Germaine et pogoter sur Dès que le vent soufflera (à l'époque il restait en lui du gavroche et l'on avait pas encore inventé le terme bobo)!


    Enfin, 1995 reste l'année du plus gros coup de flair de ma vie : passés en coup de vent en allant ailleurs, j'ai vu un jeune homme aux cheveux longs, très beau gosse, qui commençait son concert - j'ai décidé d'y rester quelques minutes tandis que les autres, il me semble, ont continué leur route. J'ai découvert par hasard un guitariste extraordinairement subtil, doté en outre d'une voix d'oiseau et auteur de chansons sublimes (qui m'ont accompagné pendant les dix années suivantes). Je me souviens que sa musique stratosphérique me filait déjà la chair de poule, au point d'en avoir dessaoûlé ! Ce jeune homme, après avoir enregistré l'année précédente l'un des dix plus beaux albums en langue anglaise de tous les temps, venait de donner l'un de ses trois seuls concerts français, puisqu'il s'est tué accidentellement moins de deux ans plus tard. Il s'appelait Jeff Buckley.



    1996



    Petite année puisque je suis rentré à cette époque (comme la plupart de mes amis) dans cette période "formidable" où, pour valider une année d'études supérieures, on acceptait de travailler gratuitement tout l'été sous forme de "stage". Bloqué en plus au boulot, et ratant 1 à 2 jours d'Eurockéennes pendant plusieurs années d'affilée ! En tout cas cette année-là j'ai croisé en arrivant sur site dimanche après-midi une fille à l'air épuisé qui le quittait et m'a vendu, toute contente, le reste de son pass 3 jours pour ... 10 francs !

    Parce que dans l'esprit des festivaliers de cette année-là, un élément en particulier a en effet marqué les esprits : la météo, dégueulasse entre toutes (et Dieu sait qu'il y a eu des météos merdique à la Presqu'Ile du Malsaucy). En 1996 il n'a plus qu'une fois - du vendredi au dimanche - ce fut donc également l'année de la boue, avec glissades volontaires ou subies depuis la colline de la grande scène. Très amusé puisque n'y ayant passé qu'une journée, j'en ai même ramené, que j'ai toujours dans un bocal, étiqueté "Boues Eurocks '96", collector ultime !


    Bref musicalement en ce dimanche de flotte et de merde, je crois avoir vu les Dog eat Dog, fusion encore avec des saxophones (genre Beastie Boys), plutôt entraînante, retombés dans l'oubli depuis mais dont j'étais plutôt fan. No Fronts, et Who's the king, tubes interplanétaires, c'était eux ! Vus aussi les Fun Lovin Criminals, groupe d'infâmes poseurs qui ont eu leur heure de gloire avec leur Scooby Snacks.


    Sur la grande scène par contre, un des derniers groupes de pop-rock U.S. à avoir recueilli tous les suffrages (au moins sur un phénoménal premier album, Paranoid & Sunburnt) : Skunk Anansie, mené par une tigresse noire, boule à zéro et yeux de chats, capable de se transformer en kamikaze d'une seconde à l'autre... La très troublante Skin, également warrior de la cause lesbienne (à notre grand désespoir), n'a par exemple pas tremblé au moment de se jeter, toutes dents blanches en avant et depuis la grande scène, dans une foule de K-ways trempés et pogoteurs - quand même couillu pour une fille !
    Et puis le groupe avait fait quelques tubes fusion convaincants, sur la base de riffs en fer forgé comme ceux de I can Dream ou Selling Jesus, développant un son proche de celui de Rage against The Machine - avant d'utiliser sa voix caressante et douce pour des slows de bonne tenue (Charity ou 100 ways to be a good girl). Excellent souvenir de ce très humide concert donc (on l'a revue depuis à Rock en Seine, et si sa musique n'a pas super bien veilli, elle n'a pas changé) !


    Et enfin, tout en s'étant débrouillé pour rater, excusez du peu... David Bowie (qui jouait en dernier alors que, comme on l'a vu, on bossait tous le lundi matin... je n'ai toujours pas pu combler cette terrible lacune depuis), on a aussi vu en 1996 pour la première fois les Foo Fighters, et ça c'était quelque chose ! Déjà de voir, deux ans après la fin abrupte de Nirvana, le tiers de la formation légendaire avec Dave Grohl, emmenant au front de nouvelles troupes dans un groupe très puissant, d'abord assez inspiré grunge. Petite consolation pour l'immense déception d'avoir raté un rendez-vous historique avec Nirvana, alors notre meilleur trio rock de tous les temps (ce qui n'a pas réellement changé depuis d'ailleurs).

    Lui aussi avait pas mal joué avec son public de chiens mouillés, payant de sa personne en arpentant l'avant de la scène trempé et battu par des trombes d'eau (ce qui reste assez courageux quand on joue d'une guitare électrique branchée sur 220 volts). Concert très cool là-aussi car leur premier album, avec un pistolet laser en couverture, avait une fraîcheur un peu perdue depuis (revus également à Rock en Seine en 2005, et devenus plus bruyants qu'autre chose).

    Bref, on est rentrés tard en voiture de cette très salissante édition : outre l'intégralité de la voiture de ma soeur à récupérer, je me souviens avoir aussi retrouvé de cette jolie boue rouge brique... jusque dans mes oreilles. Les Eurockéennes, c'est aussi une expérience de communion physique avec la Nature !



    La deuxième partie par ici (1997-1999) !
    Affiches : www.cg90.fr / Photo : www.eurockeennes.fr

    Vignette philippe
    Signature : philippe
    le 21/09/2007
    Fleche concert Envoyer un message à philippe
>> Réponse (le 20/11/2007 par Céline)
Presqu'Ile du Malsaucy, Evette Salbert - 1995
je relève aussi la puissance de Ice T de Body Count qui est arrivé sur scène tel un rouleau compresseur et n'a pas relâché la pression de tout le concert : j'ai due être protégée par mes deux amis masculins. Un de mes plus beaux souvenirs des Eurockéennes.

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