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Samedi 29 août 2015 : 10405 concerts, 23507 critiques de concert, 5051 critiques de CD.

Vos critiques d'albums


 

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Artiste : Slaves  Titre : Are You Satisfied ?
Style : Pop - Rock
Slaves - Are You Satisfied ?"I overreacted !" Pour paraphraser la glorieuse punchline de Bill à son ex-fiancée Beatrix Kiddo dans Kill Bill (justifiant le fait qu'il ait assassiné tous ses proches, son fiancé et même son bébé, dans l'église et pendant son mariage), c'est la même réflexion que l'on s'est faite après le concert des Slaves vu cet été aux Eurockéennes : j'ai surréagi ! J'ai cru adorer ce concert mais après tout, ce n'était que des petits punks marrants avec un accent cockney, dont un seul vraiment charismatique, avec quelques chansons super efficaces et punchy, mais à la portée de n'importe qui maîtrisant l'art de faire des chansons simples en aboyant sur des accords barrés et une batterie en mode poum-tchack. Un art dont les lettres de noblesse ont été écrites par des gens aujourd'hui disparus depuis longtemps : Ramones, Nirvana, etc, etc. Bien sur, j'ai quand même acheté cet horrible album (horrible au sens visuel du terme) et l'ai néanmoins écouté une bonne partie de l'été, toujours convaincu de me livrer là à un simple plaisir régressif et un peu coupable, et tentant de limiter les doses...
Et là, pan, la tuile et la rechute : Are You Satisfied ? de Slaves est bombardé "Album du mois" dans le Rock'n'Folk de septembre ! On peut penser ce qu'on veut de ce journal, mais le fait est qu'ils ne déclarent un disque "Album du mois" qu'après des discussions enflammées, et entre gens dans l'ensemble de bon goût ou au moins, de bonne culture rock ! Pire, le journaliste qui s'enflamme pour eux ne semble même pas encore les avoir vus en concert, puisqu'il invente un batteur entièrement tatoué alors que de tatouages, Isaac Holman n'en a presque aucun sur son petit corps musclé... Y aurait-il alors ici quelque chose de plus qu'un honnête album de "punqueroque", comme on dit à Marseille (où les groupes de ce genre ne manquent pas) ?
Force est de constater qu'à l'oreille, on ne remarque d'abord pas ce petit détail intéressant : que les lads de Slaves sont que ... DEUX : celui déjà cité (et qui cogne sa batterie simplifiée exclusivement debout), et son complice tour à tour guitariste ou bassiste, Laurie Vincent. Mais tous deux sont ultra-doués pour composer et jouer des tubes instantanés, façon The Hives (et donc sous influence Pistols and co, bien sûr), qui vous accompagneront partout et dans chaque situation ! Le tout avec un message rafraichissant de refus des compromissions et d'appel à l'agitation sociale, mais d'abord en mode ludique et jamais lourdingue. Dans le genre, les gens du haut, gardez votre merde ("'You keep it, we don't want it !" - The Hunter) et arrêtez de nous raconter des conneries ("This is a Lie !" - Despair and Traffic). Les gens du bas, bougez-vous un peu ("No one's gonna help you, you've gotta do it for yourself !" - Do Something) et d'abord arrêtez de faire la gueule ("You're dead, already !" - Cheer Up London, un tube aussi simple que jouissif pour accompagner vos virées en métro...)
Parallèlement au message auto-ironique de ce duo (s'appeler Slaves pour exhorter chacun à ne pas en devenir un justement, d'esclave), l'album livre en plus quelques chansons rigolotes sur les difficultés de la vie quand on est un petit punk à plus ou moins belle gueule : devoir, rarement mais quand même, se lever tôt (Wow ! Seven AM), être victime de harcèlement sexuel (She Wants me now), tout en restant méprisé par les plus jolies filles (Ninety-Nine et surtout la mortelle Sockets). Et toujours, avec des riffs et une rythmique tuante et - toute résistance est inutile - definitely irresistible ! Alors les kids et leurs parents, ne cherchez plus, la bande-son de votre rentrée des classes est là ! Quittons-les donc (provisoirement et en espérant les revoir bientôt en scène) sur une bonne définition qu'ils donnent involontairement d'eux-même à la fin de l'explosive Hey !, ces deux petits salopiots : "Hey, watch out for those kids, they'll tear you apart !"
(2015)

Vignette PhilippeSignature : Philippe
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Artiste : Cold Cold Blood  Titre : From Mud To Blood
Style : Pop - Rock
Cold Cold Blood - From Mud To BloodBasé à Limoges, France, le groupe Cold Cold Blood est le projet country folk rock americana d'un songwriter bien de chez nous mais fasciné par une Amérique (joliment) fantasmée, Fabien Bréart, aperçu à la basse dans l'excellent combo garage n’ soul Lost Communists (on se souvient d'un concert de feu aux Découvertes du Printemps de Bourges en 2006) et plus récemment en version one man band blues rock 'n roll sous le nom assez parlant de... I Am A Band. Officiant désormais au micro et à la guitare, le leader du trio précité est accompagné comme il faut dans ses pérégrinations aux fortes effluves de poussière, de sang froid et de boue provenant des rives du Mississippi par Alfred Dixon, à la batterie, et Aurélien Terrade, à la basse. L'album From Mud to Blood est le genre de disque qui te happe dès le premier morceau pour ne plus te lâcher pendant sa durée totale. La « Weird Americana », le groupe définit lui-même sa musique ainsi, coule à flot le long des sillons des neufs morceaux gravé ici : compositions agitées de soubresauts de distorsion, voix hantée de prédicateur un peu chtarbé à la Nick Cave, folk songs intranquilles, country rock musclé à la Neil Young And Crazy Horse, envoûtante et précieuse ballade évoquant Vic Chesnutt (« The Spell »), plus une reprise gravement sombre du « One Way Street » du cultissime Mark Lanegan. Toute la palette des émotions fortes que doit ressentir un cowboy quand il traverse le sud - ou l'ouest - américain est abordée. Et ce avec classe, sens de l’arrangement authentique (ça sonne sale et vrai, pas du tout aseptisé et formaté) et une habileté visiblement naturelle pour composer des plages qui ne donnent pas envie de dormir, au contraire : ce serait plutôt idéal pour réveiller un mort... Le premier disque signé Cold Cold Blood est de ceux qui retiennent l'attention car il est traversé par une lutte incessante entre des pulsions de mort violente très romantiques et un incontrôlable souffle de vie sur la route.

Liens : www.coldcoldblood.bandcamp.com, www.facebook.com/coldcoldblood, ilovelimogesrecords.com...


2015 (Beast Records / I Love Limoges Records)

Vignette pierre andrieuSignature : pierre andrieu
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Artiste : Robert Pollard  Titre : Faulty Superheroes
Style : Pop - Rock / IndieRock
Robert Pollard - Faulty SuperheroesLa carrière des précieux Guided By Voices - GBV pour les intimes... -, on dirait que c'est vraiment fini cette fois, snif snif snif... Mais halte aux pleurnicheries de vieux (indie) rocker nostalgique des années 90, le « frontman » du génial et ultra prolifique combo américain, le fringuant Robert Pollard, qui peut se targuer d'avoir écrit - selon Wikipedia - mille cinq cent chansons (oui, 1500, soit quelques unes de plus quand même qu'Elvis ou Johnny Hallyday, qui en ont respectivement composé deux et... une), n'est pas pour autant à la retraite, loin de là. Celui qui a toujours un projet parallèle ou solo sur le feu, déboule en effet avec un nouveau disque enregistré sous son propre nom, Faulty Superheroes. Un collection de pépites indé qui tient parfaitement la route - normal le mec a la classe intersidérale - où il décline avec maestria toutes sortes de pop songs énergiques, sensibles et marquées au fer rouge par son amour immodéré (il a raison !) pour les Who et les Kinks. Pollard a toujours cette voix marquante, qui peut faire penser à celle de Michael Stipe du groupe R.E.M., quand il interprète avec une nonchalance certaine les dernières petites perles qu'il vient de récolter dans son jardin personnel. Comme toujours, et malgré le talent du monsieur, il y a très peu de chance qu'une des dernières nées de Mister Pollard fasse un carton en radio ou autre part. Mais pour les fans du songwriter basé à Dayton, Ohio (la même ville que celle de la divine Kim Deal des Pixies et des Breeders, avec laquelle il a joué, et donc formé le couple rock 'n roll parfait !), et les amateurs de rock indépendant en général, il y a là matière à s'extasier sur le songwriting inspiré et oblique, le son à la fois brut et riche et les mélodies limpides, qui semblent comme tombées du ciel... Pas la peine d'en écrire des lignes et des lignes : à l'image du titre placé en ouverture, « What A Man », qui donne le ton de l'ensemble de l'affaire, l'album Faulty Superheroes comporte un conséquent lot de mini tubes indie rock, et il serait franchement idiot de passer à côté !



Liens : www.robertpollard.net, www.facebook.com/pages/Robert-Pollard, twitter.com/gbvtweets...

2015 (Fire Records)

Vignette pierre andrieuSignature : pierre andrieu
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Artiste : Bonnie Prince Billy  Titre : Singer's Grave A Sea Of Tongues
Style : Pop - Rock
Bonnie Prince Billy - SingerPas exactement féru de communication (internet, les réseaux sociaux, tout ça, c'est pas son truc... ), souvent difficile à suivre (il peut choisir, comme ici sur Singer's Grave A Sea Of Tongues, de sortir un album majoritairement composé de reprises de... lui-même), mais quasiment toujours passionnant, le très original Bonnie "Prince" Billy fait son retour en 2014 avec un bon album d'obédience country folk rock. Allergiques au banjo, au violon et aux chœurs féminins enflammés, passez votre chemin ! Quoique. Le mec autrefois connu sous les noms de scène de Palace Brothers et Will Oldham est tellement doué pour écrire des morceaux qui tuent leurs mères et pour les chanter comme si sa vie en dépendait - ça a réellement l'air d'être le cas, d'ailleurs ! -, qu'il serait capable de convertir à peu près n'importe qui aux charmes de sa musique... Pour illustrer ce propos, le dénommé Will a choisi de proposer en 2014 des relectures brillantes de titres issus de son opus paru en 2011, Wolfroy Goes to Town, ainsi que des faces B datant de cette période. Les plages joliment réinterprétées et profondément modifiées sont assez méconnaissables, sans oublier de faire autant d'effet que si elles étaient inédites. Et à propos de compositions inédites signées par le redoutable Mister Oldham, il y en a aussi ici (vous suivez ?). On pense à ce totalement bouleversant « New Black Rich (Tusks) », qui ressemble à s'y méprendre à une cover de son cultissime « I See A Darkness », adoubé en son temps par une figure tutélaire de la country music, Johnny Cash. Soyons clairs, Bonnie "Prince" Billy peut faire à peu près ce qu'il veut, il produit des perles rares avec une confondante régularité... Singer's Grave A Sea Of Tongues en est un énième exemple assez parlant.



Liens : www.bonnieprincebilly.com, http://dominorecordco.com...

Septembre 2014 (Domino)

Vignette pierre andrieuSignature : pierre andrieu
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Artiste : Jeanne Added  Titre : Be Sensational
Style : Pop - Rock
Jeanne Added - Be SensationalA l'image de sa coiffure, l'album de Jeanne Added donne aux premières écoutes l'impression de partir un peu dans tous les sens. Mais en y regardant de plus près et sur d'autres images, l'édifice capillaire, faussement échevelé, est au contraire très étudié. Ambitieux dans sa conception, éclectique dans ses développements frontaux et latéraux, mais allant toujours de l'avant sans concession, et avec une belle détermination... Le hasard n'a rien à voir avec ça ! Anthem placé en tête, A War is coming est à la fois groovy et mid-tempo, martial et punk. Belle ouverture : il n'y a plus qu'à se laisser entraîner dans It, qui sonne comme une comptine cold-wave : comme une déclamation enfantine sur beat minimaliste et hyper-synthétique, formant un attelage assez irrésistible. Ah oui ! C'est donc un album électro chanté, s'amusant à brouiller un peu les codes ?
Nenni ! Look at Them, plainte habitée par une belle voix, n'a plus rien à voir, et voilà la table renversée par ce slow ravageur ! Jeanne Added n'est pas qu'une punkette arty, elle est manifestement aussi une amoureuse blessée. Et va le dire sur tous les tons à l'être aimé(e) : Miss it All, façon Santigold, conte encore un amour contrarié, mais élégamment ré-electrifié. La chanson-titre Be Sensational poursuit ce dialogue amoureux, dans un romantisme échevelé et donc, extrêmement touchant pour peu qu'on ait tendance à la fleur bleue. Ah oui ! C'est donc l'album d'un coeur d'artichaut, dissimulé sous un look d'amazone ?
Nenni ! Voici l'étrange Lydia, électro au couplet, balade au couplet, où la chanteuse confirme en passant une préférence pourle beau sexe, tout en rappelant sur la forme assez punchy que dans un couple de filles, elle serait plutôt la guerrière, la fille au cheveux bleus dont le regard laser foudroie la pauvre Adèle, si vous voyez... "You're killing me, Lydia, you're peeling off my skin !"...Et la fin de la chanson fascine aussi bien que ces yeux revolver bleu azur : à n'en pas douter, une tuerie sur scène ! Tout comme l'écervelée Back to Summer, pur titre de dancefloor, qu'on soupçonne aussi d'être redoutablement efficace. Ah oui ! c'est donc finalement l'album d'une fille, pour faire danser d'autres filles tout l'été ?
Nenni ! Tout est encore refoutu cul-par-dessus-tête avec l'intrigante Night Shame Pride, quelque chose comme un gospel joué au Korg, et l'étrange et éthérée Ready, pas dansante du tout du tout, qui peut éventuellement rappeler ... Björk ? Les nuages s'amoncellent pour le finale, la très sombre Suddenly, heureusement percés à la fin par un poignant rayon de soleil. Qui vient conclure cet hétéroclite défilé de chansons, certaines aimables au premier abord, d'autres plus retorses et plus exigeantes, pourtant retenues ensemble par un fil conducteur ténu, mais solide comme du nylon : celui d'un talent original et durablement fascinant. Finalement c'est encore la splendide chanson titre, Be Sensational, qui semble le mieux déclarer les intentions de l'artiste : être larguée par son amoureuse oui, être cocue, passe encore, en faire un album entier à la rigueur, mais que ce soit avec une classe et un style que personne ne pourra oublier ! Il ne tient qu'à vous de vous y attacher : la chanson se termine tout simplement par l'injonction "Catch me" ! Vivement une rencontre sur scène, un filet à la main pour attraper ce bien joli papillon de nuit...
(2015)

Vignette PhilippeSignature : Philippe
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Artiste : Daniel Darc  Titre : Crève Coeur (super Deluxe Edition)
Style : Pop - Rock
Daniel Darc - Crève Coeur (super Deluxe Edition)Ah, le salaud. Ça lui a pas suffi de mourir, de venir grossir la liste et presque de la compléter, et de nous laisser seuls avec les médiocres : Voilà qu'il nous en remet une couche, de regrets qui vont droit au coeur. Avouons qu'on avait vraiment découvert l'existence de Daniel Darc qu'avec ce Crève Coeur de 2004, intemporel, stupéfiant, mélancolique et joyeux à la fois. Reparcourir un album qui nous a parlé aussi intimement est déjà presque une épreuve en soi. La Pluie qui tombe, Rouge Rose, Je me souviens je me rappelle, Un peu c'est tout, Jamais Jamais, Psaume 23 étaient déjà assez bouleversantes dans la bouche d'un survivant, alors dans celle d'un disparu... Autant dire qu'on s'est déjà essuyé plusieurs larmes au coin des yeux quand on atteint enfin les 16 chansons bonus, la première étant Désolé. Et là, c'est un autre choc qui nous attend...
Tant la chanson sonne hallucinément juste, en tant que dialogue post-mortem entre un chanteur récemment disparu et un auditeur (ou plutôt une auditrice) qui le vénérait. "Quelques larmes coulent de tes yeux, et je sais que malheureux n'est pas un mot pour nous deux, que nous méritons bien mieux...Qui de la nuit ou de toi reste désenchantée ? Qui de la nuit ou de moi est le plus désolé ?" etc. Le genre de chansons qu'on arrête au milieu, la première fois, pour reprendre son souffle... Une Parenthèse enchantée enfonce encore le clou, avec son propos de testament et d'appel au secours tout à la fois... "Approchez, approchez-vous encore, sans vous je suis mort". Pas étonnant que le co-créateur de cet album, Frédéric Lo, n'ait pas eu la force de réécouter ce texte pendant deux ans. Car il est plus poignant encore que les Enfants de son dernier album, déjà posthume, le grand Chapelle Sixteen...
Bien évidemment, la signification d'une chanson est toujours modifiée par la disparition de son auteur. Surtout quand elle parle de départ, de disparition, de mort - comme c'est le cas de la plupart des grands textes de Daniel Darc. Ça nous avait déjà fait un peu la même chose avec Mano Solo, autre grand angoissé qui nous avertissait à chaque coin de chanson de sa mort prochaine, finissant presque par provoquer de l'agacement, jusqu'au jour où l'on a réalisé que... ce n'était pas que des paroles en l'air. "Crever, c'est comme baiser, c'est pas parce qu'on en a envie qu'il faut le faire tout de suite", qu'il disait le père Rozoum, et on l'avait cru... Encore heureux qu'on ait écrit ici tant de fois combien il nous touchait - on ne saura jamais s'il a lu un jour une de ces lignes, mais rien ne prouve le contraire non plus, pas vrai ?
Quoi qu'il en soit, la suite de cette "Super Deluxe Edition" (mais quel nom à la con !) n'est pas en reste : il n'y a pratiquement pas de déchets, tant les deux auteurs du disque ont eu en 2004 un vrai problème de riches : trop, beaucoup trop de bonnes chansons ! Et donc d'abord la nécessité d'en écarter certaines sans raisons particulières, quand tant de gens s'en seraient contenté (Jamais Seul, Serait-ce le futur ? ). Ensuite, celle de repousser en vrac : un titre jugé trop rock'n'roll (J'aime l'amour (par habitude)), une comptine jugée trop intime (Nathanaël), un très touchant duo avec Berry (La chanson d'Hélène), juste parce que ces titres ne cadraient pas exactement avec l'ambiance très étudiée de Crève Coeur...
Ne pas garder non plus, par principe (et même si elles sont très réussies) des reprises d'Etienne Daho ou de Nino Ferrer, ou des belles chansons écrites pour d'autres (Comme nous deux coeurs, ou Ne M'en veux pas) [D'ailleurs même Désolé a été écrite pour Johnny Hallyday, car à l'instar des plus grands (Miossec, Bashung), Darc n'a jamais méprisé l'idole des jeunes, bien au contraire !] Ni bien sûr, des démos qui, s'agissant de chefs d'oeuvre futurs, sont très émouvantes à découvrir : l'épure de Si tu vas là-bas et surtout Je me souviens, je me rappelle, plus longue et plus anxiogène que sa version finale.
Ou encore, des textes quasiment parlés, technique surtout apparue sur les albums suivants : Une Angoisse perpétuelle, monologue à l'humour grinçant et un peu flippant sur notes distordues, Hank Williams, énumération d'une petite liste de ses idoles (non exhaustive, à en croire ses nombreuses citations sur d'autres albums et en concert), non dénuée d'humour ("Morrison... Van, pas l'autre !") et finie en se marrant. Et conclure sa discographie sur un éclat de rire, quoi de plus approprié pour un chanteur qu'on entendait régulièrement déconner en studio entre deux chansons ? En attendant, s'agissant de l'habituellement recroquevillé Daniel Darc, une citation nous est venue à l'esprit à l'écoute de ce dernier disque, celle d'Henri III devant le corps du Duc de Guise : "Il est plus grand mort, que vivant !". Hélas...

(2015)

Signature : Philippe
Artiste : Misa  Titre : Malentendu
Style : Pop - Rock
Misa - Malentendu Quand j'ai vu la toute fin de leur passage à l'Arthémuse il y a (déjà!) un an pour la sortie de ce Malentendu, je m'étais dit qu'il faudrait que je retourne bien vite les voir. Je n'y suis toujours pas parvenu, par contre le disque lui a trouvé le chemin de mon lecteur. La première écoute a confirmé la très bonne impression que j'avais eu du morceau vu en live et du très chouette clip de Sitting Bull visionné un bon paquet de fois. J'ai retrouvé ce côté Magyd Cherfi dans la voix et le style des morceaux ; en gros un petit côté Zebda mais avec des textes plus intimes. Des histoires de coeur pour la plupart (il y a d'ailleurs beaucoup de titres qui sont des prénoms féminins), mais aussi des textes plus « militants » comme ce Prendre l'air ou cet étonnant Arlette (où il est question de A. Laguiller). Si sur disque ils sont un peu moins nombreux que cette fois sur scène, avec autour de Misa (Misaina Rabari) au chant et guitare, son frère Sitraka au violon, Moon (Mounir Bouzahzah) à la basse, Filifavorpili (Philippe Poveda) à la batterie et JC (Jean Christophe Herrmann) aux percussions il n'en font pas moins des merveilles. Reggae, chanson, flamenco, valse, guinguette… tout les moyens sont bons pour nous donner envie de danser. Le violon très présent fait des merveilles et lorsque la voix de Misa se met à chevrotter j'ai pensé à Louise Attaque. De l'écoute de ces 10 titres il se dégage un tel entrain et une telle bonne humeur que c'est ce que j'en retiendrai, plutôt que les quelques bouts de textes sur lesquels j'avais tiqué à la première écoute (comme cet étonnant « arlette revendique comme d'autres niquent » ou l'un peu facile « tu seras mon foureau je serai ton épée »). En tout cas j'espère que je ne les raterai pas la prochaine fois sur scène.

2014 (Misa - facebook)



Vignette pirlouiiiitSignature : pirlouiiiit
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Artiste : Ez3kiel [ezekiel]  Titre : Lux
Style : Pop - Rock
Ez3kiel [ezekiel] - LuxRetour régulier du collectif mutant Ez3kiel, parti de trois personnes, passé à environ 25 (en version "Extended", pour une belle série de concerts symphoniques) puis redescendu à des proportions plus raisonnables... Mais en changeant au moins 2 membres d'origine, y compris le fascinant bassiste et orchestrateur Yann Nguema, reconverti dans la partie vidéo d'après nos informations. Avec le temps, l'histoire du groupe commence donc à ressembler à celle d'autres belles auberges espagnoles au long cours comme Hawkwind, avec qui Ez3kiel partage au moins le sens de la démesure... et une certaine propension à faire de la musique perchée très haut (voir ici l'assez space Oeil du Cyclone).
Lors de notre dernière chronique d'un disque de Mogwaï (Les Revenants), on a écrit que certains passages ressemblaient à du Ez3kiel ? On pourrait dire la même chose dans l'autre sens de la très belle Zero Gravity (mal nommée car hyper tellurique, au contraire...). De même pour le joli diptyque Born/Dead in Valhalla qui développe de beaux horizons post-rock, nous propulsant par delà les montagnes et les nuages du grand Nord, chevauchant dans les airs aux côtés des mythiques Valkyries, ces fières guerrières cuirassées aux seins lourds et à la cuisse ferme... Finalement il n'est pas exclu que les deux groupes dialoguent subtilement à distance ? On ose à peine imaginer ce que donnerait leur rencontre sur scène : on en sortirait probablement exorbités et la gueule béante, saignant des oreilles et du coeur....
D'autres influences moins fructueuses se font toutefois sentir au fil d'un album parfois un peu fourre-tout : si Eclipse lorgne fortement (mais joliment !) du côté de Portishead, Anonymous semble presque plagier Massive Attack, élégamment certes, mais sans parvenir à y insuffler une touche vraiment personnelle. On y préfèrera donc l'éponyme Lux, plombée et sautillante à la fois, mêlants les beats analogiques et organiques, les infra-basses, montées électroïdes et explosions jouissives, dans la lignée la plus adamantine du splendide Battlefield. A noter que les petites respirations naphtalinesques comme Never Over permettent heureusement de reprendre son souffle entre les masterpieces, tout comme Stereochrome nous ramènera sans dommages au plancher des vaches, finissant tout de même l'atterrissage en cavalcade échevelée...
Ez3kiel continue donc son aventure de vingt ans, plus forcément à l'avant-garde de son époque B4rb4ry, quand la première écoute de leurs albums vous faisait tomber à la renverse et quand on sortait en larmes de leurs concerts (si, si, c'est arrivé à l'auteur de ces lignes). Mais travaillant toujours en sculpteur inspiré et délicat d'un rock hybride et protéiforme, à l'instar d'une pochette de vinyle, comme d'habitude aussi splendide que joliment indéchiffrable...
(Jarring Effects, 2015)

Vignette PhilippeSignature : Philippe
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Artiste : Chocolat  Titre : Tss Tss
Style : Pop - Rock
Chocolat - Tss TssBasé à Montréal, Québec, et s'articulant autour du chanteur, guitariste et organiste Jimmy Hunt (il signe les paroles, se révélant fort décalées quand on arrive à les comprendre, et les musiques, entre rock garage, pop psyché et prog barré), le groupe Chocolat démontre sur l'album TSS TSS de multiples aptitudes à faire tripper les auditeurs... Disponible chez nous via le label Born Bad Records, une maison de qualité à qui l'on doit pas mal de belles réussites made in France – Cheveu, Frustration, Forever Pavot, Magnetix... –, ce disque magistralement étrange semble tout droit sorti d'un cerveau que l'on pourrait qualifier de « malade » par certains côtés. Enfin pas exactement adapté aux critères de santé psychique actuellement en vogue ici bas  : textes – en français – à la fois poétiques et surréalistes (« Méfiez-vous du boogaloo »), compositions alambiquées à base de synthés stellaires vintage (le titre « TSS TSS ») et de guitares jouées depuis la voix lactée (« Apocalypse »), choeurs « over the rainbow », parties instrumentales en apesanteur etc etc. Bref, ça plane quand même pas mal ! L'on navigue ici à des années lumières de la Terre ferme et des œuvres dramatiquement consensuelles généralement produites au 21ème siècle afin de plaire au plus grand nombre... Et ça fait beaucoup de bien. Car Chocolat se fait fort de proposer un authentique voyage avec ses œuvres très flottantes, hyper tarabiscotées mais arrivant toujours à retomber sur leurs deux pieds. L'alchimie qui prévaut quand Hunt & Co se retrouvent ensemble dans un studio pour bidouiller aboutit à la création d'un truc à la fois très singulier, tourné vers le côté bizarroïde de la force, tout en étant potentiellement diffusable sur des radios ouvertes d'esprit... Auxquelles on conseillera en particulier « Burn out », « TSS TSS », « Gobekli Tepe » ou encore « Interlude », des mini tubes qui devraient faire le bonheur des personnes candidates au départ pour de lointaines contrées.

Chronique initialement publiée dans le magazine New Noise...



Liens : chocolatmtl.bandcamp.com, www.facebook.com/pages/Chocolat/10242781415, www.bornbadrecords.net/, www.facebook.com/pages/BORN-BAD-RECORDS...

2015 (Born Bad Records)

Vignette pierre andrieuSignature : pierre andrieu
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Artiste : Marilyn Manson  Titre : The Pale Emperor
Style : Pop - Rock
Marilyn Manson - The Pale EmperorRetour en grande forme du chanteur très grave (au sens harmonique du terme), de l'artiste multi-carte, de la grande goule blafarde, joyeusement subversive et finalement plutôt sympathique à force d'énerver des cons, Marilyn Manson ! Découvert chevauchant un porc dans l'une des meilleures et des plus dérangées reprises de tous les temps, Sweet Dreams, on l'avait ensuite plus ou moins apprécié sur scène selon les albums et les époques (créature presque flippante en 1999, guignol presque pathétique en 2007...). Et on l'avait quitté en freak paumé et hilarant dans le film Wrong Cops !
Neuvième album studio déjà, et dieu sait qu'ils ne sont pas tous inoubliables... pour tout dire le dernier vraiment marquant musicalement, Antichrist Superstar, va même fêter ses 20 ans ! Voguant au fil des modes artistiques, l'Empereur Pâle a en effet beaucoup erré, se cherchant aux frontières du metal et de la pop, entre une imagerie tour à tour horrifique, gothique, bionique, cabaret berlinois, art contemporain... Visuellement presque toujours passionnant, mais musicalement inégal - en gros, pas assez de bonnes chansons sur chaque album.
Avec The Pale Emperor, il entame peut-être bien un nouvel âge d'or (du grotesque, bien sûr), retrouvant d'entrée un sens du blues heavy, couplé à des paroles dérangeantes, sachant toujours enfoncer à sec le canon bien coupant d'un flingue dans le cul étroit de la fraction puritaine/hypocrite de l'Amérique ("We're Killing Strangers... so we don't kill the ones that we love !").
Deuxième étage de la fusée, il retrouve le sens du riff-qui-tue, façon Rammstein (ils lui doivent beaucoup !), avec l'irrésistible Deep Six - il y a longtemps qu'on n'avait pas headbangué avec Marilyn ... Troisième étage, il retrouve aussi la seule chose à peu près constante chez lui, la capacité à trousser des bonnes mélodies, à produire de la pop déviante et classieuse à la fois : citons Third day of a seven day binge, finie en s'arrachant littéralement les tripes, l'hyper-efficace The Mephistopheles of L.A. ou la balade quasi-satanique Birds of Hell awaiting. Retrouvant hélas parfois un petit tic énervant et récurrent chez lui, la double voix - qui marque un étonnant reste de manque de confiance en elle, alors que sa voix un jour analysée en laboratoire avait été décrétée "physiologiquement impossible", ou quelque chose dans ce genre...
Plus étonnant encore, Sir Brian H. Warner parvient même à nous émouvoir : Warship my wreck, contrepèterie sans doute mais surtout, titre assez poignant, semble un possible climax de l'album ! Le chanteur s'emploie aussi à réanimer son influence d'origine (et la meilleure, bien sûr), Trent Reznor, par exemple au fil de la groovy Slave only dreams to be king... A convoquer à nouveau de célèbres "enculeurs de mamans", pour être sûr de ne pas échapper à l'Explicit Lyrics (Beneath my feet), étiquette qui signale généralement les albums les plus intéressants venus des U.S.A...
Et à conclure tout en classe avec l'étrange Odds of Even, balade commencée pop en hauteur et finie grognée d'une voix sépulcrale, au fond d'un caveau sinistre, belle réussite pour conclure, ou presque... Puisqu'en bonus, la version deluxe offre trois morceaux au nom différent, en réalité des titres précédents en version acoustique, prouvant que la richesse des compositions telles que The Mephistopheles... et la beauté de sa voix n'ont pas besoin d'artifices. Guitare/voix non trafiquées, les titres de The Pale Emperor fonctionnent encore parfaitement ! Alors Welcome back, Sir, votre capacité à nous bousculer agréablement est intacte ! Et nous n'avons jamais oublié une de vos plus belles déclarations à vos nombreux détracteurs : You can not sedate... all the things you hate !
(2015)

Vignette PhilippeSignature : Philippe
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1 à 11 sur 5051 critiques trouvées
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