Accueil Chronique album : Johnny Cash - At Folsom Prison / At St Quentin, par Philippe
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Critique d'album

Johnny Cash : "At Folsom Prison / At St Quentin"

Johnny Cash :

Autres / Countryfolkabilly

Critique écrite le 27 février 2006 par Philippe

Le très bon biopic Walk The Line nous a donné une furieuse envie de redécouvrir Johnny Cash, en quoi il a donc parfaitement réussi sa mission. Car certes le best-of de bas niveau qu'on avait n'était pas de taille : la quintessence du Johnny Cash des 60's (celui du film), c'est bien ces deux Live enregistrés en prison, à Folsom en 1968 et à St Quentin en 1969. Parfaitement complémentaires (peu de chansons en commun), parfaitement indispensables, bonne idée donc de ressortir les deux en coffret !
Un livre pourrait être écrit sur chacun, mais il suffit de savoir que Johnny Cash avait insisté pour enregistrer ici, parmi les marginaux auxquels il s'est toujours identifié : il jouait souvent à Noël en prison. Le chant est parfait et la guitare nerveuse (le grand Carl Perkins lui même l'appuye à St Quentin) puisque le chanteur est à peu près clean de drogues et qu'il a épousé son ange gardien, June Carter (qui chante avec lui sur les deux disques). Ca ne l'empêche pas d'interpréter la très trash Cocaine Blues écrite par un détenu (qui n'exprime aucun regret d'avoir abattu sa femme mais un réel plaisir à se défoncer !).
Très énervé des exigences de la maison de disques qui a exigé de lui des chansons précises, il annonce assez rapidement qu'il fera au contraire le jukebox pour jouer ce que les détenus veulent entendre... ce qui fait un carton avec notamment la mythique Folsom Prison Blues commune aux deux disques, balade d'un prisonnier qui voudrait juste pouvoir prendre le train comme tout le monde mais sans ressentir aucun remords... La phrase "But I shot a man in Reno, just to watch him die" déclenche des rugissements de plaisir qui rappellent sans ambiguïté que ce public est quand même... dangereux. De même il interprète, bien sûr sans l'avoir annoncé aux organisateurs, l'explosive balade St Quentin, torrent de haine contre le monde carcéral dont on imagine sans mal quel effet jubilatoire elle a du faire aux prisonniers (au point qu'une émeute a semble-t-il failli partir à ce moment-là).
Mais tout n'est pas aussi violent : Johnny Cash est aussi ici pour faire son one-man-show, grâce à un sens de la répartie assez fabuleux. "Hey, this is being recorded, so you can't say hell, or shit, or anything like that !" prévient-il rapidement, avec un sens de l'humour sarcastique qui fait merveille devant les taulards. Humour incroyablement noir aussi dans 25 minutes to go, décompte du temps avant la corde et qui finit dans un étranglement... osé de chanter ça ici, mais les détenus, dont certains sont des condamnés à mort, apprécient qu'on leur parle d'eux (ainsi que dans I got Stripes). Moins grinçante, Egg suckin'dog qui parle avec affection d'un vieux clébard (qu'on a quand même envie de flinguer parfois), ou encore A Boy named Sue qui fait hurler de joie le public. Il se moque aussi de la couleur de l'eau qu'on sert en prison, répond aux interpellations du public : il les aime sincèrement et ils le lui rendent bien !
Car le plus important est l'émotion incroyable qui passe sur certains titres. Certaines chansons ont du faire chialer même les tueurs d'enfants, comme Send a picture of mother. Et surtout la bouleversante Give My Love to Rose (reprise d'ailleurs sur son dernier disque produit par Rick Rubin, The Man Comes around, ultime et somptueux témoignage fort bien chroniqué par Pierre Andrieu, où sa voix est déjà altérée par la maladie). Vers la fin de chaque live, Johnny Cash a un autre culot, peut-être le plus énorme : celui de partir dans des chansons chrétiennes : He turned Water into Wine, Ring of Fire ou Greystone chapel. L'interprétation étant belle et le public conquis, ça passe très bien - c'est son idée de la rédemption et le deal est accepté même par des détenus pas forcément croyants. Au final et au risque d'être grandiloquent, j'ai envie de dire que l'assemblage de ces deux enregistrements, soit 37 chansons quand même, constitue certainement l'un des meilleurs Live en langue anglaise de tous les temps !
(2006)
Vignette Philippe

 Critique écrite le 27 février 2006 par Philippe
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