Accueil Chronique album : Julien Doré - Ersatz, par Philippe
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Critique d'album

Julien Doré : "Ersatz"

Julien Doré :

Pop - Rock

Critique écrite le 10 janvier 2009 par Philippe

Le premier disque de Julien Doré a été accueilli avec une certaine fraîcheur par les médias il y a quelques mois. Il y a pourtant lieu de le soutenir pour plusieurs raisons. La première est évidemment que, des télé-crochets qui existent depuis 2001, ne sont sortis qu'une minuscule poignée d'interprètes avec un début de crédibilité artistique. Or à l'évidence, ce jeune dandy parisien, outre une personnalité et un look affirmé, a aussi une putain de voix ! Par ailleurs il aurait très bien pu enregistrer un simple album des reprises qui avaient fait son succès (comme celle vraiment plaisante de Moi Lolita), et relever les compteurs, pépère. Sortir un album entier sans covers comme celui-ci (ah si, une pas mal de SS in Uruguay de Gainsbourg... pas vraiment la plus facile à vendre à des gamines cependant, on en conviendra), c'était donc déjà viser un autre public que les cons/sots/mateurs, et c'est déjà louable.
En effet, le petit blond n'a pas fait ce qu'on attendait de lui, d'où incompréhension et méfiance des médias - aurait-il un potentiel ? Est-ce qu'on se mouille ou pas pour lui ? A quel degré comprendre ce titre, Ersatz ? Est-ce que le chroniqueur crédible peut vraiment soutenir un vu-à-la-télé ? Après plusieurs écoutes, notre décision est prise, et sans retenue (avec les Inrocks, signalons-le), nous crions oui !
On est conquis par ce premier effort, fort mal représenté par son single Les limites, appuyant sans aucun doute avec autodérision sur le côté petit-con-branché-léger du personnage, tout comme Dans tes rêves et son name-dropping effréné, ou ses glaciales et drôle Soirées Parisiennes.
Mais sur la globalité du disque, la tonalité est plutôt sombre, voire écorchée, avec la mélancolie des Bords de Mer, la délicate mélodie guitare-orgue des Acacias qui s'avèrent plutôt touchantes. Que le grand Christophe en personne soit venu faire les choeurs de Bouche Pute ne saurait mentir. Que le bourru et insoupçonnable Arno soit venu brailler avec lui est également une belle carte de visite (De Mots)... Un essai en anglais, Pudding Morphina, s'avère très classieux aussi, presque tinderstique, et son Piano Lys est même une petite splendeur - si Fauque l'avait écrite et Bashung l'avait chanté, tout le monde eut crié au génie ! Il y a aussi quelques titres légers et chics comme des bulles de champagnes (First Lady) d'autres faussement tragiques (J'aime pas), mais aucun complètement déshonorant, putassier ou franchement creux - aucun pour cartonner à la radio donc !
Bref sur l'ensemble, un très convaincant premier album d'un jeune homme en devenir, dont on entrevoit un énorme potentiel et qui pour le moins n'a pas encore vendu son cul et taille crânement sa route. Il lui reste à décider s'il prend l'option pitre-trash-Katerine, l'option rive-gauche-Vogue-Dutronc, l'option poète-maudit-Christophe, ou même l'improbable option tout-ça-à-la-fois-Tellier que suggère franchement un titre (Figures Imposées)... Ou qu'il aille, on suivra en tout cas son parcours avec intérêt.
(2008)
PS 2009 : vu sur scène dans un registre garage-rock avec Dig Up Elvis, groupe d'origine : Très bien !
Vignette Philippe

 Critique écrite le 10 janvier 2009 par Philippe
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