Accueil Chronique album : The Limiñanas - Costa Blanca, par Philippe
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Critique d'album

The Limiñanas : "Costa Blanca"

The Limiñanas :

Pop - Rock

Critique écrite le 17 février 2014 par Philippe

Quand es-tu parti vers le Sud en voiture, pour la dernière fois, avec ton cuir noir (de merde) comme simple bagage ? Allez, embarque, dude ! Il ne te faudra pas plus de 27 secondes pour entendre arriver sur le disque, la basse obsédante qui ne va pas te quitter de tout le voyage et dans la foulée, une des nombreuses ritournelles pop joliment ciselées tout au long de ce troisième album de The Limiñanas, from Perpignan. Suit un formidable hymne pop à tambourin, My Black Sabbath, qui accompagnera idéalement dans ton cerveau le défilement automatique de paysages désertiques à crever, genre la Navarre entre Tafala & Tudela, sur une chanson franco-anglaise parsemée de bouzouki arabo-andalou. Ca tombe bien, la côte Est de l'Espagne, c'est là que tu vas, ne change pas de direction : Alicante c'est bien par là, au bout de la route, où t'attend en effet (merci Google Maps !) un hôtel appelé Costa Blanca, comme cet album ! Alicante ici, plus qu'une ville réputée plutôt morne, c'est aussi un titre rock avec Farfisa et du fuzz à en ronronner de plaisir : celui d'avoir pris la route dans un paysage qui n'est pas sans te rappeler ta chère Route 66, celle dont le souvenir te hante depuis des années...
Mais là où le voyage ne sera pas de tout repos, c'est que tu as embarqué en stop après Roncesvalles, non pas une Espagnole, mais une Italienne, une bombe et une atroce chieuse à la fois. Qui va se lancer avec toi, pour passer le temps entre deux champs d'éoliennes, dans un name-dropping ultra-bordélique de la pop-culture, allant du plus pointu au plus kitsch (de Kim Fowley... à Bernard Blier), avec moult digressions idiotes et drôles. Et au refrain de Votre côté yéyé m'emmerde, tu vas être scotché par ce cri du coeur : "J'aime ! " et sa décharge de guitare foudroyante comme une gégène, hommage évident au "J'aime" de Coutin - celui qui aimait regarder les filles, qui marchent sur la plage... Le tout donnant avec la fameuse basse et un tambourin lancinant, un riff psychédélique qui vaut bien à lui seul, toute l'oeuvre des Black Angels...
Mais quel est donc ce putain de bled paumé en plein désert, où ta satanée bagnole a décidé de tomber en panne ? Voici Cold was the Ground, balade au banjo à la Sergio Leone, où l'Italienne te susurre de ne pas s'énerver. Et comme ça ne marche pas, c'est elle qui va t'entraîner sur son terrain, avec une balade à la sauce tomate relevée Morricone : I miei occhi sono i tuoi occhi. Et comme la fille a le sang chaud elle va finir par te pourrir, toi et ta caisse minable que tu sais pas redémarrer, de l'avoir entraînée ici, dans une mémorable engueulade dans sa langue maternelle, avant de te planter là... Fin du voyage ? Au Barrio Chino, tu es tout seul avec un son de cloche qui annonce la nuit qui tombe, et un banjo qui te nargue et te menace depuis un balcon... Allez, tant pis, y'a plus qu'à décapoter la bagnole et finir le bourbon sur la plage arrière en écoutant cette vieille balade d'ivrogne, La Mélancolie. Le lendemain à Alicante, tu ne te souviendras même pas comment tu es arrivé dans ce transat déplumé au bord de La Méditerranée, sans ta bagnole ni tes papiers... Game over. Ou pas tout à fait ?
Car tout comme les riffs de guitare vibrants et jouissifs qu'on retrouve partout ailleurs dans le disque, d'autres hymnes sixties garage époustouflants (BB) vous attendent, ainsi que d'autres histoires en pointillés qui parcourent l'album : l'évocation par plusieurs personnes d'un autre voyage familial, il y a de longues années, en Mercedes de couleur gris Metallisé, et jusqu'à Rosas (le nom d'un morceau de pure quintessence psyché, s'il en est), et des phrases obsessionnelles qui se répètent : "Je me souviens comme si j'y étais" ... Et finalement, un embarquement sur un vol ultra-trippant pour Liverpool, en compagnie d'une apprentie-terroriste en talons : un truc cinématographique au point d'être quasiment un court-métrage à lui tout seul !
La famille Limiñana [un couple, à l'état civil], vous remercie d'avoir voyagé avec elle sur ses somptueux sillons, et espère vous revoir très bientôt. Volontiers, dès qu'on aura fini d'encaisser le trip - et le choc - qu'a représenté cet album dans le paysage quasiment atone du pop-rock français en cette fin 2013. Une putain de claque qui nous a fait voir trente-six étoiles : 2 mois après l'avoir découvert, on en a encore le nez qui saigne.

(2013)
Vignette Philippe

 Critique écrite le 17 février 2014 par Philippe
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