Devant un tel concert, un chroniqueur même chevronné de
Concert and Co est désarçonné. Il perd tous ses repères ! Impossible de dénigrer comme d'habitude la salle du
Dôme qui pour une fois a programmé l'artiste le plus chaud du rock français, et avec un son très bien réglé (autre curiosité).
Inutile aussi de se la péter en rappelant où et quand on a déjà vu l'artiste : en réalité avec lui chaque fois est comme une première fois, et repousse le souvenir déjà excellent du concert précédent. Même si, allez je craque, l'aventure a peut-être commencé pour nous dès 1996 quand
Sinclair à l'Espace Julien a demandé à son guitariste (un p'tit brun chelou appelé
Matthieu) de montrer ce qu'il savait faire.
Impossible aussi de se souvenir de la play-liste quand un concert a duré 2 h 50. Resteront alors de simples impressions en désordre : les choses qu'on y a
-M-ées.
-M-é que l'avant-groupe soit original, des copains de
-M- plutôt que le groupe en vogue du moment sur les radios, qu'ils chantent en espagnol les textes d'un poète sud-américain, des airs joyeux qui ont semblé plaire à toute la salle ;
-M-é, que le guitariste du premier groupe, que nous appellerons pour ne pas nous tromper
Martel n°1, soit aussi
celui du groupe principal ;
-M-é quand on a tous été très gentiment et modestement mis à contribution par
Matthieu, pour faire
scchhhh avec la main, pour se taire tous ensemble, pour s'asseoir... tout ce qu'il semble faire à chaque fois mais au fond peu importe, pourvu qu'on le fasse tous ensemble et avec plaisir ;
-M-é quand cet enfoiré nous a fait baver comme d'habitude, malheureux gratteux du dimanche que nous sommes, en jouant avec les dents, avec une main, en sautant partout comme en apesanteur, ses somptueux solos, jamais faits de technique pure, mais toujours pleins de sensibilité et exécutés avec un brin d'auto-dérision (le célèbre rictus du guitariste concentré) ;
-M-é quand il a fait monter tous ces gens sur scène avec lui pour soi-disant - en était-il vraiment besoin je vous le demande - briser la glace avec lui ;
-M-é retrouver la gigantesque guitare rose qui sert de porte d'entrée, d'écran de cinéma, de projecteur... ;
-M-é en particulier écouter
Mama San, Qui de nous deux, Le Complexe du corn-flakes, Monde Virtuel, Machistador mais aussi plein d'autres chansons dont je ne connais pas forcément le nom même si
Le Tour de M et
Labo M ont hanté ma platine pendant des mois (il n'a certes pas joué sa reprise de
close to Me mais je ne sais pas si mon coeur y aurait survécu) ;
-M-é aussi quand il est venu plusieurs fois nous voir devant sur les bords de la scène, mais aussi lorsqu'il a compati au sort des malheureux assis au dernier rang et qui réalisaient courageusement ses choréraphies ridicules et drôles au milieu d'un public un peu moins chaud car situé à 100 mètres de la scène ;
-M-é que tout son groupe soit aussi bien costumé que le héros mythique et quasi-cartoonesque de représente
-M- ;
-M-é quand j'ai eu le frisson, par deux fois (les très bons concert ne le donnant qu'une fois en moyenne) dont une quand il ne jouait même pas, simplement par plaisir d'être là, au bon endroit et au bon moment, en communion avec 7999 autres privilégiés, dont l'élue de mon coeur (un peu de romantisme en passant, j'ai bien le droit, le concert en était plein !) ;
-M-é ce moment totalement barré de remix techno
Kraftwerkoïde de
Je n'ai pas pris mon petit bout de X ;
-M-é la générosité extrême du chanteur, qui en donnant 5 minutes de son concert à un certain
Latino, illustre inconnu mais rappeur talentueux, lui a donné le plus beau jour de sa vie : sa très jolie chanson
Alexandra appuyée par tout le groupe et reprise en choeur par 8000 personnes... Il en a pleuré et moi, presque aussi ;
-M-é les chorégraphies déjantées et acrobatiques de ses musiciens ;
-M-é ce sublime champ de coquelicots rouges vifs qu'on a fabriqué tous ensemble ;
-M-é ce moment ou l'on a toutes et tous, mais si, bavé de jalousie devant la danse extrêmement sensuelle de
Martel n°2, le latin lover déguingandé et suave, avec
Miss Gants Mapa la petite blonde incendiaire (et pourtant j'en ai entendu des pas très charitables ensuite au sujet de cette fille, honte sur vous mesdemoiselles !) ;
-M-é quand j'ai réalisé que le concert avait duré plus de deux heures, alors que je serais déjà reparti très content même sans rappel (en réalité il restait 3/4 d'heure de concert !) ;
-M-é qu'en plus tu nous remercies à la fin, mais c'est toi qu'on remercie, Matthieu Chedid. Continue comme ça et je te jure que tu sera le
Johnny de notre génération !
-M-é repartir avec la certitude d'avoir vu très certainement le concert de l'année au Dôme, et peut-être à Marseille qui sait ?
-M-é que mon petit coeur rouge luminescent, joli souvenir de cette soirée, fonctionne encore pendant deux jours ;
-M-é que le lendemain, en plein apéro, quelqu'un me demande où j'étais... car je rêvais encore tout éveillé à ce concert ... ce concert qui a annihilé mes capacités critiques... ce concert SUBLIME.
photos Pirlouiiiit