C’est la saison des amours…
C’est le printemps, les jeunes filles sont en fleur, les garçons également ; pas la peine de tourner autour du pot, tout le monde a une petite idée derrière la tête : se mettre aux anges et attendre la petite mort… Nous sommes donc en pleine saison des amours, et
Jean-Louis Murat se lance dans une énième tournée pour promouvoir ses chansons d’amour poétiques. Ça tombe bien.
Trio classieux
L’étape d’Issoire (à 35 kilomètres de Clermont-Ferrand) était l’occasion de jouer non loin de chez lui, devant un public nombreux, enthousiaste et attentif, tout en permettant à la salle Animatis de fêter dignement ses dix premières bougies. Mais Murat en concert, ça se mérite : en ce mercredi soir, notre homme a l’air renfrogné quand il arrive tel
Bob Dylan en arborant jeans, chemise, Telecaster et porte harmonica. Il mettra longtemps à se dérider puis à s’adresser à son auditoire, en des termes fleuris et drôles, comme à son habitude. L’essentiel est pourtant là : le classieux trio
JLM (guitares très
Neil Young, intros en slide, solos rageurs, harmonica provoquant des frissons)/
Fred Jimenez (basse racée)/
Stéphane Reynaud (batterie caressée avec toucher ou martelée avec brio) se lance dans un set de chansons superbes proposées dans des versions différentes (avec parfois des dialogues de film en bande son), chantées dans la grande tradition JLM et jouées façon rock à la
Crazy Horse. La moitié de l’album
Moscou est interprétée (ainsi que des extraits de
Lilith,
Parfum d’acacia au jardin,
Le moujik et sa femme et
Mustango, mais aucun de
A bird on a poire malheureusement) et il n’est pas très difficile de se rendre compte, qu’une fois de plus, les morceaux tiennent la route même sans les cordes de
Dickon Hinchliffe (des
Tindersticks) et
Marie-Jeanne Séréro ou les chœurs de
Mely Ruben,
Camille et
Carla Bruni. L’excellent duo avec cette dernière,
Ce que tu désires est ainsi chanté en solo intégral, comme le superbe et très « troubadour de l’amour »,
L’almanach amoureux.
Des textes qui tirent vers le haut
Et oui, les textes de Murat ne parlent que d’amour, de sexe et de mort, mais toujours en des termes choisis, à mille lieux du tout venant de la variété française rance. Ces mots allument des lueurs dans les yeux, provoquent des émotions inédites et - chose rare de nos jours -, tirent vers le haut : au détour d’une référence littéraire, jaillit souvent l’envie de découvrir (ou de redécouvrir) tel ou tel écrivain ou auteur de chansons comme
Pouchkine,
Musset,
Madame Deshoulières ou
Pierre-Jean de Béranger. L’impact sur les auditeurs est encore renforcé par le fait que Murat chante avec une voix qui n’a sans doute jamais été aussi belle (particulièrement dans les graves), tout en couinant de manière surprenante pour imiter le miaulement du chat en chaleur ou le cri du papillon excité… Et oui pour les animaux aussi, c’est la saison des galipettes ! Après avoir enchaîné, à la grande joie du public,
Jim,
Le cri du papillon et
L’au-delà, le groupe quitte la scène, avant de revenir pour le contentement de la salle entière avec un feu d’artifice final. Le troublant
Ce qui n’est pas donné est perdu et le furieux
Les jours du jaguar achèvent définitivement les éventuelles réticences. Et l’on voit très distinctement quelque chose qui flotte dans l’air à la fin du concert : c’est
L’amour qui passe…
A lire également : des entretiens avec
Murat en
octobre 2004 (sur
A bird on a poire),
octobre 2003 (sur
Lilith) et
juin 2003 (sur le concert pour Koloko), ainsi que les
chroniques des derniers albums, et, enfin, les comptes-rendus des concerts au
Café de la Danse à Paris, à
Aurillac, pour
Koloko à Clermont-Fd en 2004, à la
Coopé en novembre 2003 et au festival
Les Efferv’Essonne en 2003…
Sites Internet :
www.jlmurat.com,
www.labels.tm.fr.
(Photo Bruno Gautier copyright 2004)