Malgré une programmation riche et pointue pour la semaine du Printemps de Bourges 2005 (si on prenait soin d’éviter le Phénix, un chapiteau de 5500 places qui a vu défiler
De Palmas,
Lavilliers et
Ska P… ), la seule présence le jeudi soir de
The National et
Herman Düne à la même affiche méritait à elle seule amplement le déplacement ! Ce concert de rêve sur le papier a pleinement tenu ses mirifiques promesses musicales dans les faits…
Los Banditos
La soirée débute dans le 22 Ouest avec un groupe de surf rock… allemand, c’est assez rare pour être signalé ! Le court moment passé en compagnie de ce groupe ravi de se produire sur scène a donné envie de les revoir plus longuement. Car si le style n’est pas franchement original, les guitares avec réverbe sont toujours agréables aux oreilles de ceux que les années 50 et 60 continuent à bercer… et
Los Banditos les utilisent avec maestria.
Herman Düne
Venus présenter sur scène leur dernier album –
Not on top – peu de temps après dans le 22 Est, les trois
Herman Düne - David-Ivar (chant, guitare, basse, mini guitare), André (chant, guitares) et Neman (batterie) - ont régalé le 22 avec leurs excellents nouveaux morceaux, toujours dans la veine folk/pop/rock mais désormais avec plus de rock et de folk que de pop. Leur – mémorable – concert de l’été dernier aux
Eurockéennes de Belfort avait été sautillant et furieusement gai, celui-ci fut plus recueilli, moins drôle, plus sec mais tout aussi saisissant…
En formation réduite (avec toutefois la présence en mini première partie et aux chœurs d’une certaine Diana, chanteuse folk doué évoquant une
Cat Power anti folk),
Herman Düne n’a eu aucun mal à convaincre le public : morceaux superbement écrits (parfois dans un style très
Velvet Underground), voix d’une beauté à couper le souffle (on pense souvent à l’inestimable
Neil Young), son lo fi et rugueux à souhait, mélodies sidérantes, solos originaux et attitude de branleurs sympathiques… Le trio franco suédois a réussi à emmener son auditoire dans son univers personnel en n’ interprétant que des nouveaux morceaux, un exploit que seuls les pointures arrivent à accomplir.
The Go ! Team
La découverte de
The Go ! Team sur scène est une expérience assez surprenante, tant le groupe anglais s’évertue à brouiller les pistes, à mixer les genres et à faire feu de tout bois… Le mélange d’un chant hip hop avec des guitares tantôt bruitistes ou funk et de multiples bidouillages sonores originaux se révèle très rapidement captivant : pas le temps de s’ennuyer une seule seconde avec ce groupe qui zappe plus vite que son ombre ! Certains passages sont anecdotiques, les textes sont limités à leur plus simple expression et la chanteuse en fait souvent trop pour encourager le public à chanter, danser ou taper dans ses mains, mais globalement ce pétillant interlude entre
Herman Düne et
The National était réussi et rafraîchissant.
The National
Puis c’est au tour des très attendus
The National de fouler les planches au grand complet, c’est à dire avec le violoniste australien des
Clogs Padma Newsome en plus des cinq membres officiels du groupe établi à New York. Malgré l’annulation de leur Black Session, le vol de leur matériel à Belfort et un rythme de tournée effréné,
The National a confirmé son statut de groupe de scène imparable – celui de songwriters bénis des dieux leur est définitivement acquis depuis la réussite de l’inépuisable album
Alligator, sorti le 12 avril 2005. Quant on vient de publier un tel bijou, autant en profiter pour l’interpréter dans les grandes largeurs sur scène… C’est donc à un set estampillé
Alligator (avec de nombreux retours vers le non moins précieux
Sad songs for dirty lovers) que le public – envoûté dès les premières notes de
Secret meeting – a le plaisir d’assister.
Après avoir souhaité bonne chance aux nouvelles guitares,
Matt Berninger subjugue littéralement le public grâce à une présence tout à la fois magnétique et inquiétante (voire terrifiante quand il pète les plombs) et à un registre vocal tout simplement bluffant. Derrière lui le violon très dissonant (à la
John Cale), les guitares aériennes ou acérées et une section rythmique de très grande classe permettent de passer un moment divin. Le ballades poignantes, les morceaux planants et les titres rageurs se succèdent sans qu’une seule baisse de régime ne soit à signaler. Les yeux mis clos (voire complément fermés), submergé par les vagues musicales successives, on voit très clairement où
The National veut nous emmener : au paradis de la musique pop/folk/rock. Inoubliable…
Ken Emerson & Terii Nui
Il est très tard quand il est temps d’amorcer la descente vers le monde réel (après un concert aussi bouleversant, c’est difficile !) , les inattendus
Ken Emerson & Terii Nui permettent à l’atterrissage de s’effectuer en douceur, bercé par les guitares hawaiiennes, les chants traditionnels et le déhanchement des vahinés court vêtues… Le dépaysement est total, on se croirait presque sur une plage de sable fin avec des cocotiers au dessus de la tête, le ciel bleu et la mer turquoise ne gâchant pas ce tableau idyllique. Pourtant, nous sommes bien à Bourges en train d’assister au spectacle détonant de
Ken Emerson & Terii Nui… Voilà une soirée dont on se souviendra longtemps !
L’album
Alligator est en écoute en intégralité sur le site de Beggars Banquet à cette adresse :
http://www.beggars.com/features/thenational/.
A lire également : les chroniques des
concerts et des
disques de
The National.
Sur le Printemps de Bourges 2005 : consulter les chroniques des concerts de
Soldout,
The Kills,
The BellRays + Nashville Pussy + The Ex,
Tokyo/Overtones,
Interpol + Bloc Party + Gomm,
The Craftmen Club,
Low + Ray Lamontagne,
Nancy Sinatra + Alexandra Roos et
Marianne Faithfull + Françoiz Breut...
Sites Internet :
www.americanmary.com,
www.clogsmusic.com,
www.hermandune.com,
www.thegoteam.co.uk,
www.printemps-bourges.com,
www.beggars.com,
www.talitres.com,
www.brassland.org.
Photo
Flore-Anne Roth