Bloc Party. est la dernière étoile filante en date du rock'n'roll, celle qu'un buzz vrombissant précède, avec retours de scène enthousiastes, couv' de magazines et même pubs télé ! Si ce type de propulsion médiatique révèle parfois d'excellents groupes sur scène (comme les bondissants
Franz Ferdinand), cela peut aussi donner des scandales comme le triomphe des très survendus
Libertines en 2004. Méfiance donc ce soir, d'autant que l'album
Silent Alarm, tout le monde s'accorde à le dire, comporte 3 ou 4 tubes disco-punk tous identiques et une dizaine de chansons sans grand intérêt... Certes le sympathique frontman
Kele Okereke chante comme
Robert Smith et son groupe joue comme
Joy Division en plus speed... le rock se fait donc à bon compte son revival des 80's avec ces braves artisans suiveurs, et on ne va pas s'en plaindre.
Quoi qu'il en soit c'est la bave aux lèvres que le public se presse au Moulin à ce concert complet, sécurité renforcée avec barrières devant la scène, tous les distributeurs de flyers de la région sont là,
LiveinMarseille a sorti son site en démo... Marseille tend sa croupe frétillante à cette comète rock
superhype qui veut bien l'honorer ce soir.
Première partie,
The Rakes, 30 minutes d'un concert bien carré, un rock anglais pêchu avec un chanteur qui chante lui aussi
comme Robert Smith (on frôle l'overdose), comme souvent on se demande pourquoi ce n'est pas ce groupe-là qui a été propulsé par les médias puisqu'il est relativement interchangeable...
Question de look ou d'attitude insuffisante sans doute ? En tout cas mélodies évidentes, rythmiques et riffs carrés, le groupe emporte l'adhésion et aurait pu sans soucis rester 15 minutes de plus !
Arrive alors
Bloc Party dans une salle déjà opportunément chauffée à blanc. D'entrée ils grillent plusieurs cartouches :
Like eating glass est jouée avant même que le son soit bien réglé, c'est même un peu catastrophique : le choriste couvre le chanteur ! De même leur single,
Banquet, passe dans les premières minutes mais là, c'est vraiment très très bon, il faut l'avouer : ils le jouent à la façon du
phones disco remix paru en LP l'an passé et c'est vraiment le pied ! Par la suite, c'est bien le moins, presque tout leur album (58 minutes) va y passer, notamment
Blue light ou encore
This modern love,
Price of gazoline... Pas grand-chose d'autre en magasin à part une chanson inédite : efficace mais pas très différente !
On note avec intérêt que
Kele Okereke, non seulement bon chanteur, est aussi à la manoeuvre pour ce qui concerne la section bruitiste à la guitare. Ce type-là a un potentiel si toutefois il réalise que jamais les
Cure-istes ne renieront leur idole et qu'il faut donc passer à autre chose ! Autour de lui il est vrai, pas trop de concurrence niveau charisme : un batteur transparent (et qui lance parfois la mauvaise chanson sans prévenir), un gratteux clone de celui de
Radiohead expédie les rythmiques caché derrière sa frange, un bassiste à peine plus présent ... Le groupe a cette fameuse
attitude blasée et puissamment gonflante des groupes de pop anglaise (vu aussi ici l'an passé dans le genre,
Blonde redhead), mode lancée par les catastrophiques
Oasis et qui m'a valu de haïr la pop anglaise pendant une dizaine d'années !
Or il est quand même plus facile de s'éclater quand les musicos ont la banane (comme pour les
Franz F, qui eux explosent de plaisir sur scène, ainsi que la première partie de ce soir,
The Rakes, qu'on regretterait presque, mais je me répète). Bref c'est sans ennui mais sans passion excessive que le public accueille le tubesque
Helicopter (je pronostique le single sur Fun Radio et Europe 2 d'ici un an) qui conclut au bout de 40 minutes à peine la partie principale du concert.
She's hearing voices (enfin je crois) conclut un sympathique rappel contractuel. Evidemment le public un peu désabusé ne traîne pas... et finalement 10 minutes après (un bon tiers de la salle étant parti) ils font un rappel apparemment imprévu (quelqu'un à du leur dire qu'avec ce concert juste syndical ils auraient du mal à vendre leur deuxième passage et album !), avec je crois la chanson bien speed
Luno. On se fait la rélexion qu'au moins,
Bloc Party a des mélodies pas évidentes et parfois même assez originales : cela sauve l'album, mais ça ne facilite pas l'appropriation sur scène...
Les groupes pop anglophones semblent hélas s'être donnés le mot, après
Girls in Hawaii il y a un mois : tous semblent considérer qu'une heure 15 de concert est suffisante pour une petite ville de p......e comme Marseille alors qu'on lit dans la presse des chroniques de très longs concerts à Paname (grrrr). Savent-ils que des gens autrement plus reconnus qu'eux (je pense très fort à
-M-, là) jouent plus de trois heures ici et que la galaxie rock de Marseille est l'une des plus dynamiques et des plus influentes de France ?!
En conclusion sur ce concert, une impression mitigée : un rapide sondage auprès d'un échantillon représentatif (soit 3 membres de Live in Marseille et la moitié de l'excellent groupe
Lo qui passe ici la semaine prochaine): à la question "Bloc Party est-il un bon groupe de scène ?", le
NON est repassé en tête.
Photos : Bravo et merci à
Pirlouiiiit