Sâlement lâché au dernier moment par un collègue pour ce concert, je ne perds finalement pas au change puisque j'aurai l'honneur d'y aller avec notre photo-musicopathe maison, Pirlouiiiit, et de pratiquer l'anglais toute la soirée avec lui et son exotique amie Svetlana. Je découvre seulement cette année le site du Gaou (vu les anciennes photos affichées, genre Cabrel et Julien Clerc, je comprends mieux pourquoi - le tournant rock de la programmation semble être tout récent !). En tout cas le site est très beau, presqu'île peuplée de cigales, et l'accueil pas trop mal organisé (en arrivant bien à l'heure) même s'il a fallu attendre que le vent se calme pour pouvoir enfin y entrer.
Ghinzu
Ce qui est bien avec Pirlouiiiit c'est que comme il prend des photos (6000 par jour environ) eh bien on est placés tout devant avant même le concert de
Ghinzu, posés sur la barrière, ce qui sera l'occasion pour moi d'être plus attentif à leur prestation qu'aux
Eurockéennes d'il y a 2 semaines (et aussi de réduire nettement mon budget buvette). J'avais tout de même assez écouté l'autre fois pour me rendre compte qu'il s'agit globalement du même concert, avec une playlist qui semble identique (concert d'une heure environ). Ainsi après une longue attente,
Ghinzu finit par arriver (sur l'air traditionnel américain de la
Marche de Darth Vader), en envoyant d'entrée un
Blow osé (8 minutes dont une bonne moitié calme) mais fort convaincant, suivi de
High Voltage Queen.
Ayant fait le choix de commencer par ces chansons plutôt calmes (notamment leur fameux slow un peu trop
Muse-like dont le nom m'échappe),
Ghinzu mettra un peu de temps à emballer son public, du moins jusqu'à ce que le groupe envoie son tube imparable
Do you read me, ou encore la très dansante
Mine que le chanteur finit en sautant à pieds joints sur son malheureux synthétiseur !
Ghinzu a beau être composé d'une bande de poseurs (dont le moindre n'est pas
John Stargasm, le chanteur, ou encore ses guitaristes surfeur et cowboy qui semblent se prendre pour Patrick Swayze et Brad Pitt), ce sont aussi et d'abord de bons musiciens, plusieurs d'entre eux changeront d'ailleurs de poste durant le concert, ou chanteront (bien) avec lui comme pour la tonitruante
Cockpit inferno.
On aura aussi droit à la reprise de
Blue suede shoes, pêchue à défaut d'être originale (ainsi qu'en rappel à une autre de
Purple rain qui ne m'emballe guère). Le tout se finit heureusement dans un pétaradant
Till you faint (et son fameux 'tutututu' rigolo), chanson excellente sur album et à la scène où le chanteur atteint avec son mégaphone un niveau d'excitation proche de celui du chanteur de
Dionysos !
Au final un très bon concert (et un son bien réglé malgré le plein air et le vent) pour ce groupe qui dit pourtant en
interview de sa propre musique qu'elle est plutôt faite pour écouter au casque.
Pour finir on leur souhaitera donc un "bon vent" de circonstance, en espérant les revoir bientôt pour un nouvel album.
Iggy and the Stooges
C'est donc un public plutôt chaud malgré une brise fraîche qui accueillera un
Iggy-James
Pop-Osterberg en pleine forme. L'Iguanesque rock star, que l'on découvre blonde mais toujours bronzée, épilée et physiquement affutée : ce gars a peut-être du prendre une taille de pantalon en 30 ans (et en tout cas contrairement à moi, aucune depuis que je l'ai vu la première fois il y a environ 8 ans à
Belfort)... j'en bave de jalousie mais il faut dire que contrairement à lui, moi je me drogue essentiellement au houblon...
On a toujours l'impression étrange que ce type fait son premier concert tant il semble s'amuser dès son entrée en scène, avec des chorégraphies ridicules et habitées tout à la fois. Débarrassé de certains accompagnateurs pas au niveau (notamment les catastrophiques
Trolls avec qui il a enregistré de sombres merdes comme l'album
Beat'em up),
Iggy a fini par rappeler avec sagesse sur
disque puis sur scène, les plus très verts mais au moins fiables
Stooges (soit les mythiques frères Asheton qui ont intégré Mike Watt et un saxophoniste un peu sur le retour).
Le groupe a en effet enregistré certains des tous meilleurs albums de rock des années 1970. A ce sujet je bénis l'inspiration qui m'a prise d'échanger l'étron commis par les
Libertines contre
Fun House, album absolument furieux et démoniaque qui a mon âge et dont nous aurons d'ailleurs quelques chansons ce soir, notamment la chanson titre je crois. Je bénis encore l'inspiration qui m'a fait lire l'excellent Librio
Iggy Pop par
Nicolas Ungemuth (de R&F) et donc acheter la bonne version de
Raw Power (celle non remixée par
Bowie, qui a pourtant sauvé la mise d'Iggy Pop par ailleurs), autre album énormissime dont nous serons par contre très frustrés (même pas la chanson titre, même pas un petit
Search and Destroy ou une petite
Penetration à se mettre sous la dent, non mais quand même, oublient-ils que c'est sans doute leur meilleur album ?).
Reste
Iggy and the Stooges, premier album du nom, et les chansons enregistrées avec eux sur
Skull Ring, que je connais mal et donc, pas possible pour moi de bien identifier toutes les chansons de ce soir, on voudra bien m'en excuser. Sauf les plus aisées comme
1969 (très dansante) ou encore
No Fun, l'occasion comme d'habitude pour l'iguane de faire monter sur scène, une cinquantaine de personnes dont certaines, au comble du bonheur, danseront dans leur plus simple appareil, hurleront dans le micro, lui feront des papouilles... étonnamment il s'en sort vivant et sans qu'il y ait de blessés, dans un joyeux bordel bon enfant !
Mais revenons aux
Stooges. Que ces types aient enregistré de 1970 à 1975 trois albums de légende, sur la base d'une énergie pré-punk rauque et défoncée qui a inspiré des générations entières, cela ne fait pas de doute ! Ce sont toutefois des musicos vieillissants,
Mike Watt excepté (et encore), que l'on retrouvera ici :
Ron Asheton est désormais un gros pépère impavide qui construit des riffs comme d'autres feraient de la maçonnerie, avec application mais sans passion excessive, de même que son batteur de frère
Scott qui assure la rythmique sans fioritures, tandis que le saxophoniste convoqué au milieu du concert paraît quasiment sub-claquant (même s'il n'est probablement pas plus vieux qu'
Iggy Pop, il semble avoir 30 ans de plus !)
En vérite je vous le dis, musicalement ce n'est pas un très grand concert auquel on a assisté. Outre les chansons déjà citées et une ou deux non identifiées, il y a eu une version enthousiasmante et néanmoins plus braillée que chantée de
I wanna be your Dog, une de
Dead rock Star, morceau récent et peu original, un blues assez classe dont je ne trouve pas le nom, et en un peu plus d'une heure le concert est emballé et pesé, se finissant en queue de poisson sur un deuxième
I Wanna be your dog à l'avenant.
On sera donc, évidemment, frustré de ne pas entendre certaines excellents chansons enregistrées dans les 25 ans de pause du groupe et qui nous avaient fait connaître
Iggy Pop (je pense à
Lust for Life, The Passenger, Louie Louie ...), mais après tout on a pas été volés sur la marchandise : l'affiche indiquait
Iggy and the Stooges et c'est eux qu'on a eu, point barre.
Et puis qu'importe, l'idée n'était pas (que) d'entendre de la bonne musique mais évidemment aussi et d'abord de communier avec l'une des plus grandes stars du rock, un véritable survivant, toujours crédible, toujours pas vendu, toujours heureux d'être sur scène (
Fuckin'merci for fuckin'being here !), l'une de mes idoles, the
one and only Iggy Pop, devant lequel une partie des jeunes gens montés sur scène a heureusement fait la seule chose convenable en telle présence : se prosterner !...
Alors, sans rancune pour votre son un peu braillard, Master James, votre concert ayant comblé nos attentes et votre puissant organe habitant toujours nos oreilles le lendemain... rendez-vous dans 10 ans où vous voudrez, même motif, même punition ?
Photos Pirlouiiiit qui meme si il a vu exactement le meme concert que l'année dernière et avait préféré les Ghinzu au Poste a Galene ne s'est pas ennuyé