Red, un français se produisant tout seul à la guitare, entame la soirée sur un ton très intimiste. Il est prostré sur sa guitare et chante en anglais avec une voix de vieux bluesman torturé. Sa musique est assez difficile d’accès mais une fois qu’on s’est mis dans les bonnes dispositions, on est conquis. Son jeu de guitare est à la fois minimaliste, violent et primaire : il illustre parfaitement les tourments évoqués dans les textes.
Red doit son nom de scène au fait qu’il est roux et qu’il a des convictions assez à gauche (la faucille et le marteau ornent la sangle de sa guitare). Il reprend « The road to nowhere » des
Talking Heads dans une version glaçante et réussie. Une découverte.
Michaël J. Sheehy commence son set par deux titres où il joue tout seul de la guitare tout en chantant d’une voix superbe. Ce minuscule personnage provoque une grande émotion avec ses chansons toutes simples. Il est bientôt rejoint par ses acolytes : 3 musiciens (basse, batterie, guitare) au crâne rasé comme leur leader. Le bassiste arbore un t-shirt « porn star » du plus bel effet. La tonalité des textes est assez orientée sur le cul, le chanteur dédicace même une chanson aux nombreux adeptes de la « 69 position ». Même si les deux groupes sont très différents, on pense à
Arab Strap pour cette volonté de parler sans détour de sexualité sur un ton désabusé et triste.
Michaël J. Sheehy et ses musiciens alternent avec bonheur les passages intimistes et les instants de colère sonique. Un très bon concert, peut-être un peu court, mais en tout cas prometteur.
Interpol (from New-York) prennent possession de la petite scène de Boule Noire un peu plus tard. Immédiatement, je suis frappé par la ressemblance vocale du chanteur avec
Ian Curtis de
Joy Division. Vingt ans après, on a la délicieuse impression que le chanteur du groupe de Manchester est ressuscité : même voix grave, même accents tragiques dans les cordes vocales. Comme il joue de la guitare, son jeu de scène est moins saisissant que celui de son aîné : pas de danse frénétique rappelant une crise d’épilepsie.
La musique, elle aussi, rappelle
Joy Division : lignes de basse surpuissantes, batterie martiale et guitare furibardes. On pense aussi à
Sonic Youth et à
Placebo dans les moments de déluge sonore instrumentaux. La musique d’
Interpol donne une furieuse envie de se lancer dans un pogo digne de 1977, le public est plus enthousiaste à chaque instant.
Quelqu’un hurle « She’s lost control » entre deux morceaux : je ne suis pas le seul à penser au premier groupe de
Peter Hook et
Barney Sumner ! Les new-yorkais obtiennent un rappel et continuent à nous donner envie d’entendre rapidement leur premier disque. Les quelques personnes qui sont parties avant la fin (dont Bernard Lenoir, blasé ?) ont raté une fin de concert épique.
Interpol est un groupe promis à un avenir radieux qui fera sans nul doute parler de lui à la sortie de son premier album.
Photo de Michaël J. Sheehy prise par Lao (http://darklao.free.fr), à Paris, le 10 octobre 2001.
A lire aussi sur ConcertAndCo.com, une interview de Red.