Après l'excellente soirée "Chanson française" de la veille, cette deuxième journée en Corrèze s'annonçait, elle aussi, exceptionnelle : la présence des trop rares
Tindersticks justifiant à elle seule un long périple pour les fans invétérés du groupe londonien. La cathédrale de bois qu'est la grange de Sédières est un lieu particulièrement propice à un concert des
Tindersticks : aucun nuage ne vient troubler l’atmosphère decette salle.
Carlosound, un sextet corrézien, démarre sur les chapeaux de roue et volume au maximum ce concert. Leur post rock à la
Mogwaï est remarquablement en place et bien joué mais manque de variété : on a la désagréable impression que tous les titres fonctionnent sur les mêmes ficelles.
Composé de deux guitaristes, d'une bassiste au charme distant, d'un batteur à moustache et de deux ingénieurs chargés d’envoyer des images (pas assez tripantes) et de piloter des boucles,
Carlosound gagnerait à avoir un chanteur dans ses rangs. Ce groupe n'est toutefois qu'au début de son histoire…
Comme le laissait penser la balance effectuée dans l’après-midi, le concert des
Tindersticks est à ranger dans la catégorie "moments inoubliables" ! Accompagnés par deux violoncellistes et trois violonistes, les six anglais prouvent dès le premier titre que leur musique est intemporelle et magique.
Stuart Staples, littéralement habité et le plus souvent les yeux fermés, est remarquablement soutenu par un groupe d'un sobriété exemplaire.
Mark Colwill à la basse,
Neil Fraser aux guitares,
David Boulter aux claviers,
Al Macaulay à la batterie et
Dickon Hinchliffe au violon, à la guitare et au chant sont des musiciens d'un classe incroyable. Ils ont réussis à garder une cohésion intacte malgré l’éparpillement du groupe en différents coins du globe et onze années d’une collaboration musicale parfois agitée. Voilà un groupe qui préfère sélectionner avec précaution les salles et les concerts pour éviter de devenir un juke-box vivant et naviguer perpétuellement en pilotage automatique pour faire du fric…
La voix de
Stuart Staples est bouleversante de beauté, de profondeur et de mélancolie... De plus, il chante avec une telle conviction que cela semble être douloureux pour lui. Pour le public, c’est magique et troublant de voir une personne aussi impliquée dans son art… Un spectateur déclare même spontanément: « Je veux bien donner deux ans de ma vie pour avoir sa voix. » On n'est pas loin de penser la même chose…
Le répertoire joué ce soir est un véritable bonheur :
Raindrops et
Marbles du premier album,
El diablo en el ojo et
She’s gone du deuxième album, l’enchanteur
Another night in et
Dancing de l’album
Curtains mais aussi
Can our love et
Sweet release du dernier opus sans oublier
Trouble every day, le superbe thème du dernier film de
Claire Denis. Les 16 titres joués en ce samedi soir de juillet mériteraient tous un citation…
Deux minuscules petits regrets subsistent : que
Carla Torgerson des
Walkabouts ne soit pas venue chanter l’immense
Travelling light et que le miraculeux morceau de
Townes Van Zandt,
Kathleen, n’ait pas été interprété. Ouf ! On a frôlé la perfection de très peu ce soir…
Sous des airs de profs d’informatique à lunettes, les
Notwist cachent une passion secrète pour le Heavy Metal (cf les premiers albums et le t-shirt «
Motörhead » du bassiste), les improvisations bruitistes à la
Sonic Youth et les sons de guitares à la
Robert Smith. Ces quatre férus d’expérimentations musicales en tous genres (voir leurs multiples side projects) ne sont pas exactement des bêtes de scène, loin s’en faut, mais grâce à la voix très prenante de
Markus Archer et à la qualité des morceaux, ils emportent l’adhésion.
The Notwist a en plus le mérite de présenter au public des versions remixées en directe de ses morceaux. Le résultat est parfois déroutant et va un peu loin mais comme tout cela est fait avec brio, le groupe et le public finissent par se retrouver après avoir emprunté des chemins sinueux…
Les grands moments du concert sont
Pick up the phone,
Neon golden,
Pilot et
One with the freaks. Les passages bruyants et répétitifs, s’ils ont rebuté quelques personnes, ont permis de varier les plaisirs et de voir une bande d’électroniciens s’amuser comme des gamins avec des guitares ! L’electro pop bruitiste de
The Notwist peut s’apprécier aussi bien sur scène que chez soi : avis aux amateurs ! Les personnes ne pouvant justifier de leur présence à ce mémorable concert à Sédières devront avoir une sérieuse excuse à présenter.
(Photo de The Notwist prise à Bourges par Flore-Anne Roth. Photos des Tindersticks prises par Hum! à Marseille en 2001.)