Prévu à une heure déjà tardive - 3 h 25 - le groupe français
Air a foulé la grande scène de Benicàssim lundi matin à 5 heures ! Après trois jours de concerts et de fête, il fallait être espagnol ou très fan de la musique du duo plébiscité par les Américains pour rester éveillé…
En raison de son horaire, ce moment nous a un peu rappelé, toutes proportions gardées bien sûr, la prestation de
Jimi Hendrix à
Woodstock en août 1969 : l’immense Jimi avait clôturé au petit matin le festival en massacrant l’hymne américain devant 30000 rescapés médusés.
Ce concert d’
Air en août 2002 a fait resurgir des mémoires la prestation embrumée de
Pink Floyd à Pompéï en 1972 : les éclairages et les fumigènes évoquaient immanquablement les cratères en éruption filmés en surimpression sur les images de
Roger Waters hurlant comme un possédé
Careful with that axe, Eugene.
Le dernier album des versaillais étant un subtil mélange du rock planant des Floyd dans les années 70 avec une bonne dose d’électro et de touche française, il correspondait parfaitement aux attentes d’un public désireux de redescendre doucement après la prestation en forme de cataclysme sonique des
Chemical Brothers.
Dès le premier morceau,
Electronic perfomers, extrait de
10000 hz legend, les milliers de personnes ont cédé aux injonctions de
Nicolas Godin et de
Jean-Benoît Dunckel se proposant de nous emmener à bord de leur vaisseau spatial :
« We’re the synchronizers ». A peine visibles derrière d’omniprésentes fumées, les musiciens se sont exprimés principalement avec leurs synthétiseurs Moog, leurs guitares, leur basse, leur batterie mais aussi, en de rares occasions, à l’aide d’un Vocoder qui donnait l’impression d’assister à un concert de robots échappés de
Kraftwerk.
Le répertoire particulièrement psychédélique du groupe a été passé en revue, provoquant une série d’hallucinations collectives induites par l’horaire et l’ambiance spatiale qui se dégageait de la scène. Après avoir joué des morceaux du dernier album, la BO de
Virgin suicides a été brièvement abordée avant l’atterrissage final en douceur avec
Sexy boy et
Kelly watch the stars extraits de
Moon safari, le premier opus des deux astronautes musiciens.
Très différente de celle avec laquelle le groupe avait évolué lors de sa première tournée (le batteur et le bassiste de
Beck et
Moog Cookbook aux claviers), la formation scénique 2002 avec
Jason Falkner à la basse et au chant a gagné en psychédélisme ce qu’elle a perdu en humour.
Cette heure passée en compagnie de
Air restera comme un des grands moments du festival même si on ne sait plus très bien si on a vécu ces instants ou si on les a rêvés, perdu dans les limbes à 10000 mètres au-dessus des montagnes de Benicàssim… Il est temps de retourner au radar au camping en se promettant de revenir l’année prochaine dans ce paradis de la musique !
(Photos prises par Hum! à Marseille, le 18 novembre 2001)