Pour éviter toute réaction de rejet, il faut voir un concert de
Muse comme un grand déballage de poses à la
Kiss plutôt qu’une grande messe pop. Une fois qu’on est dans cet état d’esprit, on passe un bon moment car ces trois jeunes survoltés ont de l’énergie à revendre… Grands moulinets sur la guitare, sauts intempestifs, poses bien accentuées pour les photographes, éclairages très prononcés, acrobaties vocales dans les aigus, lâché de ballon final : bienvenue au royaume de l’entertainment et du stadium rock pour les jeunes !
Placé entre les anecdotiques vedettes locales
Los Planetas et les légendes vivantes
The Cure,
Muse n’a pourtant eu aucun problème à faire bouger le public de Benicàssim avec un
Best Of de sa courte mais déjà fructueuse carrière ! Le début du concert avec le très mégalo
Space dementia a tout de suite donné le ton.
Matthew Bellamy a pleinement profité d’une nouvelle disposition scénique le mettant encore plus en valeur. Le batteur de Heavy-Metal
Dominic Howard, placé sur la gauche de la scène, et le bassiste de Nu Metal,
Chris Wolstenhome, évoluant sur la droite, ont laissé le milieu libre pour une estrade où trône le clavier de celui qui frôle parfois
Richard Clayderman avec ses arpèges pour mieux devenir, quelques instants plus tard, un guitar hero terrifiant d’efficacité et de rapidité… Le titre
New born avec son intro au piano ouvrant la voie pour un riff surpuissant en a été une preuve éclatante...
Un des moments forts du concert de
Muse a été l’interprétation enflammée de
Plug in baby, qui, dès son intro a fait chavirer de bonheur l’immense fosse de Benicàssim, attendant avec une impatience à peine contenue d’hurler le refrain de cet hymne défouloir. Il faut avouer que
Matthew Bellamy n’a pas son pareil pour composer de telles perles à effet immédiat.
Si les titres d’
Origin of symetry ont été accueillis par une liesse populaire, les morceaux extraits de
Showbiz, comme
Sunburn,
Fillip,
Muscle museum ou
Cave ont immédiatement déclenché une forme d’hystérie collective assez impressionnante à observer.
Loin d’être un héritier de
Radiohead ou de
Jeff Buckley dont il n’a (encore ?) ni la finesse ni le talent,
Muse est quand même un groupe produisant un mélange de métal, de rock progressif et de pop assez intéressant sur scène et sur disque. Il a, en plus, le mérite de choquer les puristes outrés par tant de poses rock ‘n’ roll et un tel déballage de manies du hard-rock : c’est déjà beaucoup…
Ce qui fait plaisir avec ce groupe, c’est que, s’il se vautre parfois dans les clichés et les influences, il ne le nie pas lors des interviews, il l’assume même avec panache ! Par exemple sur
Citizen erased, le monumental riff semble tout droit sorti du répertoire de
Tom Morello de
Rage Against The machine alors que les couplets flirtent dangereusement avec le Heavy-Metal progressif… Le talent du compositeur est de réussir à assembler tout ceci sans en faire un plat indigeste pour les oreilles...
Une chose est sûre, le grand écart couplé avec un numéro d’équilibriste du trio anglais est assez incroyable à voir sur scène.
(Photos : Jean-Pascal Blache)