Suite à un changement de programme intempestif,
The Melvins sont attendus sur la plage des
Eurockéennes de Belfort à 19 h 45 au lieu de 00 h 15. On n’ose imaginer la rage qui nous aurait assaillis si on n’avait pas eu l’information à temps… Car, à la demande de
Kurt Cobain (fan invétéré des Melvins, ce qui influencera sa musique),
Dale Crover a officié un temps comme batteur de
Nirvana avant l’arrivée de
Dave Grohl. Détestant la destruction du matériel, il refusait catégoriquement que Kurt ne s’approche de son kit en fin de concert pendant
Endless, nameless, le morceau bruitiste destroy prétexte à un massacre éhonté et en règle des instruments.
Buzz Osborne, quant à lui, a donné les premiers cours de guitare au futur compositeur de
Smells like teen spirit,
Territorial pissings et
Pennyroyal tea… L’histoire des deux groupes est donc intimement liée, tout fan de Nirvana se doit donc de voir les
Melvins en live.
Pour ces raisons, mais surtout parce que ce groupe est un monstre scénique terrifiant, on ne voulait rater ce concert sous aucun prétexte. On abandonne donc sans regret
Dave Gahan et ses hurlements un peu racoleurs pour rejoindre la Plage par les chemins de traverses longeant le lac de Malsaucy. Le public est très nombreux, on reconnaît même un certain
Mike Patton derrière la palissade empêchant de plonger dans l’eau fraîche. L’inquiétant personnage observe attentivement la performance de ses amis et collègues du label
Ipecac Recordings.
Les
Melvins font une arrivée tonitruante :
Dale Crover arrive en soutien gorge noir transparent,
Kevin Rutmanis a, lui, choisi comme accoutrement une sorte de pagne noir,
Buzz Osborne alias
« King Buzzo » fait l’effet d’un énorme
Robert Smith habillé en robe noire !
De similitudes musicales avec les morceaux de
The Cure, il n’y aura pas. Le super power trio crée une musique mutante où le Metal et les expérimentations se mélangent allègrement (et surtout violemment). La mixture à haute teneur en dissonances peut surprendre de prime abord mais, après un léger temps d’immersion, on surfe joyeusement sur le bruit made in Melvins. Le leitmotiv du groupe semble être :
« Du bruit, du bruit et surtout pas de mélodie » !
Tous les morceaux sont enchaînés et Dale parvient à peine à remercier le public que c’est reparti pour un autre composition maniaquement tordue habitée par le chant guttural de Mr Osborne. Si vous désirez vous faire gravement vriller la tête, les concerts des
Melvins ont été spécialement étudiés en soufflerie à cette fin…
Derrière la palissade, l’immense
Mike Patton a laissé sa place aux petits frenchies de
AqME, la soi disant relève de la soi disant scène Nu Metal française (rires)… Le chanteur et le guitariste de ce groupuscule peuvent continuer à écouter
The Melvins et
Tomahawk pour essayer de comprendre le sens des mots
« violence »,
« puissance » et
« rébellion sonore »…
Une heure après les Melvins,
Tomahawk a pour mission d’achever les éventuels survivants… Ce super groupe se compose de
Mike Patton au chant et aux manipulations sonores,
Duane Denison (
Jesus Lizard) à la guitare,
Kevin Rutmanis (
The Melvins) à la basse et
John Stanier (
Helmet) à la batterie. Vous vous doutez bien qu’avec un tel line-up, on ne va pas assister à un concert « Peace and love » rappelant
Woodstock 69 !
Conformément aux prévisions, la voix ultra violente de Mike Patton évolue sur une mer déchaînée de bruit de KO métallique. Le premier réflexe est de se reculer un peu pour éviter la mort par explosion immédiate de l’oreille interne. Le deuxième est de s’interroger sur le pourquoi d’une telle entreprise de destruction massive de toute mélodie. Quelques secondes après, la réponse tombe sur les téléscripteurs rouillés de notre cerveau : et bien parce que c’est comme ça, c’est Tomahawk, quoi !
Il faut bien avouer qu’on prend un certain plaisir à voir l’ex chanteur de
Faith No More hurler dans ses deux micros et déformer sa voix avec de montreuses machines… Quand il estime avoir assez fait ça, il peut se lâcher, s’éloigner de son poste de contrôle pour mieux laisser échapper la violence qui le tenaille en hurlant et en gesticulant comme un malade.
Le registre vocal de ce monsieur à qui on aurait un peu peur de poser des questions est tout simplement hallucinant : il peut tout chanter. Et il le prouve : le premier titre calme est une sorte de country planante joué à la guitare slide et chantée en espagnol par un
Mike Patton presque serein. On laissera le mot de la fin à monsieur Mike :
« Belfort c’est magnifique, la France c’est magnifique. Je suis merde, Tomahawk c’est merde » ! Mais oui, bien sûr Monsieur, on vous croit…
(Photos de Tomahawk : Jean-Pascal Blache ; photos des Melvins : Skippy)