Enchanté par la furieuse reformation des
Stooges, on tombe par hasard dans les rues de Dublin sur des affiches de la nouvelle mouture 21ème siècle des
Doors, garantie sans aucune trace de la présence de
Jim Morrison… Le chanteur envoûtant au jeu de scène provoquant ayant gravement influencé le jeune
James Osterberg alias
Iggy Pop, on se dit que c’est peut-être là l’occasion d’un mémorable doublé
The Stooges/The Doors en l’espace de 4 jours… et en 2004 ! Malheureusement, on se souvient qu’en 1971 une soirée parisienne un peu trop chargée en produits divers fut fatale au
Real Wild Chid. Certains prétendent toutefois qu’il n’est pas vraiment mort, il vivrait même tranquillement dans une réserve indienne…
On peut pourtant comprendre ces irréductibles optimistes aussi cramés que leur idole quand, pendant le titanesque
Roadhouse blues, on voit débouler sur scène un sosie presque parfait de Morrison, juste après
Ray Manzarek et
Robby Krieger. On se dit alors en se frottant les yeux : « Putain, il est bel et bien vivant ! » Et cette voix caverneuse, gorgée d’influences blues, ce n’est pas celle de
Val Kilmer essayant d’imiter son héros dans le film d’
Oliver Stone, c’est bien le grand Jim, c’est (presque) sûr ! On jurerait à qui voudrait l’entendre que c’est lui qui arpente tel un roi lézard fantomatique la scène du Point (un mix cosy - et en pierres - de Bercy et de Lansdowne Road). Peut-être est-ce la Guinness qui ouvre un peu trop les portes de la perception… A ce moment-là, une main charitable se pose sur notre épaule et nous signale aimablement qu’il s’agit en fait de
Ian Astbury, l’ex chanteur des sinistres
The Cult, auteurs de quelques "brillantes" premières parties de
Guns ‘N Roses dont seul Philippe Manœuvre se souvient avec émotion… Après tout qu’importe l’absence de
Jim Morrison et de
John Densmore (le batteur ayant refusé de remonter sur scène avec ses anciens camarades), le son est puissant, les morceaux sont joués correctement et plutôt bien choisis (
Break on through,
Love Me Two Times,
Alabama Song (whisky bar),
L.A. Woman,
Unknown soldier,
Twentieth century fox,
Riders on the storm… ), pourquoi bouder son plaisir ? On passe donc un agréable moment à savourer des morceaux qui ont marqué leur époque en compagnie d’un public irlandais bouillant et ravi. Las, à l’heure des rappels, un solo de batterie ignoble suivi d’un solo de basse infect fusillent
Light my fire aussi sûrement que le soldat inconnu pendant
Unknown soldier… Et dire que dans les années 60, il fallait supporter ça à chaque concert ! On aurait dû se douter que le (quasi) irréparable allait être commis avec les quelques solos en tapping dispensables de
Robby Krieger, les projections très « cliché » et les interventions dégoulinantes de
Peace & love de
Ray Manzarek, un maître de cérémonie dont les yeux sont souvent traversés par une pluie de dollars…
In extremis, les Doors du 21ème siècle font toutefois preuve de panache en jouant
Soul Kitchen en rappel (presque improvisé) toutes lumières allumées. Même si on comprend bien que les survivants des Doors veulent raviver une flamme pour le moins vacillante, pourquoi ne pas avoir joué
The end, un de leurs plus beaux morceaux ? Celui-ci aurait-il pris une saveur trop prémonitoire sur cette probable dernière tournée ?
Sites Internet :
www.thedoors.com,
www.raymanzarek.com,
www.robbykrieger.com,
www.thepoint.ie.