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(mon) Rock en Seine 2007 1/3 : Dinosaur Jr, Mogwaï, The Shins, Emilie Simon, The Hives, 2 Many DJs, Arcade Fire

Parc de St Cloud, St Cloud   24 août 2007

    Concert à ne pas manquer

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    Quatrième édition à laquelle nous assistons (sur 5, pas trop mal non ?) de ce bien beau festival de fin août qu'est Rock en Seine. Cette année son affiche paraît certes un peu moins sexy que d'habitude, un peu plus suiviste, voire un peu moins dense (puisque cela dure désormais trois jours). Quoi qu'il en soit quelques moments de vacances en plus, deux ou trois têtes d'affiches inédites, trois jours de paix et de musique, avec présence de boue certifiée et averses possibles, et enfin un séjour entre amis à Paris... ça ne se refuse pas !


    On arrive sur le site au son de Rodeo Massacre qu'on a objectivement pas suffisamment vu pour en juger - Pierre ayant posté sur ce site des chroniques très différentes de celles-ci, elles les complèteront très bien notamment pour ce groupe. C'est donc Dinosaur Jr qui ouvrira le (Headbanger's) bal ! Ce combo mythique remonte aux sources du grunge (souvent crédités comme gros inspirateurs de Nirvana, avec leurs cousins des Melvins).


    Comme le chanteur de ceux-ci, le gratteux a désormais les cheveux gris et n'entend probablement plus rien depuis des années à force de jouer, juste devant 6 amplis Marshall empilés, d'énormes riffs saignants et lourds pour accompagner les cris et les coups de boutoir de ses collègues. Mais leur rock très saturé et graisseux, parfois métal, est plutôt plaisant pour s'échauffer les esgourdes - au moins sont-ils les premiers à avoir joué, et en power trio comme il se doit, ce que les Foo Fighters s'échinent depuis à refaire à 4, et pas forcément aussi bien. Bon début donc !


    C'est la troisième fois en un peu plus d'un an qu'on revoit l'écossais Mogwaï qui, contrairement à ce qu'affirmait lundi un de ces fameux torche-culs gratuits qui polluent nos villes et nos cerveaux, ne joue pas du rock "mollasson" (#@ù^$ !!...) mais un post-rock sauvage et beau à sa manière - loin dans les décibels, vrillant et vibrant, physique ! Ce qu'on peut certes facilement ne pas comprendre, surtout si on le découvre en plein jour et avec un son assez mal réglé comme ce vendredi... Bref Stuart Braithwaite et sa bande nous font physiquement souffrir (surtout la batterie, dont on sent qu'elle nous décolle un peu plus la plèvre à chaque toucher...), y compris sur la pourtant superbe Friend of the Night qui en ressort quelque peu déformée.


    Travel is Dangerous souffre également du traitement qu'inflige Stuart à sa pauvre guitare, à 4 pattes, mais le plaisir s'instille tout de même peu à peu sur Auto Rock et d'autres titres des deux derniers albums. Et puis le son doit être meilleur un peu plus loin de la scène. Au formidable Glasgow Mega Snake final, on est bien obligé de se souvenir pourquoi on aimait tant Mogwaï sur scène comme sur ses formidables disques : c'est quand même un groupe de tels cadors... qu'on peut bien leur pardonner un concert mineur.


    De toutes façon, une bière plus tard, on a rendez-vous dans un registre plus joyeux avec The Shins, dont le dernier album (le seul qu'on connaisse) est on-ne-peut-plus sympathique ! C'est d'ailleurs sur Sleeping Lessons et Australia (deux véritables Prozac sonores joliment boostés rock en live) que commence ce concert très, presque trop pro. Il est vrai que les types sont nettement plus agés que ce qu'on pensait : la voix juvénile du chanteur étant trompeuse, on n'imaginait pas ce quadra barbu qui semble tout droit sorti d'une quelconque administration kafkaïenne... Mais bon, la reconnaissance leur étant venue tardivement, c'est leur "first french festival ever" et ils ont l'intention d'en profiter !


    Leur pop chaleureuse et plutôt rock'n'roll est en tout cas le cadeau idéal pour commencer à se salir sérieusement. Prenez une semaine de pluie, une grande pelouse, faites-y passer des engins de levage, puis lâchez-y quelques milliers de piétons, et vous obtenez des flaques marronnasse du plus bel effet visuel et olfactif, et de la boue gluante en quantité ! On patauge donc joyeusement au son de la jolie Phantom Limb et autres bonbons sucrés, heureux que ce groupe tienne largement ses promesses en live ! Un dernier shoot de l'exubérante Turn on Me et l'on quitte la grande scène rassérénés : oui, il y a bien des groupes qui arrivent à régler leur son ici, oui, la pop joyeuse peut ne pas être sans intérêt (référence aux pénibles Sunday Drivers vus ici, et vite oubliés depuis !)


    On rejoint alors pour la énième fois déjà, mais sans déplaisir, la bionique Emilie Simon, aujourd'hui en robe blanche. Le fait qu'elle soit en plein air, en plein jour convient particulièrement peu à sa musique (bien plus adaptée en intérieur intimiste pour profiter de la douceur de sa voix... et de son physique délicieux), d'autant qu'il y a beaucoup trop de monde pour s'approcher (vive les jumelles !). Le set est donc très orienté pop-rock : Storm's coming (il fait pas un peu trop doux pour les manchots ?), la très rythmée Never Fall in Love et la toujours classe reprise d'I wanna be your dog.


    On aime toujours bien ses morceaux plus électro, comme Dame de Lotus et In the Lake, où l'on retrouve ses étranges instruments (le bol d'eau où l'on farfouille, le brassard à joysticks, l'orgue Theremin etc.), et enfin un peu de douceur avec Swimming, qui apaise jusqu'aux anglais déjà un peu éméchés (et donc braillards) qui semblent composer une bonne partie de l'audience cette année ! Une nouveauté et une reprise de Peter Gabriel ne resteront pas dans les mémoires, ni ce concert un poil bancal (puisqu'amputé du côté intime qui est celui que l'on préfère chez la miss). Un bon moment quand même, gageons que les néophytes auront envie de la revoir en de meilleures conditions !


    De toutes façons il est temps de faire place à notre groupe de punk'n'roll en costume-cravates scandinave & débile préféré sur disque comme sur scène : "Ladies & gentlemen, please welcome... The Haiiiiiiiïïïves" ! Starring Chris Dangerous, Dr Matt Destruction etc etc... et surtout le puissamment horripilant - et néanmoins très drôle - Howlin'Pelle Allmqvist, chanteur bondissant, mégalo et braillard qui a le chic de vous hystériser une foule comme-qui-rigole. D'autant plus facilement que le son est ici meilleur qu'aux Eurocks où ca vrillait littéralement les oreilles...


    Selon un malheureux concours de circonstance (sandwich gobé cul-sec + alcoolémie dépassant le point de non-retour + amis aperçus au loin nous faisant signe + musique décérébrante), on se retrouve quasiment tout devant ! C'est donc hélas en plein maëlström pogo - et les deux pieds dans la merde - que l'on assistera, enfin que l'on tentera de survivre aux furibardes Walk Idiot Walk, No Pun Intended, à la bien nommée Tick Tick Tick Boom, à la tuerie Die, All Right qui nous permettra de hurler (Diiiiiie !!!) comme des porcs (All riiiiiiigh'!!!!) dans leur porcherie, ce que nous sommes manifestement en train de devenir - nous nous retrouverons avec des taches de boue jusqu'aux oreilles à l'issue du concert.


    C'est donc tout un tas de leurs titres binaires et bonnards qui se confondent en un gribouillis indéchiffrable sur mes notes : vraisemblablement leur collection perso de bombes à sous-munitions, soit dans un ordre approximatif : Hate to say I told you So, Main Offender, Two Timing Touch & Broken Bones ... Celle-ci sera d'ailleurs jouée pendant que je chercherai partout mon K-Way collector des Eurockéennes 2000. Envolé de mon sac qui s'est mystérieusement ouvert, ce vêtement s'est retrouvé - absolument dégueu - 10 minutes plus tard dans les mains d'un quidam tout devant que j'ai failli occire (comme il a prétendu qu'il ne voulait pas le voler, je lui ai laissé la vie sauve dans le doute !).


    Pendant ces minutes pénibles, insensible à mon angoisse et comme à son habitude, le déplorable Mr.Allmqvist chante à moitié faux, harangue le public, se prend pour un dieu, grimpe aux montants de la scène ou dans les premiers rangs, sort de nouveaux titres de l'album à paraître (apparemment aussi stupides et parfaits que les précédents), ou dégaîne l'extraordinaire A.K.A. Idiot comme si ça n'allait pas aggraver encore l'espèce de baston qui se déroule sous ses pieds depuis le début (voir les vidéos par ailleurs au bas de cette page) bref, il nous rend complètement fadas. On ressort de là exsangues, aphones, hilares (surtout celui d'entre nous qui a touché une partie du chanteur) alors avouons-le : pour nous ce concert fut le plus jouissif de la journée, parole de festivaliers éméchés...


    C'est donc du stand des rafraîchissements qu'on profitera du set toujours inspiré des 2 Many DJ's, déjà croisés en festival par le passé. Certes le deux deejays ne sont rien de plus que d'habiles bidouilleurs, leurs remixes ne sont même pas toujours très efficaces (car souvent très peu modifiés - un titre de Justice passé presque intact par exemple). Mais leur light show soigné et certains de leur mash-ups électrisent le public juste à point, comme par exemple un excellent match Rita Mitsouko vs Daft Punk. Au fait, profitons-en donc pour dire que les Hives n'ont jamais sorti de live en CD, mais que quelqu'un les a "accidentellement" enregistrés quand ils ont joué à Sidney en mars de cette année, et que c'est juste une tuerie totale (mais je ne vous ai rien dit...).


    On retrouve pour finir ce bien joli vendredi, le meilleur groupe de rock du moment (comme on dit dans la presse spécialisée) pour la deuxième fois ici, et pour la troisième fois (!) cet été après Belfort et Nîmes : les orchestrales manoeuvres dans le sombre de The Arcade Fire ! Du coup plus grand chose à raconter, c'est comme s'il fallait raconter trois fois le même film, les mots finissent par manquer : superbe, foutraque, magique, entraînant, bouleversant même...


    Ils déploient leur attirail d'instruments plus ou moins incongrus, leur orchestre bancal et anarchique en apparence, leurs chansons déglingués et finalement harmonieuses comme par miracle, et comme à chaque fois on envie terriblement les gens qui les découvrent, languissants sur Ocean Of Noise, pétaradants sur Rebellion (Lies) et fervents comme au premier jour sur Neighborhood I... Ces musiciens collectivement parfaits jouent (hélas) un peu toujours la même set-list : Keep the Car Running, No Cars Go, Haïti, NeighborHood 2, les très beaux titres de Neon Bible comme Black Waves/Bad Vibrations ou la vibrante et sublime Intervention ; ou encore Neon Bible et l'Antichrist Television Blues. Titres qui ont apparemment le chic d'agacer des athées bornés, comme si les musiciens chrétiens n'étaient pas parmi les plus fervents et les plus inspirés : voir les oeuvres totalement cul-bénites et pourtant ô combien passionnantes de Johnny Cash, David Eugene Edwards etc. !.


    Bref, l'apothéose est comme chaque fois atteinte sur l'enchaînement triomphal NeighborHood 3 / Wake Up, lorsque les néons rouges passent au bleu et que Régine, Win, Richard, Marika, Kelly et les autres nous quittent, une fois de plus heureux et grisés, leur messe dite. Au final, de nos 4 concerts de ce groupe, celui concluant les Eurockéennes de Belfort 2007 reste tout de même le plus mythique, grâce à une pluie qui en avait fait un trip magique - il n'empêche, The Arcade Fire est un groupe qu'on espère revoir encore et encore à l'occasion de leurs futurs albums... On quitte le site ivres (et par là-même, à peu près ruinés) mais guillerets - l'expérience est concluante y compris pour ceux qui viennent ici pour la première fois !


    Les divers endroits visités ensuite (soit deux lignes de métro et un fast food dévalisé à l'autre bout de Paris) seront par contre copieusement maculés de cette boue collante et nauséabonde si caractéristique du site et, il faut l'avouer, nettement moins photogénique que celle, plus ferrugineuse et donc d'un très joli rouge brique, des Eurockéennes de Belfort.

    Illustrations par Philippe !

    Des Vidéos (qualité photo) par ici !!

    Le lendemain est par ici !

    Vignette philippe
    Signature : philippe
    le 31/08/2007
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