Cette silhouette dégingandée à la sempiternelle chemise blanche et aux cheveux frisés qui se clairement... Oui c'est bien Alain Souchon qui se produit au Dôme en ce frisquet soir de décembre. Pas que je sois un grand fan, loin de là. Je ne connais que ses classiques radiophoniques plus et moins vieux. Mais comme tous les grands chanteurs français qui ont plus de 30 ans de carrière, je suis curieux de voir ce qu'il peut proposer à son public, étant certain qu'il possède sa propre personnalité marquée, ce que j'aime chez un artiste.
Et ca n'a pas manqué, le sieur Souchon a en effet une personnalité bien à lui. Je dirai même qu'il est dans son monde, habité. Il faut le voir taper des speechs entre certaines chansons, en partant de très très loin, pour arriver au final à une conclusion qui aurait tenu en trois phrases ! Le discours des filles aux queues de cheval, ou celui où il parle de son ami Voulzy qu'il enferme dans une cave pour qu'il ne compose que pour lui, sans oublier sa dissertation sur la danse, sa remarque sur le thé vert, chacun valent leur pesant de cacahouètes ! Mais c'est souvent drôle et attendrissant.
Il faut aussi voir son sens du geste, la soudaineté de ses gesticulations, ses mains qui volent tels des entrechats, ses déplacements sur la scène...
Et puis il faut écouter ses chansons, mélange de poésie et de mots qui se télescopent, pour donner des rimes et des jeux de mots bien agréables souvent ("C'est déjà ca", "Caterpillar", "Les saisons"...), parfois très étrange ("Pardon", "Parachute doré"...).
Bref pour tout ça, j'ai trouvé qu'il était vraiment dans son monde, parfois jusqu'à la limite de l'hermétisme. Car si le public applaudissait chaudement à la fin de chaque titre, ce n'était pas la folie furieuse globalement... Ok je ne m'attendais pas à une ambiance brûlante, mais j'ai trouvé le tout assez pépère. Et pour la majorité des morceaux, il n'y avait aucun enthousiasme bruyant pendant les premières notes, prouvant en principe que lesdits morceaux fassent plaisir à la foule. Pourtant, quand en troisième position il fredonna "Le baiser", qui est certainement ma favorite de son répertoire, je me suis dit qu'on était bien parti. Cette chanson à la mélancolie légère me touche beaucoup, alors j'ai pleinement savouré ces quelques minutes...
Mais ce n'est qu'au bout d'une heure trente, pour la dernière grosse demi-heure, que les gens se sont fait entendre. Et autant ils avaient été amorphes avant, autant à partir de là ils ont fait un boucan du tonnerre, finissant par une standing ovation d'enfer ! A partir de "Rive gauche" en fait... Suivi d'un "Quand j'serai KO" exécuté deux fois, la première ayant vu une plantade (exprès ou pas, j'ai un doute) de Souchon, lors de la reprise du couplet en anglais. Avec les paroles défilant sur un écran en fond, le public chantant les bonnes, Souchon non, les musiciens qui se regardent, puis qui s'arrêtent, et Souchon qui rattrape le coup dans la bonne humeur, c'était fun ! Et quand ils enchainent "Foule sentimentale", alors là c'est karaoké géant.
Les rappels sont biens bons, avec "La vie ne vaut rien"/"J'ai 10 ans", et ce "Rame" final, qui a ravi le Dôme de par le canon vocal entre Souchon, ses quatre (très bons) musiciens, et le public. Joli moment musical.
Alors oui cette dernière demi-heure a réveillé des personnes jusque là attentives, mais putain, il en manque un paquet des classiques ! Pas de "On avance" que j'adore, ni de "Allo maman bobo", ou de "Bidon", ou de "Jamais content" encore moins de "La beauté d'Ava Gardner", et pire que tout, pas de "La ballade de Jim" ! Snif...
S'il y avait eu tout cela, en plus des "L'amour à la machine", "Sous les jupes des filles" et autres morceaux précités, j'aurai passé un excellent live. Là j'ai "juste" assisté à un bon show d'un grand artiste, qui a le naturel et la simplicité faisant de lui une icône de la chanson française, au public fidèle, dans ce Dôme à la configuration moyenne.
Et c'est déjà beaucoup au final.
Setlist :
On s'aime pas
Les regrets
Le baiser
Petit tas tombé
Parachute doré
C'est déjà ça
Elle danse
Saute en l'air
Caterpillar
Sous les jupes des filles
Ecoutez d'où ma peine vient
Pardon
Somerset Maugham
J'ai perdu tout ce que j'aimais
Les saisons
L'amour à la machine
Et si en plus y'a personne
La compagnie
Rive gauche
Quand j'serai Ko
Foule sentimentale
Rappel 1
La vie ne vaut rien
J'ai 10 ans
Rappel 2
Rame
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