Soirée éclectique à l’Escale d’Aubagne ce vendredi avec pas moins de 3 groupes aux univers très variés. J’avoue déjà honteusement que bien qu’habitant à 5 minutes à pied depuis 5 bonnes années, je n’avais jamais mis les pieds dans cette salle de la MJC. Le mal est donc réparé.
Notons d’abord que la foule n’est pas au rendez vous puisque lorsque le concert d’Anything Maria débute, on doit compter une petite trentaine de personnes. Après avoir jeté une oreille attentive aux morceaux disponibles sur le net et aux critiques largement positives de mes confrères, je découvre donc enfin cette musicienne soliste en chair et en os. Avec son style largement teinté d’électro avec des beats bien sentis, la jeune femme s’accompagne à la guitare, généralement avec des gimmicks plutôt simples. C’est donc le caractère direct des compositions qui est privilégié et je dois avouer que c’est plutôt sympa. Je suis surtout frappé par les qualités vocales de la demoiselle. Avec un simple riff et/ou une rythmique en fond sonore, elle décline une panoplie entière de variations vocales, montant et descendant à l’envie. Véritablement, son instrument de prédilection est sa voix, qu’elle a fort jolie au demeurant. Tantôt susurrée, tantôt énervée, tantôt perchée, la panoplie est large et la justesse toujours de mise. Les artistes qui me viennent à l’esprit à son écoute sont Bjork pour certains accompagnements électros, PJ Harvey pour le côté rock brut ou Bat For Lashes pour le beau travail de voix. Les 35 minutes de sa prestation passent bien vite et la seule chose que l’on peut regretter c’est l’absence d’ambiance, dont notre chanteuse s’agace un peu vers la fin, avant d’entamer un dernier titre beaucoup plus entraînant que les autres. Cela dit, la faible affluence, le début de soirée et le caractère intimiste du set n’y sont sans doute pas étrangers. On se prend même à rêver d’un vrai groupe de musiciens pour l’accompagner sur certains morceaux et leur donner encore plus de relief, tant on navigue parfois entre 2 eaux : le one woman band et le groupe de rock plus classique. Il reste que l’ensemble a du caractère et que ça passe (très) bien.
Les quatre jeunes Niçois de Quadricolor montent ensuite sur scène devant une quarantaine de personnes pour ¾ d’un concert énervé qui me laisse songeur. Ca commence très bien avec une très jolie harmonie vocale à cappella à la Fleet Foxes. Et dès que les musiciens se mettent à leurs instruments, je me pose pas mal de questions. Il y a de l’idée, ça n’est pas simpliste, c’est plutôt pop, mais il y a quelque chose qui m’écorche l’oreille. Les premiers morceaux me sont vraiment désagréables, comme si chacun jouait ou chantait un morceau différent de ses camarades. Est-ce la tonalité de la voix, l’accordage des instruments, je ne saurai le dire. Toujours est il que bien que fan de trucs bien barrés, le caractère hyper dissonant de l’ensemble m’est pénible. J’ai l’impression d’assister à un véritable gâchis, tant chacun semble pourtant doué pour son/ses instrument(s) (le batteur en tête). Par moments, on pense aux Klaxons, aux Kaiser Chiefs ou à Keane, mais il y a tellement de variations et de breaks, qu’on perd trop souvent le fil. Le pire est atteint avec la reprise de Grace de Jeff Buckley. Autant les reprises entendues sur leur myspace sont réussies, autant celle là est vraiment très mauvaise à bien des niveaux et ne colle pas au style du groupe. J’avoue qu’à cet instant du concert, je les ai presque maudits, déjà pour oser reprendre ce titre, mais encore plus pour littéralement le massacrer.
De manière totalement inexplicable, les titres qui ont suivi, les 3 derniers en particulier m’ont vraiment bien plu. Les structures plus directes, les instruments se complétant enfin, les morceaux plus "classiques" teintés de Muse ou de Bloc Party m’ont emballés. Ca correspond à la pop que j’aime prouvant une nouvelle fois qu’on gagne en efficacité en s’efforçant de ne pas en mettre de partout pour faire étal de ses capacités techniques. C’est percutant, très en place, hyper entraînant et pour ne rien gâcher, le retour des harmonies vocales de toute beauté est également réussi. Ce concert était donc très étrange avec 2 parties bien distinctes où j’ai parfois eu l’impression de voir 2 groupes différents.
Il est 23H30 lorsque Technicolor Hobo entame son set d’une cinquantaine de minutes devant une assemblée bien clairsemée. Le début surprend par son caractère jazzy/lounge, surtout après la prestation précédente. Rapidement pourtant, je rentre dans l’ambiance posée de leurs compositions. Ca me fait penser à Deus ou à Morphine. Les musiciens sont impressionnants de maîtrise. Le chanteur guitariste anglo-saxon vit ses textes et me ravit par son jeu tout en arpèges. Il distille ici et là de jolis soli plutôt rock et reste simple avec le public, expliquant avec le sourire (malgré le caractère sombre de l’ensemble) le pourquoi du comment des morceaux qui suivent. La clarinette accentue le côté rétro et plaintif de certains passages. La rythmique est assurée de mains de maîtres par le bassiste et le batteur. Véritablement, c’est l’ambiance lourde, pesante, sombre qui domine et c’est terriblement beau. Je me laisse emporter dans cet univers de rêves, tout en lenteur où on prend le temps de vivre les chansons de l’intérieur. J’y retrouve les 2 éléments essentiels que j’aime dans la musique : des qualités musicales indéniables et une ambiance vraiment particulière qui me touche. Ca n’est pas forcément facile d’accès ou grand public, mais ça me plait vraiment beaucoup. Le set se termine avec des morceaux plus énervés et de longs breaks avec une ambiance qui prend aux tripes. Le tout m’emmène loin avec des musiciens qui se régalent visiblement. Une très belle découverte pour moi qui ne regrette absolument pas d’avoir bravé le froid, la fatigue et l’heure tardive de leur prestation ! Je retournerai donc les voir avec plaisir. De même, je ferai plus souvent l’effort de monter à l’Escale, petite salle bien sympathique située à 2 pas de chez moi et qui n’a rien à envier à bon nombre de salles marseillaises ou aixoises.
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