Critique de concert Arcade Fire (+ Fucked Up)


En première partie, le groupe ni-rock, ni-punk, ni-metal, Fucked Up, assemblage étrange et pas du tout cohérent entre un groupe comportant notamment un trio de guitares (3 guitares, pourquoi, au fait ?), avec un beau bébé hurleur tout droit sorti de la cuisse d'Exploited. Le type pourrait être un bon chanteur dans un groupe de punk hard-core ou de thrash metal, le groupe pourrait être bon sans lui (l'un des choristes a une voix largement utilisable !), on perçoit des mélodies musclées mais écoutables (type Placebo, voir Nirvana). C'est dommage donc, mais tous ensemble ils ne ressemblent à rien, et pas dans le bon sens du terme. Le public venu voir Arcade Fire les contemple donc statiquement comme des bêtes curieuses, et même si je supporte très bien les musiques violentes bien foutues, ici je ne peux pas lui donner complètement tort. Leur nounours en chef a beau être sympathique comme tout, Fucked Up, c'est vraiment très mauvais.

Ils n'arriveront cependant pas à gâcher la grosse envie collective de voir/revoir Arcade Fire sur scène, groupe selon moi totalement essentiel du 21ième siècle et qui n'est jamais passé à Marseille auparavant. Essentiel ? Déjà parce qu'ils ont déjà donné au monde 2 voire 3 disques merveilleux. 'C'est un choc !', avait titre Rock'n'Folk avec ses 5 étoiles pour Funeral (rarissime !) et en effet, c'en fut un, d'ailleurs je ne l'avais pas du tout aimé à la première écoute : c'est pratiquement toujours le cas pour les disques d'exception, à savoir ceux qui vous accompagnent le plus longtemps, ceux qu'on serait incapable de chroniquer tellement ils vous renvoient à un niveau de sensibilité en dehors de toute analyse rationnelle. Je résume pour les membres de facebook et autres brutes sans subtilité : Arcade Fire, Philippe aime ça.

Bon en fait, c'est seulement la 5e fois que je les vois, et la première sous leur seul nom. Avec une première fois il y a 5 ans à Rock en Seine, encore un peu bordéliques et perfectibles, puis un concert vraiment magique sous la pluie en conclusion des Eurockéennes 2007, où ils nous avaient dit qu'on était le meilleur public du monde et encore aujourd'hui, je crois que ce jour-là c'était vrai... Et le même été, un autre à Nîmes (soirée un peu décousue mais plaisante avec les Arctic Monkeys), et un dernier à Paris, à nouveau au Parc de Saint Cloud. Juste un peu fan, quoi.

A leur arrivée, on s'amuse à essayer de voir lesquels étaient vraiment au Poste à Galène pour The Ex il y a 2 jours : le génial arrangeur et grand duduche rouquin Richard Parry y était bien, ainsi que le batteur et une des violonistes, mais on a du mal à croire qu'on ait pu rater le couple vedette quand même, il semble dûr de ne pas reconnaître un beau bébé comme Win Butler et une brune piquante comme Régine Chassagne !... Bon, bien sûr, ils sont toujours habillés voire coiffés n'importe comment - le frontman étant particulièrement gratiné en la matière avec sa coupe post-Interpol et sa chemise à imprimé décoloré, mais c'est le cas depuis toujours ! Leur public de nerds, geeks et autre bobos (je pense être un peu des trois) célèbre d'ailleurs sans retenue la joie de remettre des chemises à carreaux comme à l'époque du grunge... Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !

Quoi qu'il en soit, le gang des toujours 8 canadiens fait un départ très, très musclé (le son encore mal réglé aidant), avec Ready to start et Month of May : la fin des titres sonne un peu en bouillie, de quoi s'inquiéter. Ca va heureusement s'améliorer ensuite et notamment à partir de Neighborhood n°1, qui est déjà un classique du 21ième siècle, puis de l'un peu languissante Rococo. suivie heureusement de Neighborhood n°2, l'occasion pour la charmante Régine de nous souhaiter la bienvenue et de dégainer son bel accordéon. On ne va plus guère toucher terre à partir de là, à partir de l'écolo et vibrante No Cars Go !, que le public scande à peu près juste. Suit l'émouvante Haïti (pas d'annonce spécifique sur les dons pour Haïti prélevés sur chaque billet, elle sera faite plus tard par Win Butler lui-même *), et l'immense Sprawl II qui (m')évoque irrésistiblement Blondie, l'occasion pour la jeune femme de jouer avec des rubans sur ce titre, bon à s'en rouler par terre.

La magie se prolonge avec le démarrage splendide d'Une Année sans Lumière (que je les ai chaque fois entendu jouer, malgré la pub mensongère du chanteur - à moins que je n'aie vue que des 'special nights' ?), et l'inévitable The Suburbs, qui ne me fait pas trop vibrer, elle. Mais enfin elle permet à Win de se détendre enfin un peu et de blaguer quelques instants au piano. Et puis la vidéo évoquant une adolescence à Suburbia qui l'illustre est cependant assez touchante, voire drôle, et nous accompagnera naturellement dans sa suite, Suburban War et ses arpèges délicates, qui montent largement en puissance ensuite, pour une fin très intense sur scène, encore largement plus que sur disque.

L'enchaînement est tout trouvé avec la my(s)t(h)ique Intervention : le son est devenu superbe à un moment donné, il faut bien l'avouer, on s'en rend compte à l'occasion de ce titre. Tout comme du fait que tout le monde joue et chante de mieux en mieux dans ce groupe, qui peinait auparavant (enfin, au début) à porter en live ses propres chansons : l'interprétation est proche de la perfection au sens de ce collectif, à savoir foutraque, déconnante à l'image, mais archi-précise dans le rendu. Au moins ne se tapent-ils plus dessus entre eux comme en 2005.

We Used to wait, c'est une nouveauté, donne même l'occasion au désormais grand chanteur de s'en venir crooner sans guitare tout devant (et de faire enfin se lever le Dôme entier) : avec ses immenses panards, il a quand même du mal à ne pas se vautrer des amplis de retour... En attendant, cette chansons un peu trop pleine de gimmicks arcadefiresques trouve également sa rédemption sur scène : après ce concert, je réévaluerai définitivement mon estimation de leur oeuvre à 3 disques merveilleux, je ne vous compte pas leur premier EP !

C'est alors que dans une lumière rouge sang, survient la chanson dont le premier accord suffit à me faire vibrer, la première que j'ai aimé d'eux, la surpuissante, l'époustouflante Neighborhood n°3. Mon voisin en chemise à carreau, et encore plus grand fan que moi (je me suis demandé s'il n'était pas coiffé comme Win exprès, en tout cas il chantait moins bien hélas), n'y tient plus et fonce en bondissant dans l'avant de la fosse, qui avec cette lumière paraît en effet en ébullition magmatique. Après ces quelques minutes de pied absolu (oui, on peut headbanguer sur Arcade Fire, parfaitement môssieu), le groupe quitte hélas la scène - on sait par expérience que leurs concerts paraissent et/ou sont toujours trop courts.

Le rappel se fait sur la moins écolo Keep the car running (la devise de tout bon marseillais qui se respecte, y compris quand il doit regarder défiler 120 000 personnes avant de pouvoir repartir), chanson toujours pétaradante comme son nom l'indique, une petite madeleine de Proust du 2e album un peu trop peu visité ce soir-là. Et le final, comme de bien entendu, sur la chanson qui a toujours été leur 'anthem' à eux, Wake Up : je repense à cette fin de concerts sous l'averse aux Eurockéennes, où j'en avais chialé de bonheur (bon, ok, j'étais saoul mais quand même). J'ai re-re-re-revu Arcade Fire à Marseille et dans un Dôme même pas plein, et je peux maintenant dire que même dans ces conditions le merveilleux affleure dans leur musique à chaque instant.

Les retours contrastés sur ce concert (cf liens ajoutés par Pirlouiiiit ici en bas) semblent cependant confirmer qu'il vaut mieux connaître leur répertoire avant de les voir, mais mon amie à peu près analphabète en arcadefireologie a tout de même été enchantée de sa soirée, elle. Certes ce ne sont pas les plus grands entertainers du monde sur scène - puisque ce sont les Hives - mais la musique d'Arcade Fire parle, et ô combien admirablement, pour eux ! Au point qu'après 1 h 35 de concert seulement, on a même du mal à être frustré tellement on a vibré. Ce groupe dont pratiquement pas un membre n'a changé depuis le début (à part des CDD recrutés en tournée) reste une sorte d'anomalie dans le mainstream qu'ils ont fini par rejoindre malgré eux, mais aussi une étoile particulièrement brillante dans la galaxie du rock des années 2000 et, espérons-le, 2010, 2020 et 2030...
Groupe du moment ? Bullshit. Bonne route à eux et à toujours, donc.
* A propos de dons plus ou moins intéressés : Amis imposables, on arrive en fin d'année, savez-vous qu'en donnant 100 euros de vos impôts à une association reconnue d'utilité publique (pour Haïti, pour Greenpeace, pour la Cimade, pour les vieux, pour les jeunes, pour le téléthon, pour compenser votre CO2, pour la SPA, etc etc., vous avez le choix quoi !), 66 sont déductibles de vos impôts et ne retournent donc pas financer la politique de notre bien-aimé gouvernement ? Je dis ça, je dis rien, mais moi ça me rend le don très doux.
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A lire aussi un autre fil de chroniques sur ce concert qui contient même des chroniques de gens qui ne se sont pas enthousiasmés et encore un autre là
Signature : Philippele 25/11/2010
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Photographe : pirlouiiiit
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>> Réponse (le 26/11/2010 par Gilles (Sausset)) C'est vrai qu'ils étaient vilains les Fucked up. En tout cas c'est super qu'on puisse encore vibrer autant après 5 concerts d'Arcade fire, moi c'était mon 2e seulement , ça ne fait que commencer donc ! Ps j'avoue que j'avais pas remarqué que c'était pas le Dôme complet (les draps noirs imitent bien le mur). Mais les marseillais ne remplissent le dôme que pour la variété française hélas. longue vie à Arcade Fire et merci à ses fans. > Réagir à cette critique

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