Critique de concert Arno + Imbert Imbert (festival Avec le Temps)


Le festival Avec le temps propose une affiche des plus alléchantes cette année. Après avoir manqué Arno le rocker flamand lors de son passage à la Fiesta des Suds il y a quelques mois, c’est gonflé à bloc que nous nous présentons à l’Espace Julien en ce samedi soir des plus pluvieux.

Un départ trop tardif, une pizza qui se fait attendre un peu trop longtemps au camion et une longue queue pour entrer dans la salle de spectacle nous font arriver pour les remerciements d’Imbert Imbert. Pas d’avis sur la prestation donc, juste des réactions de spectateurs arrivés avant nous, ayant trouvé cela assez intéressant, mais pas des plus gais. (ndP : pour moi ce fut une sacrée claque ... chronique à venir - ma révélation de ce festival pour le moment)

Après quelques minutes de préparation, 4 musiciens et une choriste font leur entrée sur scène, pour l’introduction de la jolie valse du dernier album intitulée Mademoiselle. Arno débute donc son tour de chant en crooner, mais enfile sur le morceau suivant God save the kiss sa deuxième casquette, celle du rocker. Il passe d’une facilité déconcertante de l’une à l’autre, posant sa voix éraillée et rocailleuse sur les temps forts. On ne comprend pas toujours exactement les paroles, mais l’énergie dont il fait preuve emporte tout sur son passage.

Il est visiblement en forme et à l’aise, prenant son temps pour s’asseoir quand il en ressent le besoin pour les morceaux les plus calmes. Il n’est pas avare non plus d’introductions pour présenter le (hors) sujet du titre suivant. On se sent immédiatement très proche de ce performer au grand cœur. Il nous parle des membres de sa famille (mère, grand mère, fils, belle fille…) et semble nous accueillir à bras ouverts parmi ces personnages hauts en couleur. Bien qu’il appuie sur leurs défauts, il transpire également une grande affection, sans fard, avec un humour toujours décalé. Le public ne manque pas de (sou)rire à ses clins d’œil, anecdotes et autres jeux de mots.

Force est également de reconnaître la grande qualité des textes qui nous sont servis ce soir. Cela me fait penser dans l’esprit à du Bashung, mais en plus direct, sans artifices. Je deviens dès lors un auditeur extrêmement attentif du monsieur et me régale de ses magnifiques balades. Quelqu’un a touché ma femme, Lola, etc ou Elle pense quand elle danse sont particulièrement réussies et touchantes de simplicité.

Les morceaux plus enlevés, essentiellement dans la langue de Shakespeare nous font également bien remuer. On retrouve notamment la reprise du classique You got to move ou le génial Meet the freaks, blues basique cradingue à souhait. Très rock/blues, le tout est super efficace. Les ambiances et styles se mélangent ainsi près de deux heures durant.

On lorgne parfois vers la musique berbère ou les tziganes, et le plaisir reste le même. Le gigantesque With you est même très électronique dark à la NIN, mais d’une efficacité à toute épreuve, mettant le public dans un état proche de la transe. Les influences sont donc toujours digérées et on retrouve constamment l’esprit Arno, qui va droit au but.

Il faut également avouer que le monsieur sait s’entourer, ses musiciens n’étant pas là pour faire de la figuration. Ils ont la particularité d’avoir des origines variées (belge, allemand, marocaine, zaïrois ou yougoslave) et d’apporter chacun leur touche à cet ensemble impressionnant de cohésion. Les chœurs interviennent toujours au bon moment et le pianiste a toujours les mélodies adéquates et n’hésite pas troquer son clavier pour un accordéon pour les morceaux qui le nécessitent. Le guitariste n’est pas très démonstratif, mais a un son très particulier et privilégie l’ambiance à la quantité de notes.

La structure rythmique enfin est assez exceptionnelle, le bassiste marquant de son empreinte tous les titres énervés et le batteur, d’une puissance ahurissante est une locomotive de premier choix. La complémentarité trouve sa meilleure illustration avec l’entêtant Putain putain, hymne à la paix entre les peuples, repris en chœur par le public.

Arno revient ensuite sur scène pour entamer Les yeux de ma mère, accompagné de son seul pianiste, à ses côtés depuis de décennies. Ce morceau constituera sans conteste l’un des sommets de la soirée. Cette dernière se terminera de manière plus légère avec la reprise d’Adamo Les filles du bord de mer.

J’étais visiblement le seul membre de l’auditoire à ne pas connaître cette chanson, entonnée à tue tête par un public aux anges. Reconnaissons en effet que la prestation était de très très haut calibre. D’ailleurs, ne dit-on pas "Par temps pluvieux, concert fabuleux ?".
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Signature : cabaskle 19/03/2011
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Photographe : pirlouiiiit
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