Critique de concert Arno

Il y a très longtemps, en Belgique, il y avait des colonies, un Congo avec des animaux sauvages, un jeune reporter blond en pantalon de golf mondialement connu, et un garçon en passe de devenir l'idole des jeunes (et, plus tard, l'idole des vieux réfugiés dans les stations de ski Suisses). La Belgique a perdu ses colonies, on a réalisé que le reporter en question était complètement ringard et colportait des idées absolument réactionnaires, racistes et vraisemblablement misogynes, et on a récupéré l'idole des jeunes dans notre bonne France (sans doute était il lassé de mettre des lunettes de soleil à 2 pour le prix d'une et des moon-boots)…

Aujourd'hui, la Belgique n'a donc plus tout ça. Mais malgré la perte des colonies, il reste des animaux sauvages outre Quiévrain. Il en reste au moins un. Et pas le moindre, puisqu'il s'agit vraisemblablement du roi de la jungle rock & roll européenne : un lion majestueux tantôt endormi, mais le plus souvent rugissant, les yeux grand ouverts et les griffes acérées.

Arno d'Ostende, le grand Arno, celui de l'hymne européen rageur que tout le monde à envie de reprendre (Putain, Putain), celui de la plus belle chanson écrite par un rockeur sur sa maman (Les yeux de ma mère). Celui qui fût capable de faire la trilogie parfaite avec trois albums absolument opposés et complémentaires au milieu des années 90 ("Idiots Savant", "Water" puis "A la Française"), avec un succès retentissant (et justifié) pour les trois… Celui qui malgré l'hétérogénéité de son oeuvre a su rester un des plus cohérent rockeur "francophone".
Fini le temps où le lion enlaçait les bouteilles de bière : il embrasse maintenant la bouteille d'eau minérale qui l'aidera à rugir toute la soirée. Le contraste entre son allure apathique et ses chansons déjantés se retrouve aussi dans le show lui-même : on pourrait s'attendre à voir un concert bordelique à souhait, et c'est tout le contraire qui se passe. La nonchalance à ce niveau-là ne peut se permettre de tout jouer sur le talent, et le set de cette soirée est réglé comme une apparition royale. Les cinq premières chansons s'enchaînent en nous laissant juste le temps d'applaudir. Carrées. Sans un mot de l'artiste.

Il nous scrute, évaluant sans doute sa proie, attendant peut-être de s'assurer qu'on n'était pas juste là pour voir le phénomène, mais aussi pour l'entendre dans ses oeuvres. Puis arrive la chanson de Caussimon autrefois interprétée par Léo Ferré : "Comme à Ostende", et là, le fauve se lâche, se met à nous parler, à nous charmer à nous séduire pour mieux nous emporter dans ses griffes. Et ça fonctionne à merveille : le public plus nombreux que jamais (la salle est comble) se lâche lui aussi. Certains dansent, d'autres "chantent", ou se regardent en réalisant sûrement que ce mec là ne peut décidément pas être juste un "sissoyen" de notre planète . Le formidable "Meet the Freaks" (de l'album "Water") finira de nous conquérir, et pendant les "classiques" que sont devenus "Ratata", "Marie tu m'as" ou "Bathroom Singer" Arno semble prêt à bondir sur nous, et tels des zèbres résignés, sûr de ne plus pouvoir lui échapper, nous ne faisons rien pour lui résister.


Quand, au milieu d'une chanson, il lance un : "on est moche, mais on s'en fout, on s'amuse" pour nous faire "chanter" avec lui, c'est avec un large sourire que l'on chante tous. Quand il part dans une version à rallonge de "Putain Putain" (avec un couplet en "russe-yahourt"), on sait que c'est autant pour nous faire plaisir que pour la jouissance de nous faire crier "nous sommes quand même tous des Eurlrlrlropéens !". Lorsque le temps des rappels arrive "oh là là" nous enflâme et "les filles du bord de mer" nous achèvent. Ces deux heures de concert resteront aussi mémorables que celle que j'avais passé dans d'autres salles avec cet animal, environ dix ans auparavant. Le vieux lion s'est peut-être un peu assagi, mais ça ne se voit pas sur scène, et même si j'ai un peu zappé ses dernières productions en studio, je retournerai sans aucune hésitation le voir se mettre "à poil commercial" sur une scène, quel que soit l'endroit.

Merci donc à Arno et ses musiciens pour ce show super professionnel, et bravo aux gens du Grenier à Sons qui, une fois de plus, prouvent que l'on peut avoir une programmation rock brillante dans une petite ville.

Aujourd'hui, la Belgique n'a donc plus tout ça. Mais malgré la perte des colonies, il reste des animaux sauvages outre Quiévrain. Il en reste au moins un. Et pas le moindre, puisqu'il s'agit vraisemblablement du roi de la jungle rock & roll européenne : un lion majestueux tantôt endormi, mais le plus souvent rugissant, les yeux grand ouverts et les griffes acérées.

Arno d'Ostende, le grand Arno, celui de l'hymne européen rageur que tout le monde à envie de reprendre (Putain, Putain), celui de la plus belle chanson écrite par un rockeur sur sa maman (Les yeux de ma mère). Celui qui fût capable de faire la trilogie parfaite avec trois albums absolument opposés et complémentaires au milieu des années 90 ("Idiots Savant", "Water" puis "A la Française"), avec un succès retentissant (et justifié) pour les trois… Celui qui malgré l'hétérogénéité de son oeuvre a su rester un des plus cohérent rockeur "francophone".
Fini le temps où le lion enlaçait les bouteilles de bière : il embrasse maintenant la bouteille d'eau minérale qui l'aidera à rugir toute la soirée. Le contraste entre son allure apathique et ses chansons déjantés se retrouve aussi dans le show lui-même : on pourrait s'attendre à voir un concert bordelique à souhait, et c'est tout le contraire qui se passe. La nonchalance à ce niveau-là ne peut se permettre de tout jouer sur le talent, et le set de cette soirée est réglé comme une apparition royale. Les cinq premières chansons s'enchaînent en nous laissant juste le temps d'applaudir. Carrées. Sans un mot de l'artiste.
Il nous scrute, évaluant sans doute sa proie, attendant peut-être de s'assurer qu'on n'était pas juste là pour voir le phénomène, mais aussi pour l'entendre dans ses oeuvres. Puis arrive la chanson de Caussimon autrefois interprétée par Léo Ferré : "Comme à Ostende", et là, le fauve se lâche, se met à nous parler, à nous charmer à nous séduire pour mieux nous emporter dans ses griffes. Et ça fonctionne à merveille : le public plus nombreux que jamais (la salle est comble) se lâche lui aussi. Certains dansent, d'autres "chantent", ou se regardent en réalisant sûrement que ce mec là ne peut décidément pas être juste un "sissoyen" de notre planète . Le formidable "Meet the Freaks" (de l'album "Water") finira de nous conquérir, et pendant les "classiques" que sont devenus "Ratata", "Marie tu m'as" ou "Bathroom Singer" Arno semble prêt à bondir sur nous, et tels des zèbres résignés, sûr de ne plus pouvoir lui échapper, nous ne faisons rien pour lui résister.


Quand, au milieu d'une chanson, il lance un : "on est moche, mais on s'en fout, on s'amuse" pour nous faire "chanter" avec lui, c'est avec un large sourire que l'on chante tous. Quand il part dans une version à rallonge de "Putain Putain" (avec un couplet en "russe-yahourt"), on sait que c'est autant pour nous faire plaisir que pour la jouissance de nous faire crier "nous sommes quand même tous des Eurlrlrlropéens !". Lorsque le temps des rappels arrive "oh là là" nous enflâme et "les filles du bord de mer" nous achèvent. Ces deux heures de concert resteront aussi mémorables que celle que j'avais passé dans d'autres salles avec cet animal, environ dix ans auparavant. Le vieux lion s'est peut-être un peu assagi, mais ça ne se voit pas sur scène, et même si j'ai un peu zappé ses dernières productions en studio, je retournerai sans aucune hésitation le voir se mettre "à poil commercial" sur une scène, quel que soit l'endroit.

Merci donc à Arno et ses musiciens pour ce show super professionnel, et bravo aux gens du Grenier à Sons qui, une fois de plus, prouvent que l'on peut avoir une programmation rock brillante dans une petite ville.
Signature : chlorophille 02/02/2008
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