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(Mon) Art Rock 2008 : The Noisettes, BB Brunes, Daniel Darc, James Chance & The Contorsions, Des Jeunes Gens Mödernes (növö), Poni Hoax

(Mon) Art Rock 2008 : The Noisettes, BB Brunes, Daniel Darc, James Chance & The Contorsions, Des Jeunes Gens Mödernes (növö), Poni Hoax en concert
Place Poulain Corbion / Forum Passerelle, St Brieuc   9 mai 2008
    
5 étoiles, concert à ne pas manquer


Jaime



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    Le tourisme de festival est décidément une bien belle et enviable activité ! Pour changer des grosses Eurocks/Rock en Seine, on est passé récemment aux Artefacts, et nous voici à Art Rock, Saint-Brieuc, 22 ! Cadré au centre-ville, au milieu des rues pavées et des maisons centenaires, galette-saucisse jusqu'à 23 heures (rupture de stock après - un scandale), chapiteaux et installations presque modestes (mettons, pour 5000 spectateurs environ ?) mais de grosses ambitions : de bien jolies têtes d'affiche sont annoncées ce week-end dans la Bretagne armoricaine !


    Après un tour rapide des installations de la place centrale, l'après-midi commence avec les The Noisettes. soit un vrai trio de poseurs cuir/lunettes/coiffure en pétard, dans un style power-pop ayant pour principal argument une chanteuse black coiffée comme Grace Jones, avec une jolie voix et un physique ... de Tentatrice des Enfers. Pour la musique par contre, on remarque avec dépit qu'ici les baffles sont encore "à l'ancienne" (c'est-à-dire le mur empilé où il faut tout mettre à fond). Du coup le son n'est pas formidable (et ne le deviendra jamais sur la place Poulain Corbion). Cela s'entend d'autant plus que les compositions du groupe ne sont pas formidables non plus, loin s'en faut - il semblerait même que la créature ne chante pas toujours très juste. Pour un peu, ça nous les casserait, les noi... (hum).


    Bref, comparer cela avec insistance aux Bellrays comme le firent le programme et même la presse locale, relève du raccourci très discutable. Rien à voir avec de combo de garage soul enflammé et aux compos souvent dantesques... Si vraiment c'était pour la chanteuse black, ça ressemblait bien davantage au pop-rock standard de Skunk Anansie ... Une jolie balade et un supposé "tube" (autrement dit, leur seul air qu'on ait déjà entendu quelque part), et les voilà partis sans trop de regrets - au moins on a pris nos marques en trouvant les toilettes pour hommes (roots mais conviviales !), ainsi que la seule barmaid qui sert le vin blanc en verres de 33 cl - mademoiselle, si le festival est déficitaire, ce sera un peu votre faute !


    Comme à l'accoutumée (on ne quitte plus les BB Brunes qu'on a vu à Strasbourg tout récemment), les jeunes filles à mèche-plastiscine-pantalon-slim sont déjà toutes en place devant - le roadie qui accorde les guitares au son de Téléphone et Louise Attaque se taille un petit succès ! Mais pas tant que la formidable clameur juvénile qui retentit pour l'entrée des 3 ""RR Rebelles, qui envoient toutes leurs compositions fraîches, pêchues et souvent horripilantes à l'énergie : comme en 68, Perdus cette nuit, le Gang (ah cette attitude de révoltés du 16ème arrondissement, inénarrable vraiment...)


    Un peu courroucé comme toujours à les écouter, on remarque avec amusement une scène mignonne : une fillette à couettes (10 ans maximum) portée d'un côté par papa, de l'autre par maman, pour voir ce qu'on imagine être son premier vrai concert : les BéBiBruhuhuhunes ! Au moins elle ne sera pas couchée tard grâce à cet horaire bien pensé. Et le festival de tubes générationnels continue, devant les 3 grand B géants et pas du tout mégalo : Ma Brune BB, Blonde comme moi, une chanson pas reconnue, celle qui pompe (toujours) un riff des Queens of the Stone Age (ah si voyiez Josh Homme chanter, mesdemoiselles... ça c'est un mec, un putain de mec, même moi je me sens toute drôle devant lui)...


    Dis-moi (arrgh) où le chanteur, réalisant soudain pour qui il chante, demande avec raison "Ca va toujours les enfants ?!", Bang bang Revolver (sympa) et encore une ou deux nouveautés, l'horrible Houna (arrêtez, ça tourne dans ma tête, je vais être malade), J'écoute les Cramps (pas encore assez on dirait) - au fait l'une de vous a-t-elle écouté à quel point c'est une chanson minable et macho, comme la plupart de leurs textes ? Non vraiment, ils jouent à peu près juste et très enthousiastes mais on aime pas, au fond c'est juste ... bof. Bien content de les avoir vus pour, espérons, la dernière fois.


    Bref, ce n'est qu'avec plus de bonheur qu'on va réécouter l'un de nos héros, qui nous a mis K.O. debout il y a deux semaines à peine dans une petite salle, le grand (par la stature, pas par la taille), le mythologique Daniel Darc dont le dernier disque nous a aussi enchantés. La pluie menace un peu, la queue aux galettes-saucisse est atroce, alors tant pis : Nuit et brouillard peuvent tomber, nous sommes en place pour Les remords et Daniel aussi, qui a l'air relativement en forme ce soir. Puis La pluie qui tombe, belle et très appropriée, donc.


    J'irai au Paradis, nous aussi l'espérons mais pas tout de suite, le son est réglé très fort et très rock ; L.U.V. en duo stylé décadent avec le bel Alice Botté (Alain est excusé, hélas) ; Un peu, c'est tout classe et retenue ; Nijinsky qui arrache et fascine ; une chanson d'amour Rouge Rose où il fait ralentir ses musiciens (et, dirent les mauvaises langues, son prompteur... pfff) ; un rock à l'harmonica (oublié le titre) ; une digression chez les autres comme il les aime (pour changer, un passage de L.A. Woman), la sublimissime et magique Jamais, jamais (note pour plus tard, idéale pour chialer dans sa bière, si un jour elle partait pour toujours...).


    Et pour faire bonne mesure (et avec plus d'entrain que la dernière fois), Cherchez le Garçon en version grunge où même l'orgue est rugueux - il présente les musiciens au fur et à mesure qu'il les retrouve (eux et leur nom à la noix), sur la scène dévastée... Et puis, bien sûr, il finit avec le Psaume 23 qui nous fait irrémédiablement penser aux prêches de fin de concert de Johnny Cash. Seul, assis, avec un piano, lu avec le public pendu à ses lèvres et ravagé de bonheur... et qui se finit on ne sait comment en extrait de la Sad Song de Lou Reed... Au final, un tout petit peu moins de communion et de punching ball textuel avec le public - forcément sur une grande scène, mais une dimension sonique supplémentaire et pas déplaisante du tout. Un très beau concert, complément idéal à la version intimiste - manque juste Je me souviens, je me rappelle et, promis, nous aurions vraiment pleuré !


    Alors bon, les très périmés Nada Surf après ça ? Très peu pour nous, d'ailleurs on est trop occupés à commenter le concert et à se diriger vers la suite de la soirée... Gagnons donc le forum de la Passerelle après un verre place de la République, voulez-vous ? James Chance & the Contorsions, avec son jazz groovy, est l'exemple même de l'artiste condamné à la confidentialité : trop punk, trop jazz et trop rock pour plaire aux jazzmen, aux rockers et aux punks ! Et pourtant ce petit bonhomme un peu mal fichu et gominé à mort incarne à la fois une certaine idée de Charlie Bird Parker, d'Elvis et de Lux Interior... Il suinte littéralement le rock'n'roll par tous ses pores, son groupe est excellent et il assure comme une bête, même avec ses petites danses rigolotes (comme s'il écrasait des bête sur la scène). Bref c'est une vraie révélation.


    L'ambiance s'avère délicieusement cosy dans cette petite salle, au public pas trop serré, dissipé juste ce qu'il faut et divaguant dans les escaliers. Le performer miniature, légende vivante du post-punk 80's et qui fait également penser physiquement à Terry Gilliam, envoie toute la sauce au saxo (appuyé par un compère pas essoufflé non plus), à l'orgue comme au micro... Il croone comme un Elvis détraqué, jamme tel Jerry Lee Lewis sur son Farfisa, danse comme un Travolta sous acide, chante comme un James Brown sous influence... Que les chansons soient lentes ou rapides, c'est énorme, grâce aussi aux 4 musiciens tout à son service. James Chance et son air vaguement terrorisé ? Une certaine vision du groove ! Le concert se finit sur une sorte de techno-jazz infernal, où le petit homme s'en va comme un prince, dans une ovation bien méritée ! Grosse claque.


    On le recroisera peu après, tout penaud et trébuchant, cherchant les toilettes ou le bar, pas fier... En attendant le dernier concert de la soirée, une excellente idée que cette carte blanche à la styliste Agnès B., en tant qu'égérie du mouvement post-punk français (certes anecdotique 25 ans après, mais du coup cultissime) : celui qu'on a appelé mouvement Növö avec entre autres, Taxi Girl, Marquis de Sade, Kas Product, Daho, Elli & Jacno, voire les Bérurier Noir et leurs costumes arty... C'est actuellement le sujet d'une expo à Paris dont on a bien voulu nous exposer une parallèle ici. On la découvre avec surprise et joie (la presse nationale l'ayant vantée par ailleurs) !


    C'est avec un peu d'amusement, voire d'émotion, qu'on retrouve tous ces gens qu'on a pas réellement connus à l'époque (pour cause, il faut bien l'avouer, de fanatisme avéré d'Albator et de Candy au début des années 80). Les photos sont belles, les pochettes de vinyle font rêver (la moitié pompe en effet celle de Man/Machine de Kraftwerk comme on l'a lu quelque part...), les jeunes gens mödernes "aiment leur maman", Daniel Darc et Mirwais sont beaux comme des dieux, même Lio est encore gracieuse... Et puis, au fond, quand on y pense, les survivants de l'époque ont en effet su rester des Jeunes Gens Mödernes puisqu'ils enflamment pour la plupart toujours les scènes de concert !


    C'est encore avec un immense plaisir qu'on retrouve les formidables Poni Hoax, meilleur album pop-rock 2006, devant un public à peine plus dense qu'à Marseille il y a un an et demi, qui commencent par un nouveau titre (on apprend le soir-même qu'ils viennent de faire paraître un deuxième disque, Images of Sigrid). On retrouve nos repères disco-punk avec Involutive Star (la voix du chanteur est toujours reverbée à mort), plaisir qu'ils font durer de longues minutes, puis probablement la terrifique Pretty Tall Girls (que j'ai un peu filmée) - ces musiciens modestes et géniaux sont absolument parfaits. D'ailleurs le beat obsédant de Budapest nous emporte tous dans son tourbillon obsessionnel ; la voix hypnotique du chanteur/playboy remplace la sensualissime voix de femme et donne une autre couleur à la chanson.


    On se rend ensuite compte qu'Antibodies écouté trop distraitement sur leur myspace il y a quelque temps, est une pure tuerie, fulgurance électro-pop, tel du New Order revisité 21e siècle... On agite furieusement le bassin, tout comme sur la très méchante L.A. Murder Motel (yeah), elle aussi étirée à l'infini sans qu'on s'ennuie une seconde. Le rappel sera composé d'un nouveau titre calme, pas reconnu après coup (Faces in the water ?), et de la formidable Carrie Ann - si cette chanson ne vous fait pas un peu vibrer, ne lisez plus jamais une chronique de moi par pitié... Toujours dans le "Never Explain / Never complain" (peu de discussion avec le public hormis quelques bêtises du batteur), Poni Hoax est français et chante en anglais, dans des petites salles remplies de français, et ils sont juste d'une classe éblouissante - certainement ce que l'underground peut produire de mieux. Ayons confiance, un jour le Monde saura... En tout cas nous aurons tout fait pour.


    C'est déjà la fin de cette décidément magnifique soirée (trois concerts formidables sur 5, excellente moyenne !) et l'on repart tous enchantés. On reviendra en journée compléter notre vision de ce festival pluri-disciplinaire : une paraît-il formidable création produite par Royal de Luxe (pas pu entrer hélas), une très belle et ludique exposition numérique, encore des concerts en plein air et gratuits - c'est à souligner, en plus d'entrées au tarif très raisonnable, le système de ce festival art & rock fait que même le plus paumé des clochards briochains a droit à l'ambiance, au tapis rose et à des concerts : un vrai concept de solidarité culturelle... Alors pour finir, faut-il vraiment souhaiter longue vie à un festival qui a (nous avons vu un ticket d'entrée d'origine à l'expo d'Agnès) ... plus de 25 ans ?! En tout cas si l'on peut, on y reviendra !


    Illustrations par Philippe !
    Des petites Vidéos (qualité appareil photo) par ici !

    Vignette Philippe
    Signature : Philippe
    le 11/05/2008
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     Vignette Philippe
    Photographe : Philippe
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