L'avantage d'un jour de pluie, c'est que les détenteurs d'invitations les moins motivés ne viennent pas jusqu'à la Fiesta. On se retrouve alors avec une jauge agréable, des temps d'attente pas très longs aux bars, une salle où on étouffe pas, et surtout pas avec des biiiiiiip qui parlent fort, se foutant de ce qui se passe sur scène.
Pour la première partie de soirée, l'équipe de Latinissimo a laissé une carte blanche à Juan Carmona, illustre guitariste flamenco. Au début, il sera accompagné d'un bassiste, d'un flûtiste, d'un second guitariste, d'un adepte du cajon et tapement de mains (très important !) et d'un chanteur, à la voix terrible, écorchée dans le plus pur style flamenco. Peu habitué au genre, je me surprendrais à trouver ça parfois trop "gentil". Ayant déjà vu plusieurs fois Antonio Negro, je m'attendais à quelque chose de plus roots, de plus rugueux.
Encore une fois, ce n'est qu'un ressenti, vu que Juan Carmona est un virtuose, que ses soli sont impressionnant, mais cela ne m'accroche pas plus que ça. De même, lorsque la flûte s'en mêle, je trouve que ça ne colle pas. Après, c'est l'avis d'un néophyte qui se fait plus puriste que les aficionados, hein....
J'entrerais plus dans l'ambiance avec l'arrivée du danseur Rafael de Carmen. De même que précédemment, je suis totalement novice du genre, n'attendez pas des commentaires d'expert. Mais je ne serais pas déçu par la classe du personnage. Gestes tendus, regard fier, enchaînements rythmés sur la musique.
Après une pause, l'Orchestre de Toulon vient accompagner les musiciens du début. Cela ne fera que renforcé le côté "aseptisé" que je reprochais au début. Alors que j'attendais une côté viscéral à cette musique, les cordes apporteront une touche aérienne. Encore une fois, cela n'est aucunement un jugement sur la qualité des (bons) musiciens, mais un ressenti.
Comme précédemment, j'accrocherais plus avec l'entrée en scène d'Antonio Canales, danseur remarqué dans Vengo de Tony Gatlif. Un passe dans un autre gabarit, et il prouvera qu'il n'est pas nécessaire d'être fin pour être gracieux. Encore une fois, grande classe, une prestance qui marque.
Au final, cela sera le rappel qui comblera mes attentes. Le groupes revenant en formation serrée : deux guitares, voix, tapement de mains, et les deux danseurs qui vont se succéder. On est dans ce côté "rugueux" que je recherchais depuis le début.
En 2e partie de soirée viendra pour moi la révélation de ce festival à savoir Avishai Cohen. Bon, ok, j'ai fait qu'une soirée de Fiesta cette année.... Mais c'était quand même un putain de concert.
Hum ? Comment ça ? Un peu court comme chronique jeune homme ? Ça va, je développe....
J'avais entendu parlé de lui comme d'un contrebassiste de jazz new-yorkais, assez connu. mais bon, moi le jazz, je suis aussi calé que pour le flamenco... Ce soir, il nous présentera surtout son dernier album Aurora, sur lequel il retrouve ses racines israéliennes. Avec des chants en hébreu et ladino (langue des rabbins espagnols) et des rythmes qui rappellent la Méditerranée.
Saluons tout d'abord les musiciens qui l'accompagnent. que ce soit la pianiste, le jeune femme aux chants / mélopées, le joueur de oud ou celui aux percussions, il se révéleront tous excellents. Et Avishaï Cohen est un réel virtuose de la contrebasse. Qu'il en joue de manière plus ou moins classique, qu'il s'en serve comme d'une caisse de résonance, que ses doigts s'y glissent, s'y promènent, s'y enchevêtrent, s'y disputent, il saura en sortir de douces mélodies ou des sonorités plus free.
Car avec Avishaï Cohen, on ne cesse de voyager d'une belle ballade / comptine comme Shir Preda, à des rythmes arabo-andalous sur Aurora, véritable invitation à la rêverie, à des moments plus free, et à l'enchantement que fut Leolam, au refrain si accrocheur, qui se décline entre les différents instruments, soli de contrebasse, piano, voix, percussions et chant du public sur le même thème. On ne s'en lasse pas ! Et oui, j'ai chopé l'album depuis...
Soulignons le très, très, bon boulot de l'ingé lumière sur cette soirée, qui ne feras que renforcer cette impression de partir ailleurs le temps d'un envoûtant concert.
www.juancarmona.com / www.myspace.com/jcarmonaflamenco
www.avishaimusic.com / www.myspace.com/avishaicohenmusic
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