Accueil Chronique de concert Babx + Iaross + Pierre Soletti (Festival Gravitations)
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Chronique de Concert

Babx + Iaross + Pierre Soletti (Festival Gravitations)

Babx + Iaross + Pierre Soletti (Festival Gravitations) en concert

La Mèson - Marseille 17 Mai 2014

Critique écrite le par

C'est une soirée Gravitation et même en apesanteur qui nous attend à La Mesón ce soir. Une soirée articulée autour de trois artistes poètes. De trois artistes à part. Et elle est présentée par un artiste lui aussi ... Frédéric Nevchehirlian, qui vient nous en dire quelques mots, avant que cela ne commence. Une annonce en toute simplicité pour ce festival qui existe depuis 2009, créé autour de la parole et de la chanson : " Juste des gens que j'aime et qui ne viennent pas forcément souvent dans le Sud ". Comme Babx, dont ce sera même le premier concert à Marseille. Présentation aussi, au passage, de la Coopérative Interexterne organisatrice de cette soirée faite pour parler, échanger, passer une bonne soirée ... ou pas ;) !! (Dixit Nevché, bien sûr).



" Ma poésie est toute petite... " seront les premiers mots de Pierre Soletti, le "poète agité " qui va ouvrir les hostilités. Mais cette poésie, qui n'est pas si petite, se fait chantante. Avec le même texte qui va se retrouver tour à tour répété, haché, chanté et joué. Jouer avec les mots. Jouer des mots. Faire que les mots deviennent autres ... Avec lui qui reste impassible : Voilà son crédo. Un drôle de personnage, vraiment, avec son texte écrit sur un long marque-page. Il crie puis, l'instant d'après, murmure ou joue de gargarismes. Et son corps se balance d'avant en arrière, comme pour marquer la musique de ses mots.



" Hommage à ma grand-mère, qui était toute de poésie pure... " Une grand-mère issue de l'immigration, qu'il décrit comme parlant un français approximatif mais beau, parlant trois langues, mais en même temps, et le tout avec en plus une mémoire très sélective. Cela donnait des mélodies et des paroles de comptines revues à sa façon. Et il se met à nous chanter l'une d'elle : un Pirouette, Cacahuète qui devient une toute autre histoire, dérivant une fois encore sur d'autres mots. Des mots sur les sans papiers, les sans terres et ceux qui n'en veulent pas chez eux ... Des mots qu'il nous livre tout en réduisant en pièce la feuille de papier qu'il tient dans sa main, la transformant en confettis qu'il jette ensuite en l'air !



" Un texte pour les enfants ", avec un titre tout trouvé : Je Travaille Pas. Cette fois inscrit sur de petites cartes blanches, qui tombent une à une à ses pieds. Maximes de tous poils sur les méfaits du travail, pour lesquelles nous avons même droit à la fin aux mentions légales et autres copyrights officiels ;)

Un second hommage à sa grand-mère, pour 24 Secondes De Poésie Pure. Ou peut-être 24 images secondes, comme au cinéma ... On ne voit plus son visage, masqué par les panneaux blancs qui annoncent du temps qui passe, seconde par seconde. Un appel. Une recherche de cette " Mamée " qui n'est plus là pour pour lui ouvrir la porte.



Le support papier change à chaque fois. Et pour partir dans du plus gaie ... " Un texte sur ma propre mort ! " annonce-t-il, nous guettant espièglement du coin de l'oeil. " Une fois déplié l'avion est une feuille " est inscrit sur le dos de sa page. Il commente ses phrases pour en faire ressortir l'aspect comique, avec un air pince-sans-rire absolument irrésistible. Et, à la fin ... La feuille redevient avion. Il nous regarde avec malice et, surprise : il nous lance plein de petites feuilles de toutes les couleurs, sur lesquelles sont inscrites de petites phrases, à la manière de Haïku japonais. Une belle parenthèse toute de poésie, qui a su nous transporter dans son monde " agité ", en Gravitation ...



Pierre Soletti : Poète

Setlist
1 - Ma Poésie Est Toute Petite
2 - Sans Pas
3 - Je Travaille Pas
4 - 24 Secondes De Poésie Pure
5 - Chien D'orchestre

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Ramassage du joli bazar de papiers colorés laissé par Pierre Soletti et préparation de La Mesón à recevoir notre second poète de la soirée ... Pour nous garder encore un peu en Gravitation autour des belles lettres, mais aussi des belles notes. Iaross s'installe tout en discrétion, un peu comme s'il ne voulait pas nous déranger. Sourit timidement même. Et accorde son violoncelle en nous proposant de faire comme s'il n'était pas là ... Très touchant.

Un son ample, puissant, chaud se dégage et monte de l'instrument, au simple contact de ses doigts sur les cordes. Commence alors son premier texte, mi-déclamé, mi-chanté, d'une voix emplie de la plus belle des musicalités. Puis il attrape son archet pour créer une nouvelle mélodie, par dessus la boucle de ses premières notes. S'y mêle sa poésie, toute à la fois prenante et bouleversante, mais surtout interprétée devant un public totalement captivé et dans une ambiance d'écoute quasi religieuse. Il joue des mots, de la musique et de l'intensité qu'il donne tour à tour à chacun et à chacune.



Puis il part " souiller le ciel ", avec toujours la même incroyable poésie, parfois mêlée de violence, mais surtout emplie de beaucoup d'émotion et accompagnée d'un touché du violoncelle un peu plus jazzy. Ses mots nous habitent. Les miens me manquent. Je suis transportée dans un monde parallèle et quasi expérimentale par ce violoncelliste de l'extrême, pratiquant le verbe et la musique avec la même fougue.

Il nous annonce ensuite un morceau d'actualité " pour dire, plutôt que de parler ". Un artiste qui peut paraître assez conceptuel au premier abord, mais qui parvient à littéralement méduser son public. Comme avec Le Nouveau, pour aller au-delà des mots. Au-delà des murs qui nous entourent et qui tombent à présent " ... Silence, mais faut pas rêver " nous souffle-t-il. Il semble tout autant possédé par les paroles que par la musique. Et par là même, nous possède à notre tour.



Mais il nous faut redescendre quelques instants de cet état d'apesanteur ... même si cela ne nous est pas évident. Nicolas tient à remercier Frédéric Nevchehirlian ainsi que toute l'équipe pour leur invitation. Puis il annonce et entame le dernier morceau (hélas déjà !) C'était Comme Si. Magnifiquement beau encore une fois, mais quasi impossible pour moi d'y apposer d'autres mots que les siens. Sinon que son violoncelle s'emballe. Que ses mots se bousculent. Que sa tête s'agite. Que ses yeux sont clos. Et que, après nous, il semble que ce soit qui soit lui à présent qui soit en apesanteur...



Nicolas Iarossi : Chant & Violoncelle

Setlist
1 - J'aimerai
2 - Renverser
3 - Le Nouveau
4 - Spleen 76
5 - C'était Comme Si

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Que me réserve la troisième partie de cette incroyable soirée, si chargée en émotion ...? Le bonheur de découvrir Live Babx, en trio et pour la première fois à Marseille. Mais attention : après Pierre Soletti et Iaross, la barre est très très haute ! Qu'à cela ne tienne, je ne pense sincèrement pas que le challenge ne lui fasse peur ;)

A peine sont-ils en place, que commence l'intro. Tous les trois nous font les chœurs. La voix off de Federico García Lorca monte " Moi, la poésie, je ne sais pas ce que c'est... " Le piano, le violoncelle et le murmure de leurs voix. La peau du tambour qui roule et qui grossit de plus en plus. Arthur Rimdaud " lance-t-il, avec les yeux de ses deux compagnons rivés sur lui. Puis Babx se met à chanter, les yeux clos. La musique s'emballe, pour finir sur son rire presque fou. Et, en un quart de seconde, ces trois musiciens disposés en arc de cercle partent dans la drôle de pantomime qui va nous garder en haleine jusque tard dans la nuit.



Avant de continuer, il fait une pause pour nous faire partage sa joie d'être là, grâce à ce grand Madiba, ce Despoète de Frédéric Nevchehirlian (comme il l'appelle). Et pour nous expliquer que ce soir, ce n'est pas à son répertoire habituel auquel nous allons avoir droit, mais à son projet Cristal Automatique, élaboré autour de textes qui ont compté pour lui ... Baudelaire, Rimdaud, Genet ou Kerouac, afin de réveiller les sorciers qui ce sont penchés sur son berceau.

Et c'est avec Baudelaire que nous allons commencer. Julien est passé à la guitare. David semble se mouvoir comme un somnambule aux mouvements presque imperceptibles. Justes quelques gouttes de sueur qui le trahissent en tombant sur ces genoux. Et la musique, comme une boucle qui s'amplifie et qui les absorbe totalement.



On enchaine sur les textes bruts et un peu crus de Genet. Avec aussi sa voix qui se teinte de Blues dans une sorte de déclamation chantée et dans un accord juste parfait avec le piano. Mais quand le condamné se prépare à mourir, la musique prend un tout autre tour, comme pour marquer le temps qui s'accélère au fil de ces heures qui lui sont comptées. Une musique construite à la manière d'un idéal complément des mots.

Puis c'est au maracas que Frédéric joue de la batterie. " Une petite chanson d'amour " que Babx nous interprète comme une marche grotesque et pathétique. Hurlant carrément ce texte sur ces laiderons qu'il conspue avec rage. Mais il joue avec nous, soufflant le chaud et le froid, passant du cri au murmure. Comme La Rue qui est déclamée sans musique et en canon. Joignant même leurs téléphones portables à la danse, pour démultiplier leurs voix à l'infini et en faire une douce cacophonie de mots.



Vient une voix lointaine en anglais. Un soupçon de violoncelle. Et c'est le jazz qui reprend la main. Chaque texte et habillé de la musique qui est faite pour lui, avec même un savoureux solo de batterie pour accompagner Kerouac. David s'amuse d'ailleurs du choix qu'il a du faire entre massacrer la poésie de ce dernier par une traduction ou par son accent, qu'il estime dramatique (à tord à mon avis ;) ). Et heureusement pour nous, ce n'est pas cette considération qui va l'arrêter, puisqu'il nhésite pas à enchainer sur une cover de Green Grass, son micro blotti au creux de ses mains. Sa voix se faisant chaud murmure, accompagnée par le violoncelle joué à la corde et par le piano devenu dissonant à l'aide de la feuille de papier qu'il a glissé entre les marteaux et les cordes.

La fin de cette parenthèse enchantée approche. Gaston Miron est annoncé et David répond " Je suis bien d'accord avec vous ! " à une femme qui éclate de rire à l'évocation de ce nom. Mais de rire, nous n'auront pas envie longtemps, très vite rattrapés que nous sommes par une musique et des mots qui vous habitent, vous entêtent et vous emportent ... Et puis la petite ritournelle du commencement reprend son cours. La boucle est bouclée. " Moi, la poésie, je ne sais pas ce que c'est... " retenti à nouveau, juste avant qu'ils ne quittent le plateau.



Babx va tout de même nous revenir, l'air de dire : Bon, comme ils insistent ! Mais le problème pour lui est, dit-il, de passer de cette poésie foisonnante à une de ses chansons. Il va pourtant relever le défi, seul en scène, avec un morceau composé justement après sa découverte de Kerouac ... " Avec mon accent d'indien ! " Surtout avec des mots qui jouent les uns avec les autres je dirais, comme dans la prose spontanée ou l'écriture automatique. Très complémentaire et tout à fait en adéquation avec la soirée, quoi qu'il en dise ;) (trop modeste décidément ce garçon !). Et il s'en va encore, non sans avoir salué avec ses deux compagnons de jeu ... Redescendant même en riant de l'étage, pour nous adresser un dernier au revoir depuis l'escalier menant aux loges et chemise ouverte, juste pour répondre aux applaudissements qui ne s'arrêtent pas.



David Babin aka Babx : Chant & Piano
Julien Lefevre : Violoncelle & Guitare
Frédéric Jean : Batterie

Setlist
1 - Intro
2 - Le Bal Des Pendus - Arthur Rimdaud
3 - La Mort Des Amants - Charles Baudelaire
4 - Le Condamné A Mort - Jean Genet
5 - Mes Petites Amoureuses - Arthur Rimdaud
6 - La Rue - Antonin Artaud
7 - Pull My Daisy - Jacques Kerouac
8 - Green Grass - Tom Waits
9 - La Marche A L'amour - Gaston Miron
10 - Conclusion
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11 - Crack Maniac

Chronique réalisée par l'équipe de Concerts en Boîte

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