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Jeudi 23 mai 2013 : 10555 concerts, 21945 critiques de concert, 4855 critiques de CD.

Critique de concert Ben Harper + Nilko


Ben Harper + Nilko en concert


5 étoiles, concert à ne pas manquer

Jaime

C’est dans le cadre idyllique du Théâtre de la Mer à Sète que se déroule la scène de cette soirée groovy dont Ben Harper sera le MC.
Mais d’abord arrêtons-nous sur la première partie : Nilko.



Guitare acoustique à la main, c’est un one man band qui est face à nous. Sous ses airs de rasta romantique, c’est un chanteur sans gênes et engagé qui nous fait part des textes les plus crus de la nuit. Mais il ne s’arrête pas là, l’animal, et nous interpelle, nous le public, pour faire monter cette chaleur humaine qu’il semble tant aimer.
Et il en redemande, encore et encore : "Une légende ici dit que si 1413 personnes tapent ensemble dans leurs mains un grand coup, elles transportent la chaleur au loin." Tiens, j’la connaissais pas celle-là…
Après un faux départ, le public qui, heureusement pour Nilko et sa légende, a prévu de remplir au complet le Théâtre depuis plus de quatre mois, se prête très volontiers au jeu.



La sauce prend tellement que le gars s’offre un simili faux rappel pour la déconne et, qui fut pris qui croyait prendre, c’est une standing ovation impromptue ! Très rare pour une première partie, mais méritée.
J’ai rarement vu le Théâtre de la Mer aussi chaud.


Le cadre est juste superbe. La mer au loin, pas encore tout à fait noire, les mouettes qui nous effleurent légèrement, bercées par la brise qui nous fait oublier la chaleur de l’été : Ben Harper va donc jouer dans un décor quasi naturel.



Son entrée est fracassante, mais c’est pourtant bien en version acoustique qu’il démarre son set avec Feel Love, morceau sorti de son dernier opus Give Till It’s Gone, et She’s Only Happy In The Sun.
Dans le public c’est une marée de femmes en extase qui font les chœurs avec langueur et timidité, à tel point qu’on entend même les déclics des photographes ! Moment de félicité… aussi tôt dans le concert ?.... ça promet.
Quelques notes plus loin, un bateau passe nonchalamment près de la falaise et les deux guitaristes sur scène n’en croient pas leurs yeux. Ils se tournent face à lui pour jouer dos au public.
En quel autre endroit pourrait-on assister à pareille scène ?...



On sent très aisément que Ben Harper est en forme ce soir. Certes, ce n’est pas le mec le plus exubérant de la planète sur scène, souvent assis (choix musical oblige), mais le feeling est là. Sa voix est écrasée, suave, capable de pics graves et puissants. Dans une déco de tapis disposés au sol, ce crooner black à l’allure désinvolte choisit de donner le meilleur de sa personne sur Suzie Blue : il s’agenouille à hauteur du public pour chanter yeux dans les yeux, dépose son chapeau sur la tête d’une demoiselle tremblante, prend les portables qu’on lui tend et devient réalisateur de son propre concert pendant quelques secondes. Il n’a même plus besoin de chanter, 1500 personnes le font pour lui. Plus fusionnel, tu meurs.



Je me demande parfois à quoi on reconnait un public averti ?
Ici, la question ne se pose même pas. A chaque début de chanson c’est une euphorie générale. C’est vrai que le monsieur égrène les succès, et il est très dur de se retenir lorsque retentissent les intro de Another Lonely Day ou Wide Open Light.
Mais ce n’est pas la même histoire lorsqu’il se met à jouer de sa guitare à l’horizontale en adoptant le style tapping (taper les cordes plutôt que de les gratter).



C’est baigné de lumière rouge qu’il entame donc All My Heart Can Take : vibrations orientales sur des rythmes texans-groovy, ce morceau purement instrumental est à la limite de l’expérimental.
Pour mieux admirer, certains commencent à se lever. Les accents nostalgiques de la simili cithare font place à des rythmes plus soutenus qui enflamment encore l’audience après plus de dix minutes de solo !
Si on n’est pas face à des aficionados, là….



Un combat verbal s’engage même entre "Assis !" et "Debouts !", pour savoir comment profiter au mieux du spectacle. La partie est serrée mais je parie que tout le monde sera d’accord avant la fin…
Après avoir changé de guitare pour la 25e fois de la soirée, Harper annonce une nouvelle chanson, mais les moins patients d’entre nous, qui ont fouillé sur internet, connaissent déjà la réponse et la lui crie.
"Wow ! That’s impressive. Technology is over there !" Tu l’as dit…où est le plaisir de la surprise là-dedans…



Le monsieur est très vite ébahi par l’interaction avec son public : une simple reprise de refrain à un moment où les instruments se taisent, et c’est main à la bouche qu’il reste figé devant tant d’harmonie. Comme une pensée unique muée par 1500 cerveaux, le chant s’accélère au rythme des battements de cœurs.

Après un temps ridiculeusement court qui servira de repère pour annoncer le rappel, Harper nous revient en délire.
Le duo basse-batterie a su être très bon tout le long du show, quant au guitariste il a fait le minimum syndical. Non, on ne pourra pas nier que le tout est vraiment porté par Harper lui-même.



De toute façon, on ne voit que lui, et on est devenu tellement proches, qu’il nous raconte ses souvenirs de gamin quand ses parents lui disaient d’écouter les dernières galettes sorties, qui deviendraient plus tard des anthologies "timeless", alors que lui préférait faire du skate. Mais aujourd’hui il s’incline devant tous ces Dieux, avec pour offrande une reprise de Bob Dylan, Forever Young.
Sur Better Way, les riffs et les cris deviennent si puissants qu’il en perd son chapeau.

Il entame son 2e rappel après un premier qui a duré 45mn et un concert qui affiche déjà 2h au compteur !
Pour annoncer When She Believes il n’hésite pas à jouer la corde sensible : "It’s a song I wrote in France." Cocorico !, il n’en faut pas plus pour rallier les derniers incorruptibles qui n’avaient pas encore pris part à la fête.



Silence religieux où seuls les "I love you" venant du public sont jetés comme des bouteilles à la mer.
Le Théâtre de la mer est apaisé, nostalgique, libre et proche de ceux qu’il aime.
Tout le monde le sent ; même lui : "Thank you for making a night like this possible".
Il y eu parfois quelques longueurs, c’est vrai, mais l’ambiance fut exceptionnelle et généreuse.
Un simple salut timide de la main et quelques autographes directement signés sur scène mettront un terme à la nuit.



Ah, au fait, j’ai gagné mon pari….


 


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