Critique de concert Buk Project (Festival Jazz Sur La Ville)

Voilà une idée bien originale. Un "parcours dans l’histoire du jazz autour des œuvres de Charles Bukowski". Ce n’est pas une nouveauté, Christophe LeLoiL l’avait déjà produit au Corbusier voilà sept ans. La BMVR a travaillé sur le projet et des documents audio viennent étayer le propos.
Le premier intervient en préambule. On y entend Bukowski déclamer et roter. J’avais découvert comme beaucoup ce génie de la littérature lors de l’émission Apostrophes. Il y était venu avec ses bouteilles de vin blanc et Bernard Pivot n’avait pas pu gérer le personnage.
En cette fin d’après-midi, Bukowski sera campé par un comédien, Olivier Pauls. Il aura de quoi s’occuper : de chaque côté de la scène, une chaise l'attend derrière une table ronde garnie de bouteilles diverses (whisky, gin, vodka...). Et quelques cadavres de bière sont disséminés aux quatre coins de la scène.
Dans ce bouge, le jazz est en premier lieu particulièrement moderne. Aigus de la guitare. Force de la batterie. Unité vestimentaire des quatre musiciens : costard noir trois pièces dont le gilet est laissé négligemment ouvert pour dévoiler un torse nu. Idem pour Olivier/Buk qui nous narre sa Jeunesse A La Nouvelle-Orleans. Il y dit préférer les rats aux humains.
La musique qui suit se met au diapason du lieu, trompette sublimement étouffée par sa sourdine.
Quelques glauques parenthèses, pareilles à la vie de Bukowski sont ouvertes et fermées : d’un poème à l’extrême suggestivité, Asile de Nuit, s’échappent des odeurs nauséabondes. Des sons de lavabo coulent de la trompette pour illustrer la narration suivante.
La poésie des textes lus peut être érotique (Poème d’amour à une strip-teaseuse, Quelqu’un) voire pornographique (crudité de Comme une fleur sous la pluie), elle peut se révéler humaniste (Le génie de la foule).
Le quartet y ajoute la sienne, tout autant variée : un orgue liturgique, un bugle chuchoteur, un thème classique, un jazz d’une débordante inventivité... Et cette merveilleuse ballade qui naît à l’issue du texte le plus surprenant de la part de Bukowski, Confession :
que j'ai toujours eu peur de prononcer
je peux à présent les dire :
je t'aime.
Textes brillamment dits, musiques évocatrices, niveau des bouteilles en baisse, l’immersion fut totale dans l’univers de ce géant de la littérature. Session de rattrapage le 28 janvier 2011 à la Station Alexandre.
Signature : mcyavellle 29/10/2010
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Photographe : bertrand 13rugissant
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