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Lundi 28 mai 2012 : 9035 concerts, 20891 critiques de concert, 4722 critiques de CD.

Critique de concert Festival MIMI : Cannibales et Vahinés & G.W.Sok/ Zun Zun Egui


Festival MIMI : Cannibales et Vahinés & G.W.Sok/ Zun Zun Egui en concert


5 étoiles, concert à ne pas manquer

Jaime

Il est environ 17h30 lorsque je débarque sur l’île du Frioul. L’heure pour moi de m’immerger dans l’ambiance du "MIMI"….



A peine arrivé, suis-je accueilli par une "harpe à nuage", installation étrange qui, à l’aide d’un laser pointé vers les cieux, observe les nuages, et s’en inspire pour composer une musique éthérée… Un peu plus loin, trois hélices, montées sur des girouettes, triturent une séquence de quatre notes (rappelant immanquablement "on the run" de Pink Floyd) par le biais de filtres et de générateur d’enveloppe (via Pure Data), pour aboutir à un Krautrock venteux … Si l’intérêt de ces musiques autogénératives peut être source de débats, il n’en reste pas moins que ces installations sont, a minima, de sympathiques curiosités animant le trajet en direction de l’Hôpital Caroline…



Depuis le chemin, j’aperçois une étrange rangée de lampadaires. En réalité, il s’agit de "douches sonores", à travers lesquelles sont retransmis, en direct, des sons enregistrés dans les quatre coins du monde… Si l’idée de se "téléporter" par le son est séduisante, il s’avère, malheureusement, que l’installation fonctionne assez mal. Il faut admettre que l’idée de diffuser du son en streaming entre la Chine et le Frioul était un pari risqué…



Bientôt 19h00. Avant de monter à l’Hôpital, où se trouve la scène, je retourne sur mes pas, à l’accueil du festival, pour participer à une "promenade floue", proposée par Mathias Poisson et Manolie Soysouvanh. Cette animation vous propose de visiter l‘île du Frioul en portant des lunettes, légèrement teintées et spécialement étudiées pour vous offrir une vision floue en toute circonstances. Les consignes sont simples : suivre les guides (qui ont pris la précaution de porter des parkas rouges, afin d’être repérés malgré les lunettes), et ne pas parler durant la visite afin de pouvoir se concentrer sur l’environnement sonore…Une fois les lunettes chaussées, on pénètre dans un autre monde, composé d’un ensemble de tâches colorées et informes. Le pas hésitant, on suit, en silence, les deux traces rouges que sont devenus nos guides. Peu à peu, la démarche s’affirme, on apprend à marcher sans vraiment y voir, et on craint alors que les lunettes ne soient qu’un simple gadget dont on se lasserait bien vite. En réalité, l’habituation à cette nouvelle vision n’est que le préalable à un voyage étrange et onirique sur une île dont on à peine à croire qu’il s’agit encore du Frioul… Les deux tâches rouges, qui nous guidaient d’un pas régulier sont prises, tout à coup, d’une envie de courir, de sauter, de ramper à toute vitesse tel des lutins ou quelques autres esprits malicieux. Puis, les tâches changent de couleur, au gré des changements de parkas, pour se fondre dans le paysage, devenant laurier rose, rochers ou véhicules… L’île elle-même se métamorphose : le moindre espace de verdure devient une forêt féérique, la galerie commerçante une caverne inquiétante… Et à la fin du périple, après que l’on se soit assis et qu’on ait longuement admiré le flou apaisant du bord de mer, les guides vous retirent, doucement, vos lunettes… Le monde étrange dans lequel vous avez baigné pendant cette visite semble alors s’éloigner, se perdre à jamais dans la netteté ordinaire… On reste alors assis, de longues minutes, silencieux, encore habité par ce rêve étrange… Cette expérience fut donc, vous l’aurez compris, une réussite totale, bien loin de l’animation "gadget" que l’on aurait été en droit de craindre…
Encore remué par cette expérience, j’entame, pour de bon cette fois, le trajet en direction de l’Hôpital Caroline.



Lorsque j’y arrive, je découvre divers stands marchands, tous agréables et, généralement, originaux. Et ça et là, des consoles, posées à même le sol ou suspendues aux arbres, installées par l’association Archéopterix. On se remémore son enfance en dégommant des canards sur "Duck Hunt", on joue à "Sonic", projeté sur un mur de l’Hôpital, et on retrouve "Mine storm" sur une Vectrex. Un bémol toutefois, la réaction des enfants face à ces antiquités vidéo-ludiques me donne immanquablement un coup de vieux… Il me reste alors à me consoler au stand de peintures rupestres, où j’ai appris à me confectionner un pinceau avec un morceau de bois…

Depuis la scène quelques notes s’élèvent…. Le concert commence !!! Bon sang, il est 21h30, je suis sur l’île depuis déjà quatre heures, et je n’ai absolument pas vu le temps passer…



Sur scène, Cannibales et Vahinés entament les hostilités. Ce trio, guitare, sax/électronique, batterie, s’est adjoint les services de G. W. Sock (ex The Ex… rigolo ça…) au chant, et nous propose, dans le cadre du MIMI, leur premier concert sous cette configuration. Décrire la musique de ce groupe est une gageure, tant ils savent échapper à tous les cadres…



L’énergie est punk, le groove est une réminiscence de la grande époque du jazz éthiopien, et, à l’aide d’une guitare flirtant avec le post-rock et d’un saxophoniste bidouillant de l’électronique, Cannibales et Vahinés nous sert un post-punk mélancolique et pêchue… G. W. Sock, quand à lui, sait être tout à la fois charismatique et absent, comme ailleurs…



Il est toujours hasardeux de comparer un groupe aussi singulier à d’autres, mais, en ce qui me concerne, j’y ai trouvé du This Heat et, forcément The Ex (au passage, merci au Mystic Punk Pinguin pour la découverte). Le set, bouillonnant et sans compromis, s’il a rapidement fait fuir la partie "non-avertie" du public, trouvera, néanmoins, un écho plus que positif auprès des festivaliers…



Après une courte pause, la musique reprend avec Zun Zun Egui, un quatuor Anglo-Japonico-Réunionnais !!! Dès le premier morceau, le public quitte les gradins pour venir danser devant la scène. La musique proposée, improbable sur le papier, s’avère diablement efficace.



Le guitariste chanteur nous fait découvrir les rythmes et mélodies réunionnaises à travers un ampli saturé, tandis que ses acolytes martèlent des rythmes lourds et groovy… Imparable !!!



Les instruments se mêlent, se répondent, s’opposent dans un délire noisy/exotique, et, sans même vous y attendre, vous vous retrouvez à danser tout en faisant du headbang !!!



Le groupe laisse le public sur sa faim, après un rappel de deux morceaux. On en aurait voulu plus, sans doute jusqu’au petit matin, mais il est tard, et il va falloir rejoindre le bateau qui nous ramènera au Vieux-port….



Un petit bémol tout de même: Il est impossible d'amener une bouteille d'eau avec soi pour voir les concerts... En plein mois de Juillet, et après avoir passé quelques heures sur l'île, c'est plutôt gênant... A part ça, superbe festival !!!!


 


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