Critique de concert Cathy Heiting et Jonathan Soucasse - Bizet Etait Une Femme

Une dose de lyrique, deux doses de comique, et une autre de jazz. Ajoutez une pincée de soul/gospel, un zeste de dérision, quelques grimaces et un strabisme chronique et convergent. Secouez bien fort et servez très frais. Le cocktail Bizet Etait Une Femme concocté par Cathy Heiting et Jonathan Soucasse est prêt à consommer, sans modération au Théâtre Toursky.

Mais commençons par le commencement. Au Théâtre Toursky se déroule en ce moment Festi'Femmes - un festival dévolu à... devinez quoi? -, et créé à Marseille en 1996. Comme souvent au Toursky, nous avons droit à quelques mots d'accueil de Richard Martin, son sourire goguenard et son ton caustique font depuis longtemps partie de l'identité du lieu, on a plaisir à les retrouver, à chaque fois. Il est accompagné ce soir de la fondatrice de Festi'Femmes, Eliane Zayan.
Une première partie en trois temps présente un aperçu du festival : trois femmes - ou presque - donnent un extrait généreux de leurs spectacles. La très charmante chanteuse Caroline Peysson interprète son titre phare Femme De Personne. Elle assène tout sourire, en rythme et à répétition qu'elle n'est la femme de personne. S'ensuit la très charmante chansonnière Erika, qui présente deux sketches, un sur sa vie sentimentale et sa mère, l'autre où elle réussit à placer la liste presque exhaustive des villes des Bouches-Du-Rhône et des quartiers de Marseille. Tout le public est pissé de rire comme dirait Gad Elmaleh, elle est vraiment marrante et efficace. Et pour finir cette longue présentation, l'improbable et approximative Tatie nous montre ses poils aux jambes. La parité est presque assurée.

Commence enfin le spectacle attendu. Reprenons. Bizet Etait Une Femme. Cathy Heiting y campe le rôle de Katia Von Bretzel, Diva tout droit sortie d'un album de Tintin. Ingmar Brutesson alias Jonathan Soucasse, non moins Tintino-similaire est son pianiste accompagnateur. Entrée discrète et empesée sur un silence qui dure, quelques saluts protocolaires à répétition, quelques sourires parasités de tics nerveux compulsifs. On sent que ça va bientôt basculer mais les deux artistes font durer à loisir ce moment plein de tension dramatique. Et en effet ça bascule franchement, définitivement dans le comico-lyrique déjanté. Le premier chant, la Lamentation De Didon, de Purcell est magnifique. Je suis littéralement scotché, le cul par terre, ou sur le fauteuil.

Car entre deux délires, Cathy Heiting déverse le flot de sa voix, belle, puissante, envoutante, une authentique voix d'opéra, soprano passant avec aisance et désinvolture du colorature au lirico spinto. Et nous basculerons ainsi tout au long du spectacle entre le frisson de l'émotion donné par la fièvre de son chant et le mal aux côtes à force de se secouer de rire. On apprend au détour de l'Aria extrait du Trouvère de Verdi que ce dernier, cocaïnomane assidu était l'amant de... c'est son petit-fils Duke Ellington qui a dit que... La Séguedille de Bizet part en vrille sur Ay Bodega Bodega des Négresses Vertes, puis sur Caravan.

Bien plus qu'un simple faire-valoir, Jonathan Soucasse adapte son jeu pianistique, d'une élasticité surprenante aux élucubrations de Katia Von Bretzel. Son personnage s'étoffe au fil du spectacle. Il propose une variation et un développement intéressants à la fameuse position 'Jerry Lee Lewis' au piano. Certaines scènes rappellent carrément Tex Avery (Spike le bulldog ténor et envouté qui déraille en tuxedo). Ça va même plus loin : le chien qui se masturbe frénétiquement sur la jambe de la Diva agacée. Sa folie est à l'égal de celle de la diva. Mais il y a à chaque fois un retour au piano, à la musique et à la voix, superbes tous les deux.

Massenet dérape sur Gershwin, puis sur l'Inspecteur Gadget. L'Air de Didon -Purcell- qui vire en Hallelujah façon Mahalia Jackson. Chaque grand air qui avait si bien commencé bascule irrépressiblement, à l'instar de l'œil gauche de la Diva qui revient dire merde à l'autre, de manière chronique. L'Amour Est Un Oiseau Rebelle devient Besame Mucho où la Castafiore se rue dans les travées pour inviter un pauvre spectateur/capitaine Haddock à la danse. Le très jazzy It Don't Mean A Thing, L'Ami Ricoré, tout passe à la moulinette. Le public se marre de plus en plus. Et s'il apprécie à sa juste et très haute valeur le spectacle des deux compères, c'est certainement qu'il sent, comme moi, qu'en deçà, ou au-delà de la dérision, il y a un réel amour, un authentique respect de la musique.

La recette d'un tel mélange n'est pas si simple, pour que le cocktail soit réussi. Cathy Heiting et Jonathan Soucasse communiquent avec le public tout naturellement, le travail en amont est certainement considérable. Ils peuvent tout tourner en dérision, autant qu'on le souhaite, nous ne sommes pas dupes. Ils aiment la musique et nous font partager cet amour. Cathy Heiting revient avec Nessun Dorma, de Puccini, puis avec Don't Blame It On The Sunshine. Elle invite celles de la première partie, puis Richard Martin et Eliane Zayan à les rejoindre sur le plateau pour un salut final. Ovation générale, et chapeau bas devant les artistes.
Des extraits vidéos de Mardal par ici, plus de photos de McYavell par là.

Mais commençons par le commencement. Au Théâtre Toursky se déroule en ce moment Festi'Femmes - un festival dévolu à... devinez quoi? -, et créé à Marseille en 1996. Comme souvent au Toursky, nous avons droit à quelques mots d'accueil de Richard Martin, son sourire goguenard et son ton caustique font depuis longtemps partie de l'identité du lieu, on a plaisir à les retrouver, à chaque fois. Il est accompagné ce soir de la fondatrice de Festi'Femmes, Eliane Zayan.
Une première partie en trois temps présente un aperçu du festival : trois femmes - ou presque - donnent un extrait généreux de leurs spectacles. La très charmante chanteuse Caroline Peysson interprète son titre phare Femme De Personne. Elle assène tout sourire, en rythme et à répétition qu'elle n'est la femme de personne. S'ensuit la très charmante chansonnière Erika, qui présente deux sketches, un sur sa vie sentimentale et sa mère, l'autre où elle réussit à placer la liste presque exhaustive des villes des Bouches-Du-Rhône et des quartiers de Marseille. Tout le public est pissé de rire comme dirait Gad Elmaleh, elle est vraiment marrante et efficace. Et pour finir cette longue présentation, l'improbable et approximative Tatie nous montre ses poils aux jambes. La parité est presque assurée.

Commence enfin le spectacle attendu. Reprenons. Bizet Etait Une Femme. Cathy Heiting y campe le rôle de Katia Von Bretzel, Diva tout droit sortie d'un album de Tintin. Ingmar Brutesson alias Jonathan Soucasse, non moins Tintino-similaire est son pianiste accompagnateur. Entrée discrète et empesée sur un silence qui dure, quelques saluts protocolaires à répétition, quelques sourires parasités de tics nerveux compulsifs. On sent que ça va bientôt basculer mais les deux artistes font durer à loisir ce moment plein de tension dramatique. Et en effet ça bascule franchement, définitivement dans le comico-lyrique déjanté. Le premier chant, la Lamentation De Didon, de Purcell est magnifique. Je suis littéralement scotché, le cul par terre, ou sur le fauteuil.

Car entre deux délires, Cathy Heiting déverse le flot de sa voix, belle, puissante, envoutante, une authentique voix d'opéra, soprano passant avec aisance et désinvolture du colorature au lirico spinto. Et nous basculerons ainsi tout au long du spectacle entre le frisson de l'émotion donné par la fièvre de son chant et le mal aux côtes à force de se secouer de rire. On apprend au détour de l'Aria extrait du Trouvère de Verdi que ce dernier, cocaïnomane assidu était l'amant de... c'est son petit-fils Duke Ellington qui a dit que... La Séguedille de Bizet part en vrille sur Ay Bodega Bodega des Négresses Vertes, puis sur Caravan.

Bien plus qu'un simple faire-valoir, Jonathan Soucasse adapte son jeu pianistique, d'une élasticité surprenante aux élucubrations de Katia Von Bretzel. Son personnage s'étoffe au fil du spectacle. Il propose une variation et un développement intéressants à la fameuse position 'Jerry Lee Lewis' au piano. Certaines scènes rappellent carrément Tex Avery (Spike le bulldog ténor et envouté qui déraille en tuxedo). Ça va même plus loin : le chien qui se masturbe frénétiquement sur la jambe de la Diva agacée. Sa folie est à l'égal de celle de la diva. Mais il y a à chaque fois un retour au piano, à la musique et à la voix, superbes tous les deux.

Massenet dérape sur Gershwin, puis sur l'Inspecteur Gadget. L'Air de Didon -Purcell- qui vire en Hallelujah façon Mahalia Jackson. Chaque grand air qui avait si bien commencé bascule irrépressiblement, à l'instar de l'œil gauche de la Diva qui revient dire merde à l'autre, de manière chronique. L'Amour Est Un Oiseau Rebelle devient Besame Mucho où la Castafiore se rue dans les travées pour inviter un pauvre spectateur/capitaine Haddock à la danse. Le très jazzy It Don't Mean A Thing, L'Ami Ricoré, tout passe à la moulinette. Le public se marre de plus en plus. Et s'il apprécie à sa juste et très haute valeur le spectacle des deux compères, c'est certainement qu'il sent, comme moi, qu'en deçà, ou au-delà de la dérision, il y a un réel amour, un authentique respect de la musique.

La recette d'un tel mélange n'est pas si simple, pour que le cocktail soit réussi. Cathy Heiting et Jonathan Soucasse communiquent avec le public tout naturellement, le travail en amont est certainement considérable. Ils peuvent tout tourner en dérision, autant qu'on le souhaite, nous ne sommes pas dupes. Ils aiment la musique et nous font partager cet amour. Cathy Heiting revient avec Nessun Dorma, de Puccini, puis avec Don't Blame It On The Sunshine. Elle invite celles de la première partie, puis Richard Martin et Eliane Zayan à les rejoindre sur le plateau pour un salut final. Ovation générale, et chapeau bas devant les artistes.
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Signature : mardalle 14/03/2012
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Photographe : mcyavell
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Théâtre Toursky - Marseille

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