Critique de concert Nice Jazz Festival : Charles Bradley + Macy Gray + Seal

Pour cette édition 2011, le plus ancien festival de jazz en France effectue un retour aux sources : après de longues années dans la banlieue de Cimiez, c’est le très central jardin Albert 1er qui accueille à nouveau les artistes.

L’endroit est agréable et entre les deux espaces dévolus aux concerts –la scène Masséna et le Théâtre de Verdure- « le village » a été installé : stands de nourriture, de boissons, espace presse, espace VIP, le public déambule benoîtement, comme dans un jardin public… Méga organisation, pour un accueil très réussi.
Ce soir, c’est « soul et Rn’B» côté Masséna, celui que j’ai choisi, avec au programme Charles Bradley, Macy Gray et Seal.

A l’autre extrémité du jardin, le Théâtre de Verdure accueille aux mêmes horaires Jérôme Vinson Trio (vainqueur du Tremplin), Trombone Shorty et Avishai Cohen (NdMcY : j’en parlerai plus tard).
La soirée commence pour moi avec une découverte : Charles Bradley. Après avoir été cuisinier pendant la majeure partie de sa vie, puis avoir écumé les clubs de Brooklyn ces dernières années, ce jeune homme a commencé sa carrière officielle aux environs de 60 ans, il en a 63.

Charles Bradley est l’archétype du « soulman », une authentique pièce de musée, qui n’a bien sûr pas sa place dans un musée : costume rouge, cintré, bordure galon d’or le long des manches et du pantalon. Silhouette de Toutankhamon dans le dos, en gommettes argentées, chemise noire, manches transparentes : la totale. Mais si ce n’était que la tenue… tout le reste va avec : la voix éraillée style James Brown, les cris, et le top du top, le jeu de scène, la danse.

Charles Bradley interpelle le public de deux manières, il rappelle régulièrement qu’il nous aime, tous « You know, I love you » puis entre deux « Wait a minute », il effectue un mouvement pelvien saccadé, d’avant en arrière, à faire pâlir Elvis de jalousie, et qui nous fait douter de la nature de son amour pour nous. Une véritable Sex Machine que les nombreuses ménagères de plus ou moins de cinquante ans (elles sont nombreuses ce soir) adorent, elles hurlent, ainsi que les gamines, les hommes, les vieux : tous adhèrent à fond.

On pourrait croire à lire tout ça qu’il n’y a que du miroir, de la mise en scène, mais la musique est vraiment cool : de l’authentique soul / funk à la James Brown. Charles Bradley mérite amplement le titre de Godson. Son orchestre est composé traditionnellement : guitare, basse, batterie, clavier et un saxo une trompette pour la section cuivres. L’essentiel de l’arrangement « soul » est assuré par les brefs coups de fouet sur les cordes de la guitare, les saillies des cuivres, et les accords du clavier son « hammond », comme d’habitude, et ça fonctionne.

Charles Bradley fait l’unanimité tant sa pêche est communicative. Le public est partagé entre hilarité et admiration, non feinte. Sur le dernier morceau, il descend dans la fosse réservée aux photographes et serre des pognes, embrasse le public qui se bouscule pour avoir droit à son « hug » plein de sueur et d’amour.

Il termine devant moi par une accolade prolongée à un vieux bougre ravi et ému de le prendre dans ses bras. On dirait deux frères qui se retrouvent après vingt ans. C’est beau.

Macy Gray entre en scène pour la deuxième partie. Robe rose, boa de plumes blanches, pied de micro couvert de strass. Il ne lui manque que les pantoufles roses pour un look total Blues Brothers. Elle est superbe. Dès les premiers morceaux, elle donne sans forcer de sa voix brisée, source principale de son identité. Il ne faudrait pas, à l’instar de l’artiste précédent, négliger le reste : les musiciens sont au top, on est à fond dans la soul Rn’B mais les arrangements très personnalisés. C’est la Macy’s touch, et j’adore sa musique.

La diva abuse de son jeu de scène, avec tant d’aisance qu’on se demande si ce n’est pas sa vraie personnalité qu’elle exhibe. Féline, mi-chatte mi-panthère, elle minaude, ronronne, boude, feule, fait sa capricieuse. Elle s’adresse volontiers au public, hyper démago, elle n’hésite pas à en rajouter des tonnes. Les Niçois et les Niçoises apprennent à cette occasion que ce sont les plus sexy de la Terre. Elle revient souvent sur cet aspect du public. On est tous très sexy. Bien que je le sache déjà, ça fait toujours plaisir à entendre.

Les morceaux s’enchaînent, Macy parle moins et chante plus. Les tubes sont ceux du dernier album The Sellout, mais elle reprend aussi les titres phares des deux premiers albums dont l’excellent Glad You're Here F. Fergie. Au passage, une superbe reprise de Rod Stewart dont le timbre vocal est si proche : Da Ya Think I’m Sexy ? (on y revient). Puis elle termine, après avoir changé de boa, sur le tube : I Try. Bravo Macy Gray, super show, super musique.

Troisième set avec Seal. On aurait volontiers écouté ses superbes reprises soul pour une soirée homogène, mais c’est principalement les titres du dernier album, plus pop, Commitment que l’artiste donnera. Le public est de plus en plus nombreux, toujours debout et de plus en plus serré sur le devant.

C’est marrant de voir que l’essentiel est constitué du peuple Niçois, tous âges confondus. Sur un communiqué de presse, le député maire Christian Estrosi précisait la volonté de revenir aux sources avec un retour du grand public populaire grâce au déplacement du festival dans le centre-ville. On peut dire que c’est réussi.

C’est peut-être le fait de succéder à deux bêtes de scène, mais il ressort que Seal manque un peu de personnalité. Son show est généreux, plus long que les deux précédents, l’artiste se donne à fond mais il lui manque ce brin de folie, de délire qui animait les deux précédents. A bien écouter, on pourrait penser que ça tient en partie aux arrangements musicaux ou scéniques : Charles Bradley se rapproche du public par l’entremise de son jeu de scène décapant, burlesque, baroque quasi-hystérique. Macy Gray parvient aux mêmes fins par le registre intimiste.

Seal ne joue ni sur l’un, ni sur l’autre, et de plus, sa musique très orchestrale prend une hauteur qui devient de la distance. Musique qui est toutefois excellente, même si elle n’a pas été choisie en cohérence avec le programme de la soirée.

L’endroit est agréable et entre les deux espaces dévolus aux concerts –la scène Masséna et le Théâtre de Verdure- « le village » a été installé : stands de nourriture, de boissons, espace presse, espace VIP, le public déambule benoîtement, comme dans un jardin public… Méga organisation, pour un accueil très réussi.
Ce soir, c’est « soul et Rn’B» côté Masséna, celui que j’ai choisi, avec au programme Charles Bradley, Macy Gray et Seal.

A l’autre extrémité du jardin, le Théâtre de Verdure accueille aux mêmes horaires Jérôme Vinson Trio (vainqueur du Tremplin), Trombone Shorty et Avishai Cohen (NdMcY : j’en parlerai plus tard).
La soirée commence pour moi avec une découverte : Charles Bradley. Après avoir été cuisinier pendant la majeure partie de sa vie, puis avoir écumé les clubs de Brooklyn ces dernières années, ce jeune homme a commencé sa carrière officielle aux environs de 60 ans, il en a 63.

Charles Bradley est l’archétype du « soulman », une authentique pièce de musée, qui n’a bien sûr pas sa place dans un musée : costume rouge, cintré, bordure galon d’or le long des manches et du pantalon. Silhouette de Toutankhamon dans le dos, en gommettes argentées, chemise noire, manches transparentes : la totale. Mais si ce n’était que la tenue… tout le reste va avec : la voix éraillée style James Brown, les cris, et le top du top, le jeu de scène, la danse.

Charles Bradley interpelle le public de deux manières, il rappelle régulièrement qu’il nous aime, tous « You know, I love you » puis entre deux « Wait a minute », il effectue un mouvement pelvien saccadé, d’avant en arrière, à faire pâlir Elvis de jalousie, et qui nous fait douter de la nature de son amour pour nous. Une véritable Sex Machine que les nombreuses ménagères de plus ou moins de cinquante ans (elles sont nombreuses ce soir) adorent, elles hurlent, ainsi que les gamines, les hommes, les vieux : tous adhèrent à fond.

On pourrait croire à lire tout ça qu’il n’y a que du miroir, de la mise en scène, mais la musique est vraiment cool : de l’authentique soul / funk à la James Brown. Charles Bradley mérite amplement le titre de Godson. Son orchestre est composé traditionnellement : guitare, basse, batterie, clavier et un saxo une trompette pour la section cuivres. L’essentiel de l’arrangement « soul » est assuré par les brefs coups de fouet sur les cordes de la guitare, les saillies des cuivres, et les accords du clavier son « hammond », comme d’habitude, et ça fonctionne.

Charles Bradley fait l’unanimité tant sa pêche est communicative. Le public est partagé entre hilarité et admiration, non feinte. Sur le dernier morceau, il descend dans la fosse réservée aux photographes et serre des pognes, embrasse le public qui se bouscule pour avoir droit à son « hug » plein de sueur et d’amour.

Il termine devant moi par une accolade prolongée à un vieux bougre ravi et ému de le prendre dans ses bras. On dirait deux frères qui se retrouvent après vingt ans. C’est beau.

Macy Gray entre en scène pour la deuxième partie. Robe rose, boa de plumes blanches, pied de micro couvert de strass. Il ne lui manque que les pantoufles roses pour un look total Blues Brothers. Elle est superbe. Dès les premiers morceaux, elle donne sans forcer de sa voix brisée, source principale de son identité. Il ne faudrait pas, à l’instar de l’artiste précédent, négliger le reste : les musiciens sont au top, on est à fond dans la soul Rn’B mais les arrangements très personnalisés. C’est la Macy’s touch, et j’adore sa musique.

La diva abuse de son jeu de scène, avec tant d’aisance qu’on se demande si ce n’est pas sa vraie personnalité qu’elle exhibe. Féline, mi-chatte mi-panthère, elle minaude, ronronne, boude, feule, fait sa capricieuse. Elle s’adresse volontiers au public, hyper démago, elle n’hésite pas à en rajouter des tonnes. Les Niçois et les Niçoises apprennent à cette occasion que ce sont les plus sexy de la Terre. Elle revient souvent sur cet aspect du public. On est tous très sexy. Bien que je le sache déjà, ça fait toujours plaisir à entendre.

Les morceaux s’enchaînent, Macy parle moins et chante plus. Les tubes sont ceux du dernier album The Sellout, mais elle reprend aussi les titres phares des deux premiers albums dont l’excellent Glad You're Here F. Fergie. Au passage, une superbe reprise de Rod Stewart dont le timbre vocal est si proche : Da Ya Think I’m Sexy ? (on y revient). Puis elle termine, après avoir changé de boa, sur le tube : I Try. Bravo Macy Gray, super show, super musique.

Troisième set avec Seal. On aurait volontiers écouté ses superbes reprises soul pour une soirée homogène, mais c’est principalement les titres du dernier album, plus pop, Commitment que l’artiste donnera. Le public est de plus en plus nombreux, toujours debout et de plus en plus serré sur le devant.

C’est marrant de voir que l’essentiel est constitué du peuple Niçois, tous âges confondus. Sur un communiqué de presse, le député maire Christian Estrosi précisait la volonté de revenir aux sources avec un retour du grand public populaire grâce au déplacement du festival dans le centre-ville. On peut dire que c’est réussi.

C’est peut-être le fait de succéder à deux bêtes de scène, mais il ressort que Seal manque un peu de personnalité. Son show est généreux, plus long que les deux précédents, l’artiste se donne à fond mais il lui manque ce brin de folie, de délire qui animait les deux précédents. A bien écouter, on pourrait penser que ça tient en partie aux arrangements musicaux ou scéniques : Charles Bradley se rapproche du public par l’entremise de son jeu de scène décapant, burlesque, baroque quasi-hystérique. Macy Gray parvient aux mêmes fins par le registre intimiste.

Seal ne joue ni sur l’un, ni sur l’autre, et de plus, sa musique très orchestrale prend une hauteur qui devient de la distance. Musique qui est toutefois excellente, même si elle n’a pas été choisie en cohérence avec le programme de la soirée.
Signature : mardalle 15/07/2011
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Photographe : mcyavell
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