Coldplay. «Jouer froid» dans sa traduction la plus littérale. Sauf que jamais traduction n’aura été plus proche de la réalité de ce soir. Oui, la bande de Chris Martin écrit des pop song hyper mélodiques, imparables bien qu’on puisse les trouver parfois lisses et consensuelles. Oui, la voix de monsieur Gwynett Paltrow est splendide et céleste. Oui Coldplay est désormais devenu le chef de file d’une pop sentimentale, gracile et aérienne depuis la sortie de l’excellent (bien que sans doute sur-produit) «X&Y». Oui, oui et oui sauf que Coldplay fait désormais figure de poids lourd dans l’industrie du disque et que ce soir, ils ont joué à la halle devant 10000 personnes à 40 euros la place pendant à peine 1H30 rappel compris.
A partir de là, tout est dit. Coldplay n’est pas fait pour ca et on s’en doutait fortement, sauf que le son était encore pire que dans nos cauchemars les plus pessimistes, au moins dans sa première moitié. C’est bien simple : impossible de reconnaître le premier morceau. « Talk », « Square one », « La zoubida »,« La pèche aux moules » ? Chacun aura son idée tant le son était désastreux .Deuxième morceau, je l’ai : c’est « Politik », sauf que le batteur le surjoue en puissance sans technique façon tribale. On enchaine : je devine « Yellow », méga tube littéralement massacré, la guitare complètement noyée, inaudible alors que c’est justement ce riff qui tient le morceau. D’ailleurs, on a la sale impression qu’ils ont conscience que ce titre est immixable dans cette salle puisqu’ils nous balancent les ballons géants sur la tête (jaunes forcement, c’est pour ca que j’ai deviné le titre…) comme pour faire diversion. Subterfuge qui masque mal toute l’indigence du moment. Contre toute attente, la fosse ne bronche pas, à croire qu’on est en présence d’un public obséquieux, prèt à s’auto persuader qu’il assiste à un grand moment de musique.
Continuons : viens ensuite « Speed of Sound », single efficace du dernier album, helas là encore complètement déservi par un son de plus en plus calamiteux. Impossible d’accrocher, ca sent le supplice, la pénible agonie. Et à partir de là, par on ne sait quel miracle (ingénieur du son qui décuve ?) , ca s’arrange. Ok, le phénomène est en fait on ne peut plus rationnel puisqu’il correspond au passage à des compos à dominante « piano » plus que « guitare ». Ainsi, on a droit enfin à des titres à peu près dignes comme « Trouble » ou «God Put A Smile Upon Your Face». Mieux, « The Scientist », « Clocks » ou « A Rush Of Blood To The Head » sont même bien joués avec un son relativement satisfaisant.
On se surprend alors à frisonner quand résonne les premières notes de l’exceptionnel « White Shadow », pas mal mais la complexité de son refrain enchanteresque passe mal l’épreuve du live. Voilà, voilà, on se dirige donc gentiment vers la fin du set alors que le quartet s’offre une petite session acoustique pour un hommage à Johnny Cash (et non à Johnny optic 2OOO halliday). Une intention louable mais desservie par une interprétation trop policée du classique « Ring Of Fire ». La voix céleste de Chris Martin se prétant mal aux écorchures rocailleuses du country man bourru. Mais je pose la seule vraie question : combien de personne dans la salle savait seulement qui était Johnny Cash ?? Hélas sans doute pas une majorité.
Venons en au rappel, certes très prévisible mais plutôt réussi avec l’émouvant « Shallowed in the Sea », pour moi l’une des plus belle compo de Martin, le single du second album « In my Place » sur lequel monsieur Gwyneth Paltrow disparaît sans prévenir pour piquer un sprint sur la passerelle surplombant la salle et finir le morceau dans la tribune au fin fond de la halle. Cela nous vaudra la phrase de la soirée : « C’est loouain mais c’est nai-ssai-ssai-re ! ». Honnetement plutot sympa de sa part pour les pauvres petites fans transies du fond. Enfin, « Fix You » vient mettre fin à la prestation dans un intime moment entre Martin au piano et une lanterne baladeuse...
Question présence scénique, inutile de compter sur un autre membre que Martin, celui-ci se charge de tout. Loin de rester statique au piano, le chanteur à la gueule d’ange nous gratifie de ses danses singulières, salue régulièrement le public dans un francais rudimentaire mais méritoire et « so sweet » pour les groupies. Mais il a hélas bien conscience de la démesure de la salle et s’en excuse presque. Reste donc que l’envie de bien faire et la spontanéité sont intactes en dépit du succès et des difficultés à imposer ses morceaux dans une salle aussi hostile, c’est déjà ca mais pour combien de temps encore?
Vous l’aurez donc compris, à ce prix là, l’enthousiasme ne suffit plus et un tel concert porte un nom : une petite arnaque qui ne peut combler que les groupies par définition conquises d’avance et les bobos avides de hype peu concernés par la substantielle somme à débourser .
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