Critique de concert Charlie Jazz Festival 1/3 : Dave Holland Electric Quartet + Perrine Mansuy Quartet + La Nouvelle Collection


Première soirée du Charlie Jazz Festival, à Vitrolles, dans le très beau Domaine de Fontblanche. La Nouvelle Collection, Perrine Mansuy Quartet et Dave Holland Quartet se partagent l'affiche.
La soirée débute en douceur : on déambule benoîtement sous d'immenses platanes rangés, entre le discours des officiels : organisateurs, maire de Vitrolles, l'apéro et buffet, offerts pour l'occasion, l'espace est décoré par des artistes, par des enfants, des chaises longues proposent leurs toiles accueillantes aux dos paresseux, un autre espace est dévolu aux repas et boissons, où de nombreuses tables se remplissent peu à peu.

Et mine de rien, les deux premières heures passent sans qu'on s'en aperçoive, agrémentées par la musique itinérante de La Nouvelle Collection (celle très classieuse de Karl Lagerfeld peut-être : leurs costumes noirs sont parfaits), un quartet ambulant qui se déplace au pas cadencé et que l'on croise au gré d'un va-et-vient aléatoire, et de nombreuses stations improvisées. Leur musique aussi est aléatoire, qui navigue du funk au groove, revient au traditionnel, toujours rythmée, enthousiaste et entraînante.

Daniel Zarb, guitare, chant / Jérôme Dufour, saxophone ténor / Christophe Azema, saxophone baryton / Pierre Canard, percussions.
Une grande partie du public s'installe pour le premier set. L'alignement des chaises est encadré par un rectangle de gigantesques platanes, soit une platanaie (si, si, ça existe !) : un espace magnifique à la fois ouvert et circonscrit, sous la haute voute végétale d'une cathédrale gothique naturelle : un lieu magique et grandiose.
Le Perrine Mansuy Quartet interprète le programme du disque Vertigo Songs:

La musique de Perrine Mansuy est très intérieure, très intimiste. De son jeu au piano émane cette intériorité. Penchée sur les touches qu'elle semble observer de très près, elle a l'air de trier, de chercher on ne sait quoi. Elle se redresse soudain, souriante, radieuse : elle a trouvé dans l'itération d'une boucle, d'un rythme une note qui émerge, claire et splendide. Perrine Mansuy rallie des oppositions, réconcilie des antagonismes : la légèreté naît de l'ostinato, et la concrétion finit en pulvérulence. Un espace s'ouvre, ample et lumineux, qui se déploie jusqu'au sommet de la haute voute végétale.

Le travail de la pianiste se réfère par son intériorité à Vulcain/Hephaïstos qui de la compression d'un charbon produit un diamant de ses mains. Mais elle procède aussi par son sens de la communication de Mercure/Hermès : la voilà qui redresse la tête, son regard et ses notes appellent Rémi Decrouy, Xavier Sanchez ou le plus souvent Marion Rampal.
Car c'est bien avec la chanteuse que la fusion est étonnante : Marion Rampal semble capter les propositons de la pianiste, elle les transcende par un chant impressionniste dans lequel on retrouve transfigurées la légèreté, l'intimité, la pulvérulence, la lumière, les pépites. La chanteuse joue du coude en éloignant ou rapprochant le micro, elle nous fait parcourir des distances sonores, en ligne droite, en circonvolutions, en altitude ou en profondeur. Marion Rampal maîtrise à merveille l'art de la séduction par le chant, tout en apparition/disparition. Ses phrases s'effacent, finissent, mais quelque part continuent. Et dans le silence qui s'ensuit, un écho résonne. Le son a disparu, mais il est encore là.

Les cigales ont tenté d'accompagner avec obstination le quartet au début du morceau. Conscientes de n'être pas en rythme, elles se sont vite tues. Susceptibles et vexées, ce sont bien les seules qui n'ont pas applaudi à tout rompre à l'issue du concert. C'est la pause. Les techniciens s'affairent ainsi que l'accordeur de piano. Et le groupe suivant s'installe.
Dave Holland Electric Quartet : Prism
Les Jazzmen connaissent bien ce nom qui résonne en Europe et dans le monde comme celui d'un maître-architecte britannique qui a côtoyé de nombreux autres " grands ". Inutile donc de préciser qu'il n'a rien à voir, malgré un nom qui prête à confusion, avec le chanteur blond néerlandais amateur d'Edam.

Ça attaque en force : immersion immédiate dans une machine puissante, une locomotive à quatre roues motrices nous transporte sur les rails solides de la rythmique et de l'harmonie. Rien à voir avec le quartet précédent, on change d'univers brutalement. Pour qui s'accroche bien au wagon, l'effet n'est pas déplaisant et il s'agit bien d'un train à ne pas manquer : un internaute signale qu'il s'agit de la seule date en France du Dave Holland Electric Quartet Prism, cet été, au Charlie Jazz Festival.
On reconnaît des traces, des empreintes de ceux avec qui il a joué, Miles Davis dans la guitare de Kevin Eubanks bien-sûr, mais aussi Stan Getz, et Chick Corea qui plane sur le piano de Craig Taborn. C'est du lourd et le public se régale. Grande technique et étalage d'excellence, de virtuosité et de puissance. On évolue dans un jazz bien américain et je réalise à quel point il se dissocie des groupes -de ceux que je connais tout au moins- que l'on dit " européens ". Si l'on essaie de réduire cette différence à une formule, je dirais : plus de puissance, de l'harmonie certes, mais moins de sensibilité. Sans vraiment m'en rendre compte, ni le vouloir, j'en viens à comparer avec le groupe précédent, et à admettre que ma préférence va à l'évanescence de Perrine Mansuy, à son supplément d'âme. Mais bon, je ne boude pas mon plaisir et profite jusqu'au bout de ce show musclé.

Le Charlie Jazz Festival continue, deux soirées encore : profitez-en : y'a que du bon, comme chaque année depuis quinze ans.
Des extraits vidéos de Mardal par ici.
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Signature : mardalle 08/07/2012
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