Avec un dernier album excellentissime (tout simplement, le meilleur album francophone de 2009 pour moi), j’attendais depuis plusieurs mois de voir Eiffel en concert. J’avais manqué leur venue au Poste à Galène en fin d’année dernière, étant déjà de chronique ce soir là (pour une excellente soirée du reste). Je n’ai donc pas hésite longtemps avant de me rendre à Arles (ou en Arles comme vous préférez) pour voir le phénomène sur scène.
Malgré le froid et une température négative, le public était bien au rendez vous au Cargo de Nuit qui comptait à vue de nez deux bonnes centaines de personnes. Après une bonne bière et quelques minutes dans une enceinte chauffée, j’étais fin prêt pour le groupe unique de la soirée. Bien placés sur la mezzanine, mes amis et moi avons eu la chance de voir parfaitement ce qui se passait quelques mètres sous nos yeux, colés à la console.
La formation bordelaise entame son set avec deux titres de son dernier album, A tout moment. Minouche ouvre le bal et je sens immédiatement que je vais passer une bien bonne soirée. La vue est imprenable, le son aux petits oignons et les quatre musiciens semblent en forme. On distingue bien tous les instruments, guitare acoustique comprise et on entend distinctement Romain Humeau. Les titres des 3 derniers albums s’enchaînent et sont tous parfaitement exécutés.
Les chansons les plus "connues" (ça reste relatif pour ce groupe, il faut bien l’avouer), A tout moment la rue, la tuerie de leur dernier opus, Sous ton aile, le petit dernier et Tu vois loin, titre qui les a faits "connaître" sont reprises à tue tête par le public. La rage d’Il pleut des cordes ou Ma part d’ombre où le leader du groupe est masqué par la lumière alterne avec la pure beauté de Mort j’appelle ou de Dispersés.

Je suis vraiment touché par la pureté de ces 2 titres, surtout quand l’on sait que le 1er est l’adaptation en musique d’un texte du 15e siècle, qui ne choque absolument pas au milieu du reste des morceaux. Les textes sont quand même sacrément au dessus de ce qui nous est donné d’entendre au quotidien. Je tape du pied et secoue la tête à l’envie sur Sombre et la reprise des Stooges qui est exécutée de manière tout à fait convaincante.
Ce qui me frappe et me ravit, c’est véritablement la capacité du groupe à mêler ces textes hyper travaillés à des mélodies ou des rythmiques qui font systématiquement mouche. J’ai rarement eu l’occasion de voir cette facilité à mélanger le tout si naturellement et spontanément en live. Romain Humeau n’oublie jamais son public, lui parle comme à des amis, rigole avec lui. On se sent véritablement proches de lui et ça fait chaud au cœur. On lui pardonne même ses délires sur certains titres, Bigger than the biggesten tête, tant on le sent habité et il donne sans compter.
Ses compagnons de route s’en donnent à cœur joie également, sa femme Estelle Humeau alternant la basse et le piano en tête. Les 2 Nicolas à la batterie et à la guitare ne sont pas en reste et font largement le boulot. Par moments, on a l’impression de voir un groupe de petits jeunes juste là pour se faire plaisir, ce qui est d’autant plus amusant quand on sait qu’ils officient depuis une bonne douzaine d’années. Nicolas Bonnière, avec son look de skater étudiant en informatique qui officiait déjà chez Dolly me ravit par ses effets et son jeu où il sort toujours la note qui tue. Preuve m’est donnée pour la énième fois que pour être bon, un guitariste n’est pas obligé de nous gratifier d’un dégueulis de notes, et que le toucher et le son revêtent une importance supérieure. Tout le monde est là pour jouer du rock, sans fioritures et l’ensemble est impressionnant de cohésion.
A l’issue du second rappel, le concert s’achève avec des titres tirés du 1er album du groupe, Hype et Je voudrais pas crever, reprise de Boris Vian où notre chanteur s’accompagne avec un jouet pour enfant. Le public applaudit longuement ses héros de la soirée et la salle entière (moi en tête) a le sourire jusqu’aux oreilles. Romain nous fait part de leur projet fou : en octobre, Eiffel se produira au Zénith de Paris. Il nous y invite en souriant, nous remercie chaudement et s’éclipse visiblement ravi de son vendredi soir.
Cette invitation renforce la question que mes camarades de concert et moi nous sommes posée toute la soirée : pourquoi un groupe aussi excellent, en place, avec des textes de qualité et dégageant une telle sincérité ne se produit-il que dans des petites salles ? Je ne crois malheureusement pas que ce soit un choix délibéré de leur part, mais bien tout simplement parce que ça ne "marche pas" suffisamment pour remplir des enceintes plus importantes.
Et à ça, j’aurai 3 réactions successives :
1) c’est bien dommage pour le groupe et pour les pseudos fans de rock ou même de chanson à texte qui passent à côté
2) c’est aussi ça qui nous a permis de passer une soirée inoubliable, si près de l’action, dans une petite salle fort sympathique
3) je leur souhaite de tout cœur de remplir de relever leur pari et me dis qu’avec 10 millions de spectateurs potentiels, ça devrait pouvoir se faire. Dans le cas contraire, ce serait un bien beau gâchis parce que des groupes comme ça, il n’y en a pas des wagons dans notre beau pays…
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