Accueil Chronique de concert Ennio Morricone
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Chronique de Concert

Ennio Morricone

Ennio Morricone en concert

Zénith de Lille 22 mars 2015

Critique écrite le 24 mars 2015 par lol




Il sera difficile d'être objectif dans cette chronique tant Ennio Morricone et sa musique sont importants à mes yeux. Le maestro figure clairement en bonne place dans mon panthéon personnel de musiciens tous genres confondus. Il y est bien entouré, même si certaines fréquentations pourraient sembler anachroniques pour cet homme de 86 ans, dont la silhouette et les épaisses lunettes qu'il porte depuis toujours pourraient sembler bien austères aux autres pensionnaires de ce panthéon (Stooges, Doors, Chet baker, Miles davis, Stones, Floyd...) Pourtant, son œuvre pléthorique inspirerait et inspire probablement le plus grand respect à l'ensemble de ces musiciens.

Compositeur, Chef d'orchestre, maitre de chœur, arrangeur, producteur, le maestro a autant marqué l'histoire du cinéma que l'histoire de la musique contemporaine. Avec son ami Sergio Leone, il a apporté une dimension nouvelle à la musique dans un film. Alors qu'elle était au paravent un support ou une enluminure, la musique est devenue avec lui un élément indispensable à la mise en scène jusqu'à parfois se transformer en un personnage à part entière du film.

Si tout le monde a en mémoire la musique du Bon la Brute et le Truand ou d'Il était une fois dans l'ouest, Morricone a composé la musique de plus de 600 films, tout en publiant en parallèle des compositions de musique de chambre et en collaborant en tant que producteur pour plusieurs artistes italiens ou internationaux (Joan Baez). Son œuvre est telle qu'en s'y penchant sérieusement plus de 20 ans, on continue à y découvrir régulièrement encore de nouvelles pépites tout en se disant qu'on ne connait pas encore la moitié de ce qu'il a pu enregistrer. Il a ainsi pu aborder des genres aussi divers que le classique, la musique baroque, le rock, le psychédélisme, la disco... tout en gardant une empreinte et un style qui lui sont propres.



Ce style est principalement dû à ses talents d'arrangeur et de producteur. Quand on entend les louanges adressées aux productions de Phil Spector, George Martin, Brian Wilson et plus récemment à celles de Daft Punk ou Air, on ne peut s'empêcher de sourire poliment en faisant la comparaison avec celle du Maestro. N'ayons pas peur de le dire Ennio Morricone est probablement le producteur le plus inventif et éclectique de musique contemporaine depuis maintenant près de 60 ans. Qui d'autre aurait pensé utiliser une guitare électrique dans une musique de western avant lui ? Qui a déjà fait un succès mondial avec une mettant une guimbarde et un harmonica face à un orchestre symphonique ? A-t-on déjà entendu beaucoup de chœurs plus célestes que ceux BO de Mission ou d'extasy Of Gold... ?

Toutes ces raisons font qu'il était impensable de manquer l'une des dernières occasions de voir le maestro sur scène une nouvelle fois.
Si j'avais eu la chance de le voir il y a une quinzaine d'années au palais des congrès, des obligations professionnelles m'avaient privé de son dernier concert parisien. J'avais voulu me rabattre sur un une date bruxelloise qui fut annulée et reportée 3 fois avant d'avoir lieu à une date ou d'autres obligations professionnelles me contraignaient à une douloureuse abstinence. Le concert de Lille tombait à point nommé pour palier à ces frustrations. Avec une salle à dimension "plus humaine" et la réputation d'une acoustique autrement supérieure à celle, infecte, du Palais omnisports de Bercy, et seulement 1 heure de train, je me retrouvais à piaffer d'impatience dans les gradins 15 minutes avant l'entrée sur scène de la légende vivante.

La forme d'un concert de Morricone est très solennelle. Pas d'écrans géant ni de pyrotechnie en vue, il y a juste un Chef d'orchestre, un orchestre philharmonique et des choristes vêtus en smoking et robe longue. Avec près de 200 personnes sur scène on se dit que le prix de la place se justifie. A l'heure dite, le Maestro fait une entrée discrète sous les ovations du public. Le premier morceau joué sera celui du générique de début des Incorruptibles de Brian De Palma.
Le son est excellent, le public fasciné d'emblée malgré les quelques nuisances sonores causées par le bruit des pas des ouvreuses accompagnant les retardataires jusqu'à leur fauteuil. Mais très vite cette salle de 7 000 places, presque complète, se plonge dans une écoute active impressionnante : On entendrait sans peine une mouche voler.



Sans laisser au public le temps de reprendre son souffle, l'orchestre poursuit par 3 thèmes d'Il était une fois en Amérique ( Sarah's theme, oberty et once upon a time in america) durant lesquels l'émotion monte encore d'un cran . Mais le premier grand moment arrive peu de temps après avec l'interprétation du thème du Clan des siciliens, dont la version parfaite aurait gagnée à durer un peu plus longtemps. C'est en ce qui me concerne, le moment des frissons et des premières larmes...

Le deuxième grand moment intervient dès les premières mesures "Come maddalena". Ce thème est celui d'un film obscur des années 70 et probablement l'un des plus beaux écrit par Morricone.Il est clairement dans mon top 5 du Maestro et je ne m'attendais pas à ce qu'il soit joué, d'où une jubilation personnelle intense. Il en existe deux versions. L'une avec une intro à la basse dont la version originale qui dure 10 minutes est particulièrement difficile à trouver (mais c'est la meilleure), et une sans la basse, de 9 minutes, que l'on peut trouver plus facilement. C'est la version à la basse qui sera jouée ce soir, malheureusement de manière un peu édulcorée.

Les frissons et les larmes redoubleront d'intensité lorsque, juste avant un entracte de 20 minutes, le maestro clôturera la première partie de son concert par ce que la majorité du public était venu chercher : Les Musiques de western de Sergio Leone !!! Apres une entrée en matière jubilatoire sur le thème du générique du bon la brute et le truand, Ennio Morricone quittera son pupitre pour aller chercher une chanteuse soprano. Ce fut alors un feu d'artifice émotionnel, puisque s'enchainèrent des versions exceptionnelles du thème d'il était une fois dans l'ouest suivi de celui d'il était une fois la révolution. On regrettera alors qu'un grand écran ne diffuse pas les images du flashback irlandais du film, mais il suffit de fermer les yeux pour voir James Coburn et les vertes prairies irlandaises.

Mais l'apothéose de cette première partie fut l'interprétation d'Extasy of Gold, la musique du cimetière dans le Bon la Brute et le truand, ou l'on voit Tuco courir au milieu des tombes pour tenter de mettre la main sur un trésor particulièrement convoité. Les chœurs, les cordes et les cuivres se mêlant entre eux pour donner une version formidable de l'un des plus grands morceaux de l'histoire de la musique des 5O dernières années tous genres confondus, qui laissera pratiquement le public en état de lévitation.



Les 20 minutes d'entractes qui suivront lui permettront d'atterrir, pour se faire emporter à nouveau par le thème du professionnel et la musique des films de Giuseppe Tornatore. La musique Le thème d'amour de Cinema Paradisio est aussi touchant que mélodieux et tire des larmes à une bonne partie de l'assistance.

Le concert quittera l'univers du romantisme et de la nostalgie pour aborder des compositions plus complexes, mais franchement impressionnantes à voir et à entendre. Les thèmes de la bataille d'Alger, de l'enquête sur un citoyen au-dessus de tous soupçon , de la classe ouvrière va au paradis seront joués avec maestria . Mais c'est un morceau atypique que je ne connaissais pas qui retiendra mon attention. Il s'agit du thème sostiene Pereira, commandant avec des percussions puis laissant place à utilisation du violon très particulière. On est résolument dans la musique classique moderne, mais c'est très impressionnant de voir l'orchestre jouer ce morceau.

Arrivera alors le Final avec le crescendo de chœurs ahurissant du thème abolicion du film Queimada, qui laissera sa place à la musique de Mission, qui est la favorite du maestro, et le mirifique On earth as it is heaven qui transportera lui aussi toute l'assistance.

C'est une ovation incroyable que le public lillois réservera au Maestro, qui reviendra refaire les thèmes du professionnel, de Mission et bien sur EXtasy of Gold pour notre plus grand bonheur. On quitte la salle en se disant que le temps s'est arrêté pendant plus de 2 heures, que l'on vient de vivre un immense moment musical, que l'on a été bouleversé plusieurs fois jusqu'aux larmes malgré le béton armé sans âme du zenith et la forme très solennelle de l'exercice.

C'était aussi un plaisir, pour ne pas dire un devoir en ce qui me concerne, d'être présent et de pouvoir participer à la formidable ovation réservée à ce vieux Monsieur de 86 ans. On a parfois la chance de voir sur scènes des musiciens talentueux, parfois même d'autres qui ont du génie , mais un authentique génie, c'est rarissime et c'était le cas en ce dimanche 22 mars 2015...

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