Critique de concert Festival Jazz des Cinq Continents : Erik Truffaz Quartet - Ahmad Jamal Quartet


À y regarder de près, mais sans vouloir jouer à "qui a la plus grosse", si on aligne les programmations de Porquerolles, Nice, Antibes, Marciac, force est de constater que le Festival Jazz des Cinq Continents s’est hissé au rang des festivals de jazz les plus prestigieux du sud de la France, et même au delà, et se place à mon sens en tête. Respect. Erik Truffaz et Ahmad Jamal partagent l’affiche de la deuxième soirée au parc Longchamp.
Le trompettiste Erik Truffaz fait l’entame en formation de quartet.

La balance des sons me surprend un peu au début : beaucoup de réverbération, de résonance, d’écho, une basse hyper puissante, lourde, un clavier saturé, mais passé l’effet de surprise, et –oserais-je l’avouer- de crainte, je réalise que le quartet est très efficace, la musique et son agencement sonore sont très aboutis.

Erik Truffaz propose une musique d’immersion, ou d’envol du type "Leaving on a jet plane" selon la trajectoire que l’on préfère. Pas besoin de produits douteux pour le suivre, son jazz électro rock, électro pop et plus acoustique sur certains morceaux fait un effet immédiat : le public adhère et au fil des morceaux, on perçoit de plus en plus d’yeux qui se ferment, de têtes qui balancent.

La trompette dépose de longues notes éthérées et aériennes sur la structure solide lourde et pesante de la basse et de la batterie, un contraste qui génère un bel effet. Le clavier ajoute une touche électro-psychédélique au tout pour produire un ensemble contrasté mais cohérent.

Deux titres de morceaux nous indiquent qu’Erik Truffaz semble sensible aux malheurs de ce monde : Fujin, qu’il dédie au Japon, et Les Gens Du Voyage. Ce dernier est l’occasion d’un retour à l’acoustique, le clavier devient piano, la réverbération s’atténue pour une mélodie sobre, grave et dépouillée à la trompette : magnifique pièce.

Au rappel, Erik Truffaz finit en beauté sur le très planant In Between, de l’album éponyme. La basse répète en boucle les trois mêmes notes tout au long du morceau, mais entre deux soupirs, le public attrape les croches qui s’échappent du pavillon de la trompette et part très loin, très haut.

Deuxième set avec le très attendu Ahmad Jamal, en quartet lui aussi.
Manolo Badrena : percussions
James Cammack : basse
Herlin Riley : batterie

Le géant s’installe, la fièvre monte dans l’instant. Il démarre très fort, l’intensité est immédiate. Le monstre aux deux mains droites plaque d’emblée des accords à sept doigts dans chaque main (droite), il enfonce à fond la pédale droite du Steinway, beaucoup de résonance dans son jeu aussi, mais tout en acoustique ! Puis une série de notes brèves, piquées, légères, véloces.

Ses comparses ne sont pas en reste. Eux aussi sont entrés à fond dès le premier morceau. Brutale, sauvage, d’une énergie contagieuse : voilà une entrée qui aurait bien figuré le film d’un départ de sprint ou d’une entrée dans un grand magasin un premier jour de soldes.

On découvre à cette occasion un OVNI, le percussionniste Manolo Badrena qui vaut, tant par son talent percutant que par son jeu de scène et ses grimaces, ses éclats de rire constants. Gilet rouge, barbe d’amish, looké façon Paul Bunyan, le bucheron emblématique canadien appelle sans cesse ses compagnons de scène d’un regard, d’un rire, d’une exclamation. Les trois autres le contemplent hilares et le public entre dans ce sympathique jeu de scène.

Les morceaux interprétés sont longs et passionnants. Les quatre musiciens ont de l’énergie à revendre. Tout en explosant de saillies géniales, l’immense leader, le prophète, l’architecte laisse la part belle aux trois autres et chacun affirme solidement sa place dans le quartet.

On a plaisir à retrouver certaines caractéristiques du jeu du magicien, entièrement libéré des contraintes formelles : des phrases entamées qui s’arrêtent brutalement, laissant l’auditeur terminer, imaginer la suite, mais aussi les décalages rythmiques constants, l’utilisation des silences, l’incroyable main gauche et la légèreté du phrasé mélodique. Ahmad Jamal offre tout cela abondamment et avec un grand naturel, sans jamais donner l’impression d’un étalage.

En comparaison de la soirée d’hier avec Herbie Hancock, Wayne Shorter, (plus très jeunes eux non plus) et Marcus Miller, qui était déjà très belle, il y a ce soir un surplus d’énergie, de compulsion, de fièvre. Est-ce pour certain l’enchaînement des tournées européennes, la fatigue, le grand âge, ou simplement la forme, absente un soir… beaucoup de raisons qui ne font que renforcer l’admiration qu’inspire Ahmad Jamal.
Un artiste de 81 ans qui se donne autant, c’est une belle leçon de vie. Le public ne s’y est pas trompé qui l’a couvert d’applaudissements renouvelés. Bravo Monsieur Jamal.

Plus de photos d’Erik Truffaz Quartet et Ahmad Jamal Quartet.
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Signature : mardalle 22/07/2011
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Photographe : mcyavell
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>> Réponse (le 24/07/2011 par nightbird13)

Erik Truffaz et son quartet m'a vraiment séduit, je connaissais un peu le musicien à travers quelques extraits de sa discographie, en Live j'ai adhéré totalement, fusion parfaite et réussie de l'electro et du jazz, de plus je n'ai pas noté l'utilisation d'ordinateur ou l'usage répété de sample, donc ce son electro était vraiment fourni par le jeu direct des musiciens, en particulier les claviers joués en direct et surtout le fender rhodes sur lequel étaient assignés des effets gérés en direct, à ce titre on peut saluer la performance et le travail du clavier et de l'ingénieur du son qui sont deux éléments clé à mon sens de la réussite musicale de ce projet, avec une rythmique basse batterie efficace qui délivrait des tournes parfaites dans ce style comme de véritables samples electro joués .../...
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>> Réponse (le 24/07/2011 par nightbird13)

Pour la deuxième partie de cette soirée on attendait tous avec impatience une des légendes encore vivante du piano jazz, Ahmad Jamal et son quartet. 81 ans toujours flamboyant et virtuose, une arrivée en scène très classe digne d'un maestro du jazz, et le premier morceau démarre surprenant une telle énergie en début de concert qui ressemble plutôt à une fin de concert où l'on donne tout avant de s’éclipser, avec présentation des musiciens et solos à tour de rôle, belle entrée en matière et originale, d'emblée il installe son style du pur Ahmad Jamal il marque la scène de son empreinte dans un jazz bien à lui sans compromis, j'apprécie mais j'attends avec impatience la suite du concert. J'attendrais jusqu'au bout car la suite du concert sera sur le même ton énergie, cassure rythmique, .../...
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