Je ne connaissais pas Sly Johnson avant sa collaboration avec Erik Truffaz. Leur album Rendez-Vous / Paris m'a fait découvrir une superbe voix et des prouesses vocales qui ont excité ma curiosité. Je fais donc le trajet Marseille/Montpellier pour voir ce que ça donne sur scène. Le Jam (aka salle Michel Pétrucciani) n'est pas facile à trouver si on n'a pas de GPS ou si on n'est pas Montpelliérain. Mais la salle est comble...
Sly Johnson arrive seul et frotte son micro contre sa cuisse. C'est le début de la rythmique qu'il va enregistrer sur sa loop station. Cinq ou six superpositions de sons plus tard, il commence à chanter. Prodigieux ! Une technique de voix que je n'ai jamais vue ailleurs, à la limite de la ventriloquie : une voix de basse sort de ses entrailles, sa main droite tapote ses cordes vocales pour y ajouter un vibrato, sa langue claque simultanément. Ce n'est pas humain.

Je regrette presque l'arrivée d'Erik Truffaz, mais il commence par la reprise de Come Together déjà impressionnante sur le disque mais magique ici. Sly continue ses prouesses, remplaçant Paul et Ringo à lui tout seul et sans autre instrument que ses cordes vocales.

Suit Mr Wyatt ("écrit en hommage à Robert Wyatt, batteur de Soft Machine et chanteur qui a révolutionné le rock avec son album Rock Bottom" nous explique Erik, un peu de culture ne faisant pas de mal). Ca tombe bien, c'est un de mes albums préférés. Erik a une console aussi grâce à laquelle il superpose le son de plusieurs trompettes. L'hommage est réussi : Ca fait furieusement penser aux morceaux cultes Alifie et Little Red Riding Hood Hit The Road de Môssieu Wyatt.

On continue avec une composition de Sly, La Mouche qui a donné son nom à la tournée (The Fly). Il me semble que c'est sur ce titre que Sly nous a fait le DJ pour la première fois (sans platine bien sûr et encore plus DJ que les vrais DJ !)

Après trois titres de moins bonne facture, le trompettiste essaie de rappeler que, quand même, c'est grâce à son nom que la salle est remplie. Son solo semble être un message d'amour à son instrument. Pour paraphraser Coluche, il avait le choix entre le talent et le chapeau de Miles Davis et lui (contrairement à Danyel Gérard avec Bob Dylan), il n'a pas choisi le chapeau. Chacune des séries de quatre notes de Nature Boy est un voyage dans le temps.
Après le bien nommé Don't Stop (trop répétitif à mon goût), un autre grand moment : une très belle introduction à la batterie de Philippe Garcia (tiens, au fait, il est déjà là depuis plusieurs morceaux) puis Eric Truffaz et Sly Johnson nous gratifient d'un duo/impro classieux. Un dialogue qui souffre la comparaison avec celui (mythique) de Count Basie et Ella Fitzgerald. Le duel tourne à l'avantage de Sly, Eric déposant les armes à cause d'un fou rire.
Derrière, les deux bijoux Goodbye Tomorrow et Nina's Dream (rappel) clôturent élégamment la soirée.
Moi qui ne mets pratiquement jamais quatre étoiles, je ne peux pas faire autrement cette fois. Et pourtant, mon voisin a renversé sa bière sur mon genou et le haut de survêtement orange de Sly était particulièrement hideux.
une petite vidéo ici et là.
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